Mazzone Lisa · Ständerat · 2020-05-04
Mazzone Lisa · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-05-04
Wortprotokoll
Aujourd'hui, l'aviation est responsable de près de 20 pour cent de notre facture climatique. On a entendu dans les déclarations sur l'état du pays un grand nombre de références au climat. C'est, aujourd'hui, un moment où justement on peut introduire cette préoccupation dans le débat sur la direction qu'on souhaite prendre.
En France et en Autriche, des conditions d'ordre environnemental ont été posées aux compagnies aériennes en échange d'un soutien par le biais de prêts et de cautionnements. En Allemagne, ce sont des conditions qui sont d'ordre financier. Il y a donc deux modèles: un modèle dans le cadre duquel on attend un profit financier - c'est celui utilisé par l'Allemagne, avec un taux d'intérêt de 9 pour cent pour les prêts, et un modèle par lequel on attend un profit environnemental et social, avec des conditions climatiques.
Il est clair que si nous intervenons dans le cadre d'un soutien spécial - c'est ce qu'on fait ici: on va au-delà de ce qui est prévu pour les autres secteurs, c'est un soutien privilégié -, il faut le faire dans une optique d'intérêt public. L'intérêt public tient justement à notre capacité à surmonter la crise climatique d'une part, mais aussi très concrètement à considérer les nuisances aux abords des aéroports, qui font énormément débat. Donc l'aviation est importante, mais l'aide qui doit pouvoir accompagner l'aviation doit aller dans le sens de l'intérêt public. En 2008, lorsqu'on a décidé de sauver les banques, cela a été fait avec des contreparties pour renforcer leur modèle d'affaires. C'est la même chose qu'il faudrait faire ici.
Alors, qu'est-ce qui est d'intérêt public? Que se passe-t-il depuis une quinzaine d'années dans le secteur? Ce qu'on a vu, c'est une explosion du trafic "low cost", avec un dumping environnemental du fait que l'aviation bénéficie d'un privilège fiscal: elle ne paie aucune taxe sur le carburant à l'échelle internationale. Cela sabote nos autres efforts climatiques. En réalité, 80 pour cent des destinations sont aujourd'hui européennes. Dans le même temps, le chemin de fer a réduit son offre parce qu'il subit cette concurrence.
L'intérêt public, c'est aussi réduire les nuisances; c'est la transition vers un secteur dont l'activité doit être réduite, orientée vers des liaisons qui sont stratégiques pour notre diplomatie, pour notre économie. Ici, la question porte, cela a été dit, non sur les entreprises actives au sol, mais sur les compagnies aériennes, et en particulier sur la liaison Genève-Zurich. [PAGE 203]
Je ne sais pas si vous êtes au courant que Zurich est la sixième destination au départ de l'aéroport de Genève. Cela représente plus de 600[NB]000 passagers par an, un chiffre qui a augmenté de 30 pour cent ces cinq dernières années. Il s'agit de deux villes distantes de moins de 300 kilomètres l'une de l'autre, à moins de trois heures de train, et on devrait pouvoir se passer de liaison aérienne si on a des correspondances de qualité en train. A noter d'ailleurs, comme cela a été relevé dans la commission, qu'il y a même des offres qui rendent plus avantageux un départ de Genève avec escale à Zurich plutôt qu'un départ de Zurich, même si on habite à Lausanne. Cela montre qu'on privilégie ou que l'on dope un système qui n'est pas très respectueux de l'environnement, tout en sachant que c'est 150 fois plus polluant de faire cette liaison en avion.
La compagnie Swiss a déjà un partenariat avec les CFF pour le Tessin, ce qui permet aux Tessinois de rejoindre Zurich avec une bonne liaison par train et les services qui vont avec. Ici, l'idée est la même. Evidemment, peu de gens voyagent de Genève à Zurich en avion avec pour destination finale Zurich, mais ils empruntent cette liaison pour rejoindre d'autres destinations. Or, cela pourrait être fait avec le train, avec un bon service et un bon partenariat avec les CFF. C'est aussi dans l'intérêt de Genève puisqu'une initiative visant à diminuer les nuisances liées à l'aéroport a été acceptée et que la constitution cantonale a été modifiée.
On a calculé qu'environ un quart des nuisances générales occasionnées par Swiss à Genève, y compris le bruit, sont dues à sa liaison Genève-Zurich, tandis que 8 pour cent des émissions de CO2 dues à Swiss à Genève sont générées par cette liaison. Ma proposition de minorité est un levier assez simple pour réduire l'impact climatique et agir dans le sens de l'intérêt public, tandis qu'il serait intéressant pour la Genève internationale d'avoir de bons partenariats avec les CFF, comme on le souhaite. C'est pour cela que je vous invite à soutenir cette proposition.