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Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2020-05-05

Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-05-05

Wortprotokoll

Une minorité a voté en faveur d'un amendement portant sur l'article 32 de la loi sur l'aviation, relatif au cabotage. Nous demandons que les transports commerciaux de personnes entre deux aéroports suisses soient interdits.

Prendre le train pour se rendre à l'aéroport est déjà une réalité pour une grande partie de la population. C'est devenu aussi la norme pour la population résidant au Sud des Alpes, depuis que Swiss ne dessert plus Lugano. Swiss a développé en partenariat avec les CFF une liaison "Flugzug" qui permet à la population résidant au Tessin de joindre l'aéroport de Zurich sans supplément. Une telle navette est aussi proposée entre Bâle et Zurich. C'est cette solution-là que nous souhaitons encourager.

Aujourd'hui, en tant que Romande, si je souhaite éviter un vol intérieur et faire ainsi un geste pour le climat, en me rendant en train à l'aéroport de Zurich pour une destination long-courrier, je suis désavantagée, parce que je dois acheter mon billet de train, tandis que le prix du billet d'avion entre Cointrin et Kloten est compris dans le billet pour un vol international. On peut dire que la liaison intérieure est offerte.

C'est une forte incitation à prendre l'avion pour se rendre à Zurich. C'est un non-sens écologique et sanitaire, qui contribue à la forte fréquentation de la ligne entre Genève et Zurich.

Zurich est à moins de 300 kilomètres de Genève. Pourtant, Zurich est la sixième destination la plus fréquentée au départ de l'aéroport de Genève, avec plus de 635[NB]000 passagers, en augmentation de 32 pour cent sur les cinq dernières [PAGE 454] années. Or, un vol entre Genève et Zurich émet 150 fois plus d'émissions de CO2 que le même trajet réalisé en train.

Tous nos aéroports nationaux peuvent être atteints en moins de trois heures de train. Stopper les vols internes est une mesure forte, que la Suisse peut prendre rapidement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de son aviation. Ce n'est pas une utopie d'écologiste. C'est une solution réaliste, qui est aussi en discussion dans les pays voisins.

Le ministre de l'économie français a annoncé il y a à peine une semaine que, pour réduire massivement les émissions de CO2 d'Air France, il faudra revoir les habitudes de mobilité et limiter les vols domestiques. Je le cite: "Dès qu'il y aura une alternative ferroviaire raisonnable, les vols intérieurs devront être drastiquement réduits."

La pandémie actuelle ne doit pas masquer les autres défis auxquels le monde est confronté, en particulier l'urgence climatique. Le trafic aérien n'est pas inclus dans les engagements internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, en Suisse, c'est un des secteurs qui émet le plus, avec plus de 18 pour cent des gaz à effet de serre. L'essor des vols à bas prix a permis une augmentation très forte du nombre de passagers dans les aéroports suisses, essentiellement pour des destinations européennes. J'aimerais rappeler aussi que moins de 20 pour cent des vols sont des vols d'affaires. Cette proposition touche donc avant tout des vacanciers.

Encore un point: lors de la discussion en commission, la présidente de la Confédération a douté que cette proposition serait soutenue en Suisse romande, puisque c'est avant tout d'elle dont il est question ici. Alors, je souhaite rappeler ici que la population genevoise, la première touchée, tant par les avantages d'avoir un aéroport urbain que par les nuisances qu'il provoque, a soutenu le 24 novembre 2019 une initiative qui demande précisément à l'Etat de prendre des mesures pour limiter les nuisances et de veiller à chercher un équilibre entre l'importance de l'aéroport pour la vie économique, sociale et culturelle et les limitations des nuisances pour la population et l'environnement.

Stopper les liaisons entre Genève et Zurich permettrait de réduire d'un quart les nuisances de Swiss à Genève. Un équilibre entre l'importance de l'aviation et les nuisances qu'elle provoque. Voilà le vrai enjeu que nous devrions aujourd'hui discuter; voilà le sens de nos propositions.

Une part importante de la population attend de nous des mesures, pour "voir émerger un avenir différent, plus humanisé et plus durable". C'est une citation de "L'Appel du 4 mai", qui a été remis hier et signé par plus de 50[NB]000 citoyennes et citoyens.

Je vous remercie de soutenir cette proposition de minorité.