Python Valentine · Nationalrat · 2020-05-05
Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-05-05
Wortprotokoll
Le dépôt de la motion 20.3163, "Soutien aux entreprises formatrices", a été décidé sans opposition par la Commission de l'économie et des redevances du Conseil des Etats le 28 avril. Le soutien a été unanime hier soir au Conseil des Etats. Elle est soutenue par le Conseil fédéral et, enfin, elle a été approuvée à l'unanimité ce matin par la commission que je représente.
Pourquoi une telle convergence d'opinions? Parce qu'il s'agit ici non seulement de l'avenir professionnel de milliers de jeunes dans notre pays, mais également de leur insertion au sein de notre société aujourd'hui même. Pour vous donner un ordre de grandeur, en ce qui concerne mon canton, ce sont 19 300 jeunes Vaudois qui étaient inscrits en formation professionnelle initiale à la rentrée 2019, dont plus des trois quarts en formation duale. Nous attendions même une augmentation pour la rentrée de cette année. Généralement, les contrats d'apprentissage sont signés entre mai et juin pour la rentrée d'août. Combien, cette année, dans l'ensemble du pays, se trouveront désoeuvrés et sans perspectives professionnelles, les entreprises n'osant plus prendre la responsabilité de leur formation dans la grande incertitude et les difficultés financières qui caractérisent cette période historique? Un asséchement immédiat des recrutements est à craindre.
Des milliers et des milliers de jeunes sont menacés de par tout le pays: à Genève, dans le canton de Vaud, bien sûr, mais également dans les cantons de Zurich, Bâle, Berne, etc. L'inactivité et le manque de perspectives pendant plusieurs mois, déjà si difficiles à supporter pour quiconque, peuvent avoir un effet dévastateur sur des adolescents et de jeunes adultes, sans compter les répercussions sociales.
De plus, combien d'apprentis déjà en place vont perdre leur poste alors que leurs entreprises sont menacées de faillite? L'enquête bihebdomadaire lancée auprès des cantons par le SEFRI révèle déjà une hausse très importante du nombre de résiliations de contrats d'apprentissage dans les cantons de Genève, Vaud et Zurich. Des jeunes sans formation, ce sont des jeunes qui ne trouveront pas de travail. Des jeunes sans travail, ce sont des coûts sociaux programmés.
La crise liée au Covid-19 arrive alors que de nombreux projets d'insertion et de valorisation de la filière professionnelle mettant l'accent sur l'innovation sont en cours d'élaboration, alors que des efforts considérables sont faits afin de favoriser la création de réseaux d'entreprises formatrices, ainsi qu'un programme intercantonal de stages en entreprise en fin de scolarité, justement pour prévenir les risques de non-insertion professionnelle.
Il est également à craindre que les fonds en faveur de la formation professionnelle issue des organisations du monde du travail elles-mêmes diminuent fortement. Dès lors, comment garantir que ces projets si nécessaires conservent leur financement dans les mois à venir?
Non seulement ces projets bienfaiteurs sont menacés, mais le système de formation duale tout entier pourrait être miné par la désertion de nombreuses petites entreprises. C'est le cas dans la restauration, par exemple.
Le SEFRI nous a fait part de certaines pistes et projets déjà envisagés en collaboration avec les cantons et l'industrie. Il est question par exemple de l'établissement d'une année interscolaire: une première année de scolarité en coordination avec les cantons. Ce type de mesure, en l'occurrence une offre de passerelle, permet d'offrir une solution de suivi aux jeunes. Mais il faut les financer, d'où le besoin d'une garantie législative.
Comment soutenir ces mesures et ces projets? Comment soutenir de manière ciblée et proportionnée les entreprises formatrices, afin de leur permettre d'assurer leur mission? Quelles dispositions d'urgence peuvent être mises en place par la Confédération, conjointement avec les cantons, afin d'assurer un suivi de formation et une perspective professionnelle à ces milliers de jeunes?
Voilà les nombreuses préoccupations et questions qui justifient, aux yeux de la commission que je représente, l'adoption de cette motion. Au nom de notre responsabilité envers les jeunes générations, aujourd'hui, demain, et après-demain, je vous encourage vivement à soutenir cette motion comme l'ont fait nos sénatrices et sénateurs hier soir.