Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2020-05-06
Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-05-06
Wortprotokoll
La Commission de politique extérieure vous demande, comme cela a été expliqué, d'appuyer la proposition demandant une déclaration du Conseil national pour un cessez-le-feu mondial. Cette déclaration fait référence à l'appel du secrétaire général de l'ONU du 23 mars dernier, que le Conseil fédéral a soutenu. Selon les arguments de M. Guterres, le monde entier affronte aujourd'hui un ennemi commun, le Covid-19, qui n'épargne aucune nationalité, communauté ou religion. Pendant ce temps, les conflits armés continuent dans différentes régions du monde et, dans les pays ravagés par la guerre, les systèmes de santé s'effondrent. Un cessez-le-feu mondial est indispensable pour consacrer tous les efforts possibles à la lutte contre la pandémie.
Un mois après l'appel du secrétaire général de l'ONU, une accalmie des hostilités semble être constatée dans quelques pays. Néanmoins, des conflits violents se poursuivent dans de nombreuses régions du monde. Dans les pays en guerre, une structure de santé opérationnelle est un havre de survie, mais le personnel médical est débordé et les stocks de médicaments s'épuisent. Quand on voit comment les infrastructures médicales modernes telles que celles dont on dispose dans les nations occidentales ont été submergées par le virus, on ne peut être qu'angoissé par l'impact qu'il aura dans les régions en guerre et dans les camps de réfugiés.
Une étude de 2018 a listé les 25 pays les plus vulnérables aux épidémies et la majorité étaient des pays en guerre. Voici quelques exemples.
Les frappes militaires menées en Syrie ont détruit de nombreux hôpitaux et cliniques, et conduit au déplacement de plus d'un million de personnes qui vivent dans des tentes ou à l'extérieur sans accès à l'eau potable qui est pourtant essentielle pour un minimum d'hygiène, et sans pouvoir maintenir la distance sociale.
Au Yémen, après cinq ans de guerre, dans un pays où 24 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire, plus de la moitié des établissements de santé sont fermés et une grande partie des professionnels de la santé ont quitté le pays en raisons des frappes qui l'ont touché.
Le conflit dans l'ouest de la Libye a entraîné un déclin du système de santé, et ce pays n'est plus en mesure de fournir des soins adéquats aux milliers de détenus qui vivent dans des prisons, ni aux migrants enfermés dans les centres de détention.
De nombreuses autres zones de crise sont confrontées à des problèmes sanitaires, parfois aggravés par d'autres facteurs comme la mauvaise gestion des crises, la corruption ou des sanctions internationales. C'est le cas en Afghanistan, en Somalie, dans le Sahel, en Iran, qui est sévèrement touché par l'épidémie et qui subit par ailleurs les sanctions imposées par les Etats-Unis, au Venezuela, où l'affrontement entre le gouvernement et l'opposition met en difficulté le système sanitaire, à Gaza, en Palestine, où les systèmes de santé sont affaiblis par des années de blocus et peinent à se doter de matériel et à s'organiser.
La liste n'est de loin pas exhaustive, mais comme on peut le constater, les répercussions de la pandémie sur les zones de guerre peuvent entraîner une hécatombe si les pays développés, tentés, comme cela vient d'être dit par mon préopinant, de se replier sur leurs frontières, n'en prennent pas la mesure. Par ailleurs, en cas de flambée de coronavirus, les déplacés et les réfugiés peuvent aussi décider de fuir pour se mettre en sécurité et créer des mouvements vers des pays où, après l'endiguement d'une première vague, le risque de reprise de l'épidémie existe.
Contrairement à la déclaration du groupe UDC, pour qui en temps de crise c'est chacun pour soi - ce qui d'ailleurs me choque profondément -, nous pensons qu'il faut davantage de solidarité, mettre les différences de côté et rassembler nos efforts, car il est dans l'intérêt de tous de gagner cette bataille contre le coronavirus et c'est une bataille qui va se dérouler sur une très longue durée. Ne l'oubliez pas. Il est également dans l'intérêt de la Suisse d'éviter l'effondrement économique de nombreux pays, avec les risques qui en découlent et qu'il n'y a pas besoin d'énumérer.
La pandémie, on le voit, risque d'aggraver certaines crises internationales, mais elle pourrait aussi être l'occasion d'en enrayer. La proposition des Emirats arabes unis et du Koweït d'envoyer de l'aide sanitaire à l'Iran, durement touché par l'épidémie, ou la demande de cessez-le-feu de Riyad au Yémen de ces derniers jours en sont peut-être une illustration.
Pour toutes ces raisons, je vous demande instamment de soutenir la déclaration du Conseil national pour un cessez-le-feu mondial.