Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2020-06-04
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-06-04
Wortprotokoll
La dernière divergence entre nos deux conseils concerne la deuxième mesure dont le but est l'introduction d'un délai d'attente obligatoire de douze mois lors du passage du service militaire au service civil. C'est une mesure moins brutale que la première, déjà décidée, qui impose à tout nouveau civiliste transféré de l'armée d'effectuer au minimum 150 jours de service. Cette mesure no 1 contrevient au principe du libre choix garanti par la Constitution au militaire qui a décidé de servir son pays autrement. Oui, servir son pays autrement, et pas refuser de servir ou vouloir se défiler. Dans ce cas, la "voie bleue" est une solution plus aisée. Oui, pour servir, et la récente pandémie de Covid-19 en témoigne.
Durant la pandémie, les médias se sont fait largement l'écho de l'engagement de l'armée. Mais sait-on vraiment qui était dès le début présent dans nos hôpitaux, dans les EMS, déjà au travail, intégré dans les équipes soignantes, expérimenté, formé, efficace et capable d'apporter immédiatement un soutien important aux soignants et du réconfort aux victimes?
Je parle des civilistes. Je reprends ici les chiffres communiqués devant la Commission de la politique de sécurité par le conseiller fédéral Guy Parmelin: lors de l'éclatement de la pandémie, quelque 4000 civilistes étaient en train d'accomplir une affectation ordinaire dans les domaines de la santé, du service social ou de l'instruction publique. Du 16 mars à fin avril dernier, 205[NB]000 jours de service civil ont été réalisés. En moyenne, on retrouvait 850 civilistes dans les hôpitaux, 2550 dans les EMS ou dans d'autres établissements accueillant des personnes nécessitant des soins, et 500 dans d'autres affectations, notamment l'appui à l'enseignement à distance.
Je tiens à le répéter, car pour moi c'est essentiel: au sein des hôpitaux et des EMS, leurs connaissances aguerries du terrain et du travail à fournir a représenté un plus indéniable, les civilistes disposant d'une expérience indiscutable. Ces compétences semblent leur avoir permis d'être à la fois plus efficaces et nettement moins contaminés par le Covid-19 que des militaires sans expérience mis imprudemment en contact avec une maladie très contagieuse.
Par ailleurs, et c'est à relever, 221 civilistes supplémentaires, non astreints au service à ce moment-là, ont répondu spontanément à un appel de l'organisation du service civil. Ils ont été déployés dans différents hôpitaux, dont 60 au Tessin, la région la plus cruellement touchée du pays.
L'armée a été mobilisée à grand bruit - et je ne tente pas ici de minimiser l'engagement de nos soldats; ce n'est pas le propos. Mais au plus près de la maladie et de ses risques, près des patients, aux côtés des plus fragiles, au front, ce sont les civilistes qui ont été les premiers sur le terrain, les premiers d'un point de vue temporel et les premiers en nombre.
Chers collègues, je ne peux m'empêcher de penser que cette réforme de la loi sur le service civil, qui s'apparente en fait à une punition, représente l'équivalent d'une insulte à l'égard du corps des civilistes, de toutes ces personnes qui ont répondu présent par leur engagement exemplaire. Cette réforme dans son ensemble est injuste, inutile, car depuis deux ans le nombre d'incorporations dans l'exigeant service civil est en baisse. Et surtout, cette réforme se révèlera à terme contre-productive pour l'armée.
Les jeunes appelés, encore indécis, y réfléchiront à deux fois avant de faire le choix de l'armée, privilégiant d'emblée le service civil, quand ce n'est pas la "voie bleue".
Face aux plausibles menaces qui pourraient frapper notre pays, ce n'est pas l'armée qui représente la force appelée en première ligne: pour contrer le terrorisme et la criminalité, ce sont les forces policières. Face aux risques de pandémie ou de problèmes environnementaux, tels des pollutions, des inondations, des éboulements et tous les autres drames que l'on peut imaginer, ce sont les autorités civiles qui sont en première ligne, au sein desquelles, aux côtés de la protection civile, on peut compter sur le service civil.
La Suisse a besoin de ses civilistes et, quoi que l'on dise, ils ne menacent pas réellement les contingents de l'armée. Ces jeunes, comme le prouvent les 50 pour cent de jours de service en plus qu'ils acceptent de réaliser et le respect avéré de leurs engagements, témoignent chaque jour de leur volonté de se mettre au service de notre pays.
Je vous demande aujourd'hui, par respect et reconnaissance, de renoncer à appliquer cette couche supplémentaire à la punition que l'on veut imposer à certains citoyens suisses qui veulent simplement servir autrement, et pour le moins utilement, leur patrie et ses habitants.
Merci de soutenir ma minorité.