Vara Céline · Ständerat · 2020-06-08
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-06-08
Wortprotokoll
La Suisse est-elle un pays neutre? Le Covid-19 a tout arrêté ou presque. Les guerres et les conflits armés continuent de sévir dans différentes parties du monde. Beaucoup de ces conflits se perdent dans le flot médiatique qui nous submerge et nous fait oublier les violences quotidiennes qui les accompagnent.
La Suisse se dit grande négociatrice. Sa neutralité est vantée par toutes et tous. La neutralité, les montres et le chocolat, c'est ce qui définit la Suisse, du moins pour les touristes. Sauf que si on voulait être juste, on devrait ajouter un autre objet d'exportation de la Suisse, les armes de guerre. En 2019, la Suisse a exporté des armes pour une valeur de 728 millions de francs. Le chocolat, cela fait plaisir, les montres, cela sert à donner l'heure, et les armes, cela sert à tuer. Je défie quiconque d'expliquer à un enfant de trois ans ce qu'est une arme et à quoi elle sert sans ressentir tout le malaise que cela provoque. Le chocolat, c'est bien plus facile.
Et l'exportation d'armes n'est que la pointe de l'iceberg. La partie submergée, c'est le financement de l'industrie d'armement par la place financière suisse. Parce que, bien qu'elle ne soit impliquée de manière indirecte dans aucun conflit, la Suisse alimente néanmoins un bon nombre de conflits armés dans le monde. Pour que les armes puissent être utilisées dans les guerres, il faut d'abord financer leur production. La Suisse y joue malheureusement un rôle central. L'argent qui parvient à l'industrie de l'armement à travers la place financière suisse nous rend complice des entreprises qui tirent leurs profits des victimes de la guerre, de peuples entiers qui s'entretuent. On pourrait en déduire qu'elle n'a donc aucun intérêt à une résolution pacifique des conflits.
La Suisse en tant que pays neutre et Etat dépositaire des Conventions de Genève ne peut pas se permettre une telle politique de maximisation des profits aux dépens de vies humaines. Pourtant, la Suisse occupe la quatorzième place dans le classement peu recommandable des pays exportateurs d'armes. Si l'on compare les chiffres "per capita", le pays de la neutralité se place parmi les cinq plus gros exportateurs mondiaux de matériel de guerre.
En 2015 et 2016, avec un budget de 114 dollars par habitant, la Suisse se situait à une honteuse troisième place, derrière la Russie et Israël. En 2014, la Suisse a investi 798 dollars par habitant, soit environ 800 francs par habitant, dans des entreprises qui fabriquent de l'armement nucléaire! Oui, vous avez bien entendu: pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant vivant en Suisse, 800 francs ont été investis par la Suisse dans la fabrication d'armes nucléaires. Alors, toujours neutre, la Suisse?
En plus de financer la fabrication des armes, nous finançons également la fabrication de dispositifs de contrôle et de surveillance des frontières employés pour bloquer les réfugiés qui fuient leur pays en guerre. Ainsi, c'est un autre mythe qui s'effondre: celui de la terre d'accueil helvétique. La place financière suisse contribue non seulement à alimenter les pays en guerre, mais aussi à empêcher les habitants d'en fuir.
Suite à ce désastreux constat, dont on ne peut plus détourner les yeux, les Jeunes Verts et le Groupement pour une Suisse sans armée ont lancé leur initiative "pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre", qui a été déposée en été 2018, avec plus de 120[NB]000 signatures. Selon les initiantes et initiants, l'argent suisse ne doit plus être utilisé pour le financement du matériel de guerre et doit ainsi cesser d'alimenter les guerres dans le monde entier.
L'initiative a pour but d'empêcher que la Banque nationale suisse, les fondations de droit suisse et les institutions de prévoyance vieillesse investissent dans des sociétés qui fabriquent du matériel de guerre, par exemple des armes nucléaires, des blindés, des armes à petit calibre ou encore des munitions. La Suisse apportera ainsi une contribution importante à la crise migratoire en évitant aux populations de devoir fuir leur pays en guerre.
La plupart des entreprises d'armement cotées en Bourse ont leur siège principal à l'étranger. La plus grande partie de l'argent investi dans l'industrie de l'armement part ainsi à l'étranger. L'initiative a donc pour but de mettre un terme aux flux d'argent vers l'industrie de l'armement à l'étranger. [PAGE 382]
Contrairement à sa propre industrie de l'armement, la Suisse ne peut exercer aucune influence sur la production et l'exportation de matériel de guerre issu de la production d'armes internationale. Soyons donc neutres, mais soyons-le vraiment!
Je vous invite à voter au plus près de votre conscience et à soutenir cette initiative populaire, soit à soutenir la minorité.