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Vara Céline · Ständerat · 2020-06-08

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-06-08

Wortprotokoll

Le secteur financier pèse très lourd dans la facture climatique. Le Groupe de la Banque mondiale et la Banque africaine de développement exercent une influence majeure sur le financement du développement international, par le biais de leurs prêts, de leurs prises de participation et de leurs services de conseil.

Ces dernières années, les deux institutions ont fait diverses promesses pour rendre leurs financements respectueux du climat. Par exemple, la Banque mondiale a promis de ne pas financer de nouvelles centrales électriques au charbon dès 2013, et la Banque africaine de développement a suivi le mouvement en 2019. Toutes deux ont également promis d'augmenter massivement leurs investissements liés au climat, la Banque mondiale de près de 200 milliards de dollars d'ici 2025, la Banque africaine de développement de 25 milliards de dollars pour la même période.

Cependant, et malgré les promesses, des violations des droits humains, de la violence et des impacts négatifs sur l'environnement se produisent de manière répétée dans les projets financés par ces banques. Pour preuve, et c'est bien là un non-sens, toutes deux maintiennent des investissements dans le secteur du gaz et du pétrole, et le secteur du charbon continue de recevoir des financements massifs grâce aux prêts de la Banque mondiale aux intermédiaires financiers, en l'occurrence les banques, les fonds d'investissement, les fonds de pension, etc.

Une étude à long terme de l'ONG Inclusive Development International montre que, depuis 2016, la filiale du Groupe de la Banque mondiale, la Société financière internationale (SFI) a cofinancé au moins 81 nouvelles centrales électriques au charbon par le biais de prêts et de crédits aux intermédiaires financiers. En outre, en octobre 2017, le mouvement philippin pour la justice climatique a déposé une plainte auprès du mécanisme indépendant de traitement des plaintes de la SFI, au motif que cette dernière finance indirectement 19 centrales électriques au charbon aux Philippines par le biais de son investissement dans un intermédiaire financier, la Rizal Commercial Banking Corporation. Les recherches menées par l'organisation environnementale allemande Urgewald ont également révélé que, malgré ses promesses en matière de climat, la Banque mondiale soutenait toujours de nombreux projets liés à la production de charbon, de gaz naturel ou de pétrole, même dans les domaines du financement direct de projets, des services de conseil politique et du soutien budgétaire aux gouvernements en 2019.

L'équipe de recherche a analysé 675 projets en utilisant la base de données de la Banque mondiale accessible au public, à l'exclusion des prêts aux intermédiaires financiers, en raison du peu d'informations disponibles sur eux. Les recherches ont révélé que la Banque mondiale a investi trois fois plus d'argent - 21 milliards de dollars contre 7 milliards de dollars - dans les combustibles fossiles que dans les énergies renouvelables.

Les investissements de la Banque mondiale dans l'énergie fossile comprennent 150 millions de dollars dans l'une des plus grandes raffineries de pétrole du monde au Nigeria, le développement d'un nouveau champ pétrolifère au Kenya et des conseils politiques au gouvernement de la Guyane pour permettre l'exploitation des champs pétrolifères nouvellement découverts.

Plusieurs des banques et des fonds soutenus par le SFI ont financé six entreprises de charbon en Indonésie dont l'une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert du monde, qui a détruit de vastes zones de la forêt tropicale de Bornéo et menace le mode de vie des indigènes.

Nulle part le comportement de vote de la Suisse sur ces projets n'est publiquement documenté. Bien que le Conseil fédéral ait réaffirmé à plusieurs reprises son engagement en faveur de normes environnementales et climatiques ambitieuses au sein de la Banque mondiale et d'autres banques de développement, sa réponse à l'interpellation de Mme la conseillère nationale Claudia Friedl, 19.3344, en mars 2019 montre que, dans les banques de développement auxquelles la Suisse participe, 38 projets de financement de centrales électriques au pétrole et au gaz ont été approuvés entre 2016 et 2018.

Si nous voulons lutter efficacement contre le changement climatique et éviter la catastrophe vers laquelle nous nous acheminons inexorablement, il est important que les institutions qui ont la plus grande influence sur le financement du développement international jouent un rôle de pionniers.

Il est essentiel que les objectifs de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement en matière de climat soient suivis de manière cohérente pour tous les instruments de financement, c'est-à-dire qu'ils s'appliquent également aux prêts aux intermédiaires financiers, aux conseils politiques et en faveur de la politique de développement. [PAGE 393]

Dans le cadre de son droit de regard sur les banques, la Suisse peut et doit plaider en faveur d'une politique climatique cohérente et globale. Elle peut également contribuer elle-même à un changement dans les pratiques de prêts en ne soutenant plus de projets dans les secteurs du charbon, du pétrole ou du gaz. Vous releviez, Monsieur le conseiller fédéral, tout le poids et toute l'influence que la Suisse a dans ce domaine. Il est temps de démontrer ce poids et cette influence pour notre climat.

Ouvrons les yeux, soyons cohérents, ne tolérons plus d'être complices de ces investissements honteux et destructeurs du vivant! Oui, notre argent, celui des contribuables que nous sommes, a une odeur.

Je vous prie de soutenir ma minorité.