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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2020-06-15

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-06-15

Wortprotokoll

Plusieurs intervenants ayant rappelé les quatre objectifs de la coopération internationale, je n'y reviendrai pas. Il n'échappera à personne que la coopération internationale est aujourd'hui plus nécessaire que jamais pour atténuer les conséquences des crises sanitaire et climatique. C'est précisément en temps de crise qu'une coopération internationale forte et une aide humanitaire efficace et ciblée sont indispensables, car la pauvreté croissante et les difficultés alimentaires constituent sinon un terreau fertile pour des conflits qui peuvent conduire à des mouvements migratoires. Dans le contexte actuel, la coopération internationale devrait donc, aux yeux du groupe socialiste, bénéficier de moyens plus élevés.

Lors de la procédure de consultation, 1 pour cent seulement des participants ont demandé une réduction de l'aide, alors que 55 pour cent ont demandé une augmentation, se référant notamment à l'objectif du Parlement - accepté en 2011 - d'atteindre un taux d'aide publique au développement de 0,5 pour cent du revenu national brut d'ici 2015. Cela n'est toujours pas le cas, ce qui est navrant.

Du point de vue du groupe socialiste, ces ressources sont insuffisantes et nous insistons pour qu'à la fin de la période de référence, un taux d'au moins 0,5 pour cent soit atteint.

Cette proposition de relever les crédits-cadres de 241 millions de francs par rapport au projet du Conseil fédéral afin d'augmenter progressivement l'aide publique d'ici à 2024 a été acceptée par la commission et nous vous remercions de la soutenir.

En aucun cas, il ne faut accepter d'éventuelles baisses des montants. Ce n'est pas le moment de réduire la coopération ou de faire du protectionnisme. Les pays qui en ont les moyens - dont nous faisons partie - se doivent d'apporter une aide aux pays qui en ont besoin.

Une coopération internationale plus forte est dans l'intérêt de la Suisse. Ceux qui s'y opposent sont les mêmes qui, dans quelque temps, se plaindront d'une migration exagérée, car la coopération au développement et l'aide humanitaire ne sont pas des versements à fonds perdus, mais elles participent à la stabilité politique et financière de nombreux pays.

La coopération internationale se compose de deux crédits, l'un destiné à l'aide humanitaire, qui opère dans une logique d'aide d'urgence, et l'autre destiné à la coopération au développement, qui, elle, agit sur le long terme. A notre avis, les montants qui leur sont alloués doivent être distincts et garantis de façon durable. L'arrêté fédéral précise les montants alloués à chacune, mais prévoit que des transferts - à hauteur de 120 millions de francs - pourront avoir lieu entre ces deux crédits. Nous soutenons, certes, les efforts visant à renforcer le lien entre l'aide humanitaire et la coopération au développement, mais cela ne doit pas se faire en affaiblissant cette dernière.

Nous vous invitons donc à rejeter la proposition de la minorité[NB]I (Fischer Roland), qui vise à augmenter le montant pouvant être transféré entre ces deux domaines.

La deuxième thématique liée à la coopération internationale concerne le climat, sachant que d'ici 2030, 100 millions de personnes risquent de tomber dans l'extrême pauvreté en raison du changement climatique et que, d'ici 2050, 143 millions de personnes sont menacées de devenir des migrants climatiques. Dans ce but, les moyens prévus pour l'atténuation des changements climatiques ont été augmentés de 350 à 400 millions de francs, ce qui, à notre avis, reste trop modeste.

La Suisse se doit aussi de renforcer sa politique de développement durable de manière cohérente. Cela implique une gestion des investissements conforme aux critères éthiques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), et donc le refus d'investir dans les combustibles fossiles, la déforestation et la corruption.

Enfin, la coopération internationale s'engage à mobiliser davantage l'innovation et l'expertise du secteur privé en faveur du développement durable. Pour le groupe socialiste, cette contribution du secteur privé reste relativement opaque dans le message du Conseil fédéral. Nous insistons pour que cela ne soit pas la porte ouverte à une augmentation des investissements d'un secteur privé suisse qui en retirerait des bénéfices plus élevés que les moyens investis, mais bien pour que ce soit le secteur privé des pays soutenus par la coopération internationale qui participe à l'élaboration de projets dans ces pays.

En conclusion, nous soutenons le projet qui nous est soumis, mais nous souhaitons une augmentation des fonds alloués à la coopération internationale à au moins 0,5 pour cent du revenu national brut d'ici 2024, et nous soutenons une coopération internationale conforme à l'Agenda 2030 et résolument orientée vers un développement durable.

Nous vous demandons donc d'entrer en matière sur ce projet.