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Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2020-06-18

Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-06-18

Wortprotokoll

Mon postulat se fonde sur le fait que des enquêtes scientifiques démontrent que les femmes ne sont pas suffisamment prises au sérieux par le personnel de santé. On prétend souvent qu'elles sont trop émotives, qu'elles exagèrent leurs maux et, de ce fait, elles ne reçoivent pas toujours les soins adéquats.

Par exemple, selon une récente étude de l'hôpital cantonal de Zurich, les femmes hésitent plus longtemps que les hommes avant d'aller se faire examiner en cas d'infarctus du myocarde. Une des raisons de cette perte de temps, qui peut être fatale, réside dans le fait que l'on considère encore que l'infarctus est une maladie typiquement masculine. On ne sensibilise donc pas assez les femmes à cette problématique.

A côté des caractéristiques biologiques différentes entre les hommes et les femmes, comme la masse musculaire, le poids, la quantité d'eau dans le corps, etc., les marqueurs sociaux et culturels ont une grande importance. Les hommes et les femmes ne perçoivent pas les symptômes d'un malaise de la même manière. Les aspects socioculturels jouent aussi un grand rôle dans la relation entre patientes et médecins. Selon une étude de l'Université de Yale, les médecins estimeraient que les jeunes filles sont plus sensibles à la douleur que les jeunes hommes.

En médecine, on prend encore l'homme comme le prototype: ainsi les manifestations et les symptômes d'une maladie sont évalués selon les réactions des hommes. Les nouveaux médicaments sont testés sur des hommes, sans que l'on tienne [PAGE 1094] compte des différences de genre dans la diffusion et la répartition des substances. La sous-représentation des femmes dans les études sur les médicaments a aussi une raison historique liée au scandale du thalidomide, à la suite duquel on a exclu les femmes des essais clinique. Même si on a assisté à un début de prise de conscience dans les milieux de la santé, on continue d'ignorer les différences entre les genres et de ne pas prendre les femmes en considération dans de nombreuses études sur les effets des médicaments. Dans la recherche fondamentale, 90 pour cent des données sont collectées sur des animaux mâles et 5 pour cent des recherches sont effectuées sur des cellules femelles.

Une des explications de ce biais est à rechercher dans le fait que la médecine a été longtemps dominée par les hommes - elle l'est encore un peu -, qui ont dirigé les recherches, publié les résultats, élaboré les lignes directrices et soigné les patients.

Néanmoins les biais de recherche ne concerne pas que les femmes et peut se retourner contre les hommes: c'est le cas de l'ostéoporose, considérée comme une maladie typiquement féminine. On assiste donc au phénomène inverse où ce sont cette fois les hommes qui sont sous-diagnostiqués et qui ne sont pas traités correctement.

Une médecine tenant compte des spécificités de genre n'est pas encore suffisamment intégrée dans les parcours d'études en Suisse et en Europe. La médecine de genre n'est pas encore vraiment développée et il manque un concept général permettant d'avoir un meilleur ancrage structurel de cette thématique. Toutefois, il faut relever une évolution intéressante. En effet, les universités de Berne et de Zurich proposent maintenant un cycle de formation postgradué commun, qui permet d'obtenir un certificat d'études avancées en médecine différenciée selon les sexes.

Dans sa réponse à mon postulat, le Conseil fédéral a déclaré qu'il estime essentiel que notre système de santé favorise l'égalité des chances et offre des prestations adéquates à tous les groupes de population. Il s'est dit disposé à rédiger un rapport afin de montrer dans quelle mesure les femmes sont désavantagées dans la recherche, la prévention et le système de soins, afin de définir des pistes d'amélioration en partenariat avec les experts des domaines concernés. Il me semble que cela est en faveur de tous, et j'ai un peu de peine à comprendre pourquoi on combat un tel postulat.

Je vous propose donc de l'adopter.