Lexipedia

Parmelin Guy · Bundesrat · 2020-09-14

Parmelin Guy · Bundesrat · Waadt · 2020-09-14

Wortprotokoll

J'ai déjà présenté la position du Conseil fédéral sur les deux initiatives, je la répète concernant la présente initiative en particulier.

Madame la conseillère aux Etats Vara, ces 20 à 25 dernières années, d'énormes progrès ont été faits grâce à l'abandon de différents pesticides. Aujourd'hui, même sans être bios, les vignerons n'utilisent plus d'acaricides, ni d'insecticides, mais ils recourent à la lutte par confusion sexuelle. La quantité d'engrais utilisé a diminué de presque quatre cinquièmes. Je vous invite à aller dans des exploitations qui ne sont pas certifiées bio, mais qui peut-être un jour pourraient passer en bio, pour voir les progrès qui ont été faits avec les mises en réseau.

Vous avez parlé des oiseaux. Oui, il y a des problèmes avec la biodiversité. Je peux vous dire que dans ma région, tôt le matin, vous voyez des oiseaux qu'on ne voyait pas auparavant. C'est dû à l'évolution des mentalités des vignerons, en particulier, mais aussi des paysans.

Dans l'agriculture céréalière, le programme extenso sans insecticides, ni raccourcisseurs, ni fongicides fonctionne à plus de 60 pour cent. Le seul problème qui peut résulter de ce type de programme, c'est qu'au bout d'un certain nombre d'années la qualité de la protéine du blé baisse, en l'absence d'un cycle d'apport en nutriments, qu'ils soient chimiques ou non. On préfère à ce moment-là importer du blé produit dans d'autres pays qui, eux, utilisent ces produits, parce que le taux de protéines et la qualité de la protéine sont insuffisants.

J'ai entendu, dans mon ancienne fonction de commissaire-acheteur des blés, des meuniers dire qu'ils préféraient importer du blé bio de France, qui est du bio parcellaire, c'est-à-dire que chaque année la parcelle de blé change. En Suisse, c'est après vingt années seulement. Mais au bout d'un certain nombre d'années, le cycle de qualité des protéines disparaît, ce qui donne lieu à d'autres problèmes. En l'absence de marché pour le blé, il y a donc encore un autre problème à résoudre.

Au niveau de la recherche, nous avons accompagné différentes évolutions en ce qui concerne Agroscope - vous allez en discuter prochainement. Le Parlement, avec l'appui du Conseil fédéral, a soutenu et soutiendra ces prochaines années, via l'octroi de moyens financiers, non seulement Agroscope, mais aussi l'Institut de recherche de l'agriculture biologique (Fibl). Dans le sens de ce que vous souhaitez, des synergies sont développées entre le Fibl, Agroscope et l'EPFZ en vue de développer de nouvelles technologies qui sont prometteuses et doivent permettre de se libérer progressivement, lorsque c'est possible, des invasions de ravageurs que nous ne pouvons pas maîtriser.

Je pourrais allonger la liste des progrès faits ces dernières années. Il y a notamment le cas de la pyrale du maïs, un ravageur contre lequel il est possible de lutter en utilisant des trichogrammes, qui sont de petits hyménoptères. On arrive de la sorte, aujourd'hui, à obtenir 80 à 85 pour cent d'efficacité: c'est suffisant. Tous ces progrès ont été faits ces dernières années.

Mesdames et Messieurs, Madame Vara, je vous le dis: ce qu'on mange dans notre pays est sain. La nourriture que nous mangeons est saine, que cela vous plaise ou non. Elle est analysée régulièrement par les chimistes cantonaux. En ce qui concerne les denrées importées, si leur teneur en produits néfastes est trop élevée, elles ne sont - heureusement - pas mises sur les étalages. De ce côté-là, je crois qu'on peut aussi rassurer la population. Il y a encore des efforts à faire, mais les agriculteurs et le monde de la recherche font ces efforts, unissent leurs forces pour tâcher d'améliorer encore la situation.

J'en viens à l'initiative elle-même. On a parlé des problèmes d'hygiène qu'il pourrait y avoir, du problème du gaspillage alimentaire. Dans certains pays de l'Est, donc pas si loin de chez nous, les ravageurs s'attaquant aux stocks de céréales occasionnent jusqu'à 25 pour cent de pertes lorsqu'on n'y prend pas garde et qu'on n'utilise pas certains produits pour les tuer. On évite ces gaspillages chez nous. En cas d'acceptation de cette initiative, il y aura ces problèmes, qu'on le veuille ou non; elle nous expose au gaspillage contre lequel chacun d'entre nous veut lutter.

Aujourd'hui, depuis que le confinement est terminé et que les frontières ont été réouvertes, les gens retournent faire leurs courses à l'étranger. Si je suis votre raisonnement et si le Conseil fédéral suit votre raisonnement, j'en conclus que la manière dont est produite la nourriture à l'étranger est plus saine que celle qui existe en Suisse. Or, c'est loin d'être le cas.

La réalité des faits, c'est le prix. C'est le prix qui dicte ces comportements. Vous pouvez discuter avec des producteurs bios: ce sont des questions de prix, et ce sont des problèmes de marge avant tout qu'ils doivent affronter. Que cela vous plaise ou non, il faut voir les réalités du marché et les réalités de ce qui se passe dans ce pays. Votre initiative risque de renforcer ceci, parce que les gens, s'ils ont moins de choix et si les prix montent - puisqu'il y aura des coûts plus élevés pour produire, avec des pertes de rendement jusqu'à 20 pour cent, selon ce qui est prévu -, risquent de prendre leur voiture pour aller encore plus à l'étranger acheter leur nourriture. Je pense que le bilan écologique global, à la fin, sera encore plus mauvais que ce que l'on connaît aujourd'hui.

Voilà ce que je voulais dire. Le Conseil fédéral, le Parlement, les milieux de la recherche et de l'agriculture essaient de travailler en commun pour diminuer le pression sur l'environnement. Cela se fait régulièrement. Il y a des progrès chaque année. Peut-être que les progrès ne sont pas suffisants. Dans le projet de Politique agricole 2022 plus dont - je le rappelle - le Conseil fédéral souhaite que nous discutions, il y a des pas supplémentaires dans la bonne direction; et ce n'est pas pour rien que même les associations de paysans bios et les associations IP-Suisse soutiennent ce projet et qu'elles demandent d'entrer en matière sur ce projet. Je crois qu'il faut faire preuve de pragmatisme et aller dans ce sens-là. Mais, dans ce cadre-là, je dois relever que l'initiative va beaucoup trop loin.

Je le répète, le Conseil fédéral vous propose de recommander au peuple et aux cantons de rejeter l'initiative sans contre-projet.