Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-09-14
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-09-14
Wortprotokoll
En Suisse, chacune et chacun a droit à une vie où il est possible de développer son plein potentiel. En Suisse, la pauvreté est pourtant grandissante, les discriminations augmentent, les soins de santé deviennent de plus en plus inaccessibles. Dans l'un des pays les plus chers du monde, la vie est difficile si l'on ne fait pas partie de la classe moyenne supérieure. Dans l'un des pays les plus sûrs du monde, il est difficile d'être une femme, d'être noir, d'être homosexuel, d'être handicapé. Parce que ces réalités sont non seulement indignes de notre pays, mais en plus un frein à son économie et à l'innovation, ce programme de [PAGE 1465] législature devrait être bien plus ambitieux dans les domaines traités dans ce bloc.
Selon l'Office fédéral de la statistique, le handicap concerne 900[NB]000 personnes en Suisse, soit 10 pour cent de la population. La politique d'égalité de la Confédération doit être plus ambitieuse pour leur garantir un accès plein et entier au marché du travail. A nouveau, c'est là une question d'éthique, ainsi qu'une bonne affaire sur le plan économique. Chaque révision de l'assurance-invalidité durcit la notion selon laquelle la réinsertion l'emporte sur la rente. Mais cela n'est pas monitoré correctement et, surtout, c'est totalement en vain si tous les efforts déployés à tous les niveaux ne sont pas coordonnés dans une stratégie nationale pour renforcer la réinsertion.
Je vous encourage donc vivement à soutenir la minorité au chiffre 28quater.
Dans la suite logique de cet amendement, je propose d'ajouter dans le titre de l'objectif 8 "et avec les personnes porteuses d'un handicap". C'est une question d'inclusion et de respect pour cette catégorie de la population bien trop souvent oubliée.
Il faut dire qu'en plus de l'absence totale de mesures en faveur des personnes en situation de handicap, cet objectif 8 est d'une pauvreté navrante. Alors que la moitié de la population suisse souffre encore de manière criante de violences, de discriminations, d'injustices et de difficultés pour la seule raison de leur sexe, le programme de la législature ne prévoit rien d'autre qu'une vague stratégie. Là est toute la vision du Conseil fédéral en matière d'égalité. Nous sommes donc satisfaits que la commission ait corrigé cela en introduisant des objectifs chiffrés contre les violences faites aux femmes, un message sur la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale et un message sur l'imposition individuelle.
Les Verts vous encouragent également à imaginer d'ores et déjà la prolongation du débat sur le congé paternité, qui n'est que l'embryon d'une vraie politique familiale qui soigne les deux parents et les enfants, le congé parental. Nous vous encourageons donc à soutenir la minorité Bertschy au chiffre 28octies. Là encore, c'est une bonne affaire sur le plan économique, puisque des études récentes ont prouvé que garantir une structure familiale qui entoure la femme enceinte et plusieurs figures d'attachement pour l'enfant dans les 1000 premiers jours de vie permet de réduire plus tard le nombre de décrochements scolaires, la délinquance, les troubles psychiques.
Rappelons aussi que les violences associées aux discriminations se multiplient. Une femme noire subit ainsi des discriminations particulières, et des discriminations cumulées. On parle de discriminations multiples et de lutte intersectionnelle contre les discriminations. Il serait donc particulièrement intéressant et intelligent de ne plus travailler en silo dans la lutte contre les discriminations, mais bien de cumuler les efforts et les réflexions.
Je vous demande donc de soutenir ma proposition de minorité à l'article 9 alinéa 28quinquies.
A ces discriminations s'ajoutent les problèmes économiques. La crise présente et à venir prouve que nous avons atteint les limites du système actuel, alors que la crise climatique qui va venir amènera des bouleversements plus grands encore. Il est grand temps donc de prévoir une solution qui puisse supporter les crises, sans remettre en question le droit de vivre dignement pour toutes et tous. Cette solution existe, c'est le revenu de base inconditionnel, et il est temps de remettre l'ouvrage sur le métier.
Nous vous proposons de soutenir notre proposition à ce sujet à l'article 10 alinéa 29ter. Rappelons qu'un revenu de base inconditionnel existe déjà en Suisse pour une catégorie spécifique de la population: c'est l'AVS, afin que celles et ceux qui ont fini de travailler ne tombent pas dans la pauvreté une fois arrivés en fin de carrière.
Le groupe des Verts a soutenu l'ajout de l'alinéa 29bis à l'article 10, mais il tient à rappeler ici ce qu'il faut lire dans ce soutien: un projet relatif au développement et à la sécurité financière à long terme de l'AVS ne saurait proposer autre chose que le renforcement du premier pilier, pour qu'il réponde enfin à son objectif constitutionnel, c'est-à-dire garantir les besoins vitaux et être un outil d'égalité. Vu la direction que les débats prennent actuellement sur le projet AVS 21 au Conseil des Etats, je peux vous dire que ce projet sera inacceptable non seulement pour notre groupe, mais aussi pour la population, qui sera certainement appelée à voter. Il faudra donc rapidement mettre l'ouvrage sur le métier et aller dans le sens d'un renforcement de l'AVS.
Dans le domaine de la santé, la prévention doit enfin devenir une priorité de notre politique sanitaire, et pas seulement dans le titre. Les personnes gravement atteintes par le Covid-19 sont celles qui, quel que soit leur âge, sont déjà atteintes dans leur santé. La meilleure protection face à cette pandémie, et à celles qui vont suivre, est bien une politique de santé axée sur la santé publique, avec des moyens forts dans la prévention. Notre politique sanitaire doit donc dépasser le soutien timide à la fondation Promotion santé suisse et maintenir les gens en santé à peu de frais, plutôt que de les réparer à coups de milliards.
Nous soutiendrons également les propositions de minorité aux chiffres 33bis et 33ter, à l'article 12, car il est grand temps que notre argent - nos retraites - ne finance plus des armes destructrices.
Pour finir, il faut rappeler que, de manière générale, la population reste bien peu entendue par son propre gouvernement vu la place risible laissée au changement climatique et à l'égalité dans ce programme de législature. Nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux. Les jeunes, dont l'avenir est mis en péril, et les femmes, dont la dignité est niée, devront donc maintenir la pression dans la rue, et nous serons avec eux.