Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · 2020-09-16
Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-16
Wortprotokoll
En préambule, et dans le sillage des propos du rapporteur de la commission, Matthias Michel, je tiens à relever la qualité du message sur l'encouragement de la culture, qui exprime une vision extrêmement claire au travers des trois axes que sont la participation culturelle, la cohésion sociale et la création et innovation. Il y a aussi des ambitions, au travers des mesures développées, et l'allocation de moyens pour atteindre lesdits objectifs.
Je peux imaginer à quel point les arbitrages ou la réallocation des moyens sont des exercices de haute voltige. Si nous reconnaissons la cohérence du message, la minorité que je représente propose néanmoins, pour les quatre années à venir et à l'instar du Conseil national, un apport financier plus élevé, de l'ordre de 1,2 millions de francs, pour Memoriav. La minorité de notre commission propose également un soutien plus important, de 800[NB]000 francs, en faveur de la Fondation suisse pour la photographie.
Le message précise que la Confédération soutient, dans le domaine du patrimoine audiovisuel, la fondation SAPA, la Fondation suisse pour la photographie et Memoriav, qui compte 220 membres. La qualité de leurs prestations est reconnue - ce n'est pas de cela qu'on parle.
Concernant Memoriav, je me permets d'attirer votre attention sur le fait que ce centre de compétences en matière de patrimoine audiovisuel, tant analogique que numérique, emploie dix personnes, pour un équivalent de 6,3 postes. Il assume - c'est extrêmement important -, dans une perspective de collaboration institutionnelle, une mission fédératrice avec bon nombre de partenaires, soit notamment la Cinémathèque suisse à Lausanne, c'est le centre de compétences pour le film, la Phonothèque nationale suisse à Lugano, qui est le centre de compétences pour le son, et l'Institut suisse pour la conservation de la photographie à Neuchâtel, le centre de compétences photo.
Memoriav dispose d'une expertise reconnue sur le plan national et international, qui est mise à la disposition des cantons dans le cadre de nombreux projets dans le domaine de l'archivage numérique et des inventaires de collections, notamment. Il s'agit de favoriser l'accès à notre patrimoine audiovisuel et sonore autant pour un large public que pour un public de scientifiques. Il est exact que Memoriav ne verra pas ses ressources diminuer. Mais il est également exact que ses missions, elles, augmentent et que les moyens techniques pour les assumer sont exigeants, notamment au niveau informatique.
Ainsi, si 300[NB]000 francs ne seront plus affectés à des projets communs avec la SSR - qui par ailleurs faisait partie des membres fondateurs de Memoriav - on peut relever que, ces dernières années, une partie déjà de cet argent n'était plus affectée exclusivement à des projets communs, mais était bel et bien déjà allouée à des projets ne relevant pas de la SSR concernant la vidéo ou le son.
La minorité de la commission apprécie l'admission à partir de 2021 de Bibliosuisse au nombre des réseaux soutenus par la Confédération, et la prise en considération de besoins financiers supplémentaires exprimés par la Fondation suisse pour la photographie, notamment liés à des besoins de locaux, ou d'archivage.
Ce que la minorité apprécie moins, c'est la refonte du système de répartition des ressources disponibles, avec, dans les faits, compte tenu de ses missions, une réduction de l'aide financière à Memoriav. Je me permets de mentionner deux importants projets. Le projet "Mémobase", qui fait l'objet d'un contrat de prestation avec l'Office fédéral de la culture, qui concerne l'établissement d'un inventaire du patrimoine audiovisuel, ainsi qu'un autre projet, qui concerne l'inventaire du patrimoine audiovisuel pour les cantons. Mentionner les cantons permet de préciser que, selon la direction de Memoriav, deux tiers des moyens partent dans les cantons et dans leurs institutions, c'est-à-dire dans les bibliothèques cantonales ou communales, les archives ou les musées. Ainsi, un million de documents ont été sauvés en l'espace de 25 ans. Par exemple, dans mon canton, ce sont les sons de la Constituante. Vous allez me dire qu'il ne s'agit pas d'un fondamental, mais pour nous, Jurassiennes et Jurassiens, cela l'est. Pour le Tessin, ce sont les débats du Parlement de Lugano. Pour le Valais et l'Argovie, il y a un projet en cours concernant l'établissement des inventaires audiovisuels.
Je reviens à "Mémobase", qui nécessite des adaptations pour mener à bien sa mission, tant du point de vue qualitatif que du point de vue quantitatif. Ce projet ambitieux est mené avec la bibliothèque universitaire de Bâle. Il permet le développement d'un portail d'accès numérique qui doit être performant en matière de gestion et de développement, mais également flexible, agile dans son fonctionnement, et qui, grâce à des structures d'exploitation optimisées, pourra s'imposer comme une interface dans la promotion du patrimoine audiovisuel en Suisse, mais également à l'étranger.
En conclusion, s'il est cohérent de mettre l'accent sur la numérisation de la société, sur un changement de paradigme, il est également important, en parallèle, de préserver le patrimoine numérique, afin de mieux en saisir l'évolution et de l'étudier.
Je vous invite donc à suivre la proposition de minorité, et à augmenter de 1,2 million de francs les moyens mis à disposition de Memoriav.
Concernant la Fondation suisse pour la photographie, je relève volontiers le fait que lors des auditions, dans le cadre de notre commission, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique a notamment relevé toute l'importance de développer une politique claire de la mémoire, et par conséquent l'importance d'une augmentation des crédits en faveur du patrimoine. Cela s'inscrit également dans le sillage de la motion dont a parlé mon collègue Michel.
La photographie suisse du XXe siècle constitue en fait le point fort de cette collection. La Fotostiftung gère également les archives ou successions de photographes de renom, et des fonds photographiques importants de la Confédération. A travers ses expositions, la fondation présente régulièrement des positions photographiques historiques, mais également actuelles. Elle gère une bibliothèque publique qui compte plus de 20[NB]000 ouvrages sur la photographie et intervient dans la filière d'études Histoire et théorie de la photographie, qui a été créée à l'Université de Zurich.
On le voit, tant pour Memoriav que pour la Fotostiftung, les collaborations avec les hautes écoles et les universités offrent tout un capital d'innovation.
Tout comme Memoriav, la Fotostiftung est un véritable réseau, qui oeuvre à la conservation du patrimoine photographique de notre pays à l'instar, par exemple, de la Cinémathèque suisse pour le cinéma ou des Archives littéraires suisses pour la littérature. Des moyens supplémentaires sont indispensables pour traiter les stocks existants, si j'ose le dire ainsi, et organiser une numérisation complète. Il serait [PAGE 859] regrettable de perdre toute une mémoire visuelle de la Suisse et de ses régions. A côté de ses missions de protection, il est également fort probable que la fondation aura donc à assumer des coûts de location plus élevés, liés à un nécessaire agrandissement de ses locaux.
Je vais encore vous préciser qu'il n'y a pas de regroupement entre les activités de la Fotostiftung et celles de Memoriav, mais bien une judicieuse complémentarité, la première étant plutôt spécialisée dans la photographie d'auteur, tandis que Memoriav s'intéresse à la photographie documentaire plutôt régionale, aux photos du patrimoine bâti, par exemple. Toutes deux collaborent et leurs réseaux sont complémentaires.
Je vous invite également à suivre ma minorité I et à octroyer 800[NB]000 francs supplémentaires à la Fotostiftung.
Si je peux me permettre, Monsieur le président, conformément à l'article 78 du règlement, je vous proposerai de faire un vote séparé pour les deux montants, étant donné que la proposition concernant la fondation Memoriav est issue du Conseil national, et que l'autre est une proposition de la minorité de la commission. Elles figurent sous la même proposition de minorité, mais, d'entente avec les représentants de cette minorité, nous souhaitons proposer un vote différencié.
J'en profite encore pour remercier l'Office fédéral de la culture, sa directrice Isabelle Chassot et son équipe, et naturellement le conseiller fédéral en charge du département qui donne tellement de sens à la culture dans notre pays.