Français Olivier · Ständerat · 2020-09-17
Français Olivier · Ständerat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2020-09-17
Wortprotokoll
Si vous aimez les oiseaux, vous n'aimerez pas mon interpellation. Si vous aimez les poissons, vous pourrez peut-être aimer mon interpellation. Si vous aimez les deux, comme c'est mon cas, je pense qu'il est important de vous interroger sur l'évolution de ce qui se passe non seulement dans le ciel mais aussi dans les lacs.
Si j'ai demandé la parole, c'est parce que je ne suis pas très satisfait, bien sûr, des réponses qui sont données. Je pense que le fonctionnaire qui a préparé le dossier aime en tout cas les oiseaux, et il doit beaucoup aimer le cormoran, d'où le manque d'analyse.
A la toute première question qui est posée, à savoir si on reconnaît que le nombre de cormorans sur les lacs suisses affecte les stocks de poissons, j'apprécie la réponse parce qu'elle est scientifiquement juste: c'est vrai que l'évolution de la température de l'eau et la teneur en nutriments de nos lacs ont des conséquences. Ce qui est sûr aussi, c'est qu'à l'Office fédéral de l'environnement, une déclaration claire, faite il y a déjà une année ou deux, indique que les cormorans ont une influence sur le peuplement d'espèces de poissons menacées. Donc la réponse est clairement: oui, le cormoran a un impact. Il n'a pas qu'un impact sur les lacs: différentes études - dont on dit qu'elles coûtent cher - montrent que cela a aussi des conséquences assez dramatiques sur le monde piscicole dans les cours d'eau. Par exemple, une étude parue en 2018 dans "Hydrobioligia", revue internationale des sciences aquatiques, a mesuré l'impact des cormorans sur les rivières et cours d'eau, lequel se traduit par la disparition de 30 pour cent des truites, de 70 pour cent des ombres, etc.
Bref, le cormoran est un prédateur, au même titre que le brochet est aussi un prédateur dans les lacs, et cela pose un problème. Il est vrai que c'est le réchauffement climatique qui explique, depuis le début des années 2000, la présence du cormoran, qui n'était plus dans notre environnement. Comme [PAGE 910] le relève la littérature scientifique, ces dix dernières années par exemple, le nombre de cormorans a été multiplié par un facteur 6, c'est énorme. Sa population est très difficile à réguler, d'autant, que si le héron est un peu plus sot que le cormoran, ce dernier est intelligent, mais il va dans les filets des pêcheurs et y fait des déprédations relativement importantes.
La où je ne suis pas satisfait de la réponse qui a été donnée à ma question, c'est que je demandais si on pouvait aider les pêcheurs à résoudre ce problème, en particulier ceux du lac de Neuchâtel, car ce sont eux qui font le plus de bruit, parce qu'il y a encore d'autres problèmes à régler au niveau de ce lac. Ma question avait trait à la notion de dommages. En effet, il y a un bon équilibre à trouver entre le respect de notre nature, en tenant compte bien sûr de l'évolution du climat, et la prise en compte des dommages vis-à-vis des professionnels qui assurent l'approvisionnement de notre population en poissons du lac.
J'ai aussi un petit commentaire à faire sur cette problématique. On pourrait dire que c'est facile, qu'il suffit de laisser les cormorans, ce qui ferait exploser leur nombre, et il n'y aura qu'à remettre un tout petit peu de poissons dans les lacs et on arrivera à faire une autorégulation. Mais là, cela devient quand même très problématique. Comme cela a été dit, plus il y a de variétés de poissons, plus l'appétit des cormorans augmente, et ce n'est pas comme cela qu'on assure la régulation.
La troisième question qui figure dans mon interpellation porte essentiellement sur la problématique du dommage que le cormoran cause à nos pêcheurs. Ce sont des dommages relativement importants, d'autant que pour que les pêcheurs puissent gagner leur vie uniquement de la pêche, avec en plus, année après année, la fluctuation du nombre de prélèvements qu'on peut faire, c'est délicat, je ne vous le cache pas.
J'attendais une réponse. Je sais que le problème est difficile à régler, mais j'attendais au moins un début de prise en compte, pour voir, évidemment avec les cantons, comment on pourrait assurer un bon équilibre, au niveau tant de la faune aquatique que de la faune aviaire.