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Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2002-09-19

Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2002-09-19

Wortprotokoll

Une plate-forme pour la politique nationale de la santé est en voie de construction, c'est un "work in progress", mais elle n'a pas encore atteint le degré de maturité qui me paraît nécessaire. Je crois qu'il est important que les exécutifs se mettent d'accord, d'autant plus que l'on veut vraiment entrer dans la phase opérationnelle, qu'on veut faire des choses concrètes. D'ailleurs, un des thèmes qui reprend une inquiétude qui a été exprimée dans la discussion sur la motion Frick, c'est la collaboration pour la "Spitzenmedizin". Un autre thème, c'est justement celui de la santé mentale dont nous pensons qu'elle est insuffisamment prise en compte. Mais, pour le moment, nous n'avons pas encore atteint le stade qui est par exemple celui de la Conférence universitaire suisse où des exécutifs mandatés par leurs parlements travaillent ensemble à la solution des problèmes. C'est ma vision dans ce domaine.

Par contre, à Muttenz, où il y a eu une grande conférence de 120 personnes, nous avons quand même posé les fondements, avec un mandat donné par Mme Alice Scherrer, présidente de la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sanitaires, et moi-même, en vue de la construction de cette plate-forme. Nous avons discuté de la question des relations avec le Parlement, mais aussi avec des intervenants sur le terrain, des ONG, des professionnels et cela constituera un des points centraux de l'élaboration des documents qui devront permettre ensuite au Parlement, si nécessaire, aux exécutifs, s'ils en ont la compétence, de mettre en place des structures de collaboration concrètes.

On peut aussi faire une grande conférence, mais je dois dire que j'ai un peu de réticence parce que je crois que le dialogue doit permettre à chacun d'assumer ses responsabilités, tout en reconnaissant celles de l'autre. Je suis enchantée si le Parlement nous accompagne et accepte que nous fassions des choses en tant qu'exécutif. Si nous n'avons pas de compétence en la matière, il peut nous les donner en nous confiant des mandats très clairs. Je crois que vous avez mis le doigt sur le problème essentiel qui doit être approfondi pour construire réellement cette plate-forme commune.

Les questions que vous avez posées portent toutes, si j'ai bien compris, sur la façon dont, au moyen de la plate-forme - l'actuel projet "Politique nationale suisse de la santé" -, on entendra aborder les questions de la santé mentale. Sur ce plan-là, il était vraiment très intéressant de voir que les premières propositions qui ont été faites ont été très bien accueillies. Les questions que vous avez posées - "Concrètement, maintenant, qu'est-ce qu'on va faire? quelles sont les priorités? etc." - ont été au centre des discussions de Muttenz. Nous attendons pour le mois de mars 2003, si je me rappelle bien, un plan d'action tout à fait concret. Nous avions d'ailleurs un peu peur que le programme reste dans les nuages. Les priorités seront donc également débattues à cette occasion.

J'aimerais dire que nous avons travaillé sur l'exemple que vous avez cité dans votre interpellation, c'est-à-dire sur celui du cercle de Nuremberg sur la dépression. Une chose intéressante, mais qui nous a aussi un peu inquiétés dans ce domaine, c'est le fait qu'au fond c'est parti de la recherche. Et la durabilité du projet en termes de projet de santé publique n'est pas vraiment assurée. C'est là-dessus que nous voulons travailler. Il s'agit d'une part de reconnaître la nécessité de cette charnière - recherche, prévention, soins curatifs, information de la population - mais en lui donnant une assise afin que l'effort - et c'est je crois aussi le voeu de votre interpellation - puisse porter vraiment des fruits durables. Les exemples que vous avez cités, et que citaient aussi d'autres interventions parlementaires qui allaient dans le même sens, comme la campagne Stop-sida et autres, montrent que seuls la durabilité et l'effort répété permettent vraiment de changer des comportements.

Concernant la prévention, vous avez bien sûr totalement raison. Cela montre bien l'intérêt de cette plate-forme nationale de la santé qui se veut aussi une approche globale. La santé, ça se passe en économie, ça se passe dans l'environnement, ça se passe dans toute une série de domaines qui n'ont rien à voir avec la médecine curative. La médecine curative occupe une place financièrement beaucoup trop importante dans la réflexion en matière de santé publique, par rapport à tout ce qui peut être fait dans le domaine de la prévention. Mais dans le cas de la dépression, je dirai que la prévention primaire se situe sur des plans multiples. Ce qui est très important, c'est de changer la vision qu'on a des maladies mentales, et en particulier celle qu'on a de la [PAGE 693] dépression, et de pouvoir reconnaître très rapidement des symptômes encore ténus d'une évolution vers la dépression de façon à pouvoir intervenir. Intervenir ne signifie pas forcément médicaliser, mais peut signifier modifier, pour une personne, les conditions qui la plongent dans une spirale dépressive dont elle aura beaucoup de peine à sortir.

Je me félicite à la fois de l'interpellation Brunner Christiane et de la vôtre, Madame Beerli. Faisons attention à ne pas tout médicaliser dans le domaine de la santé mentale.