Walder Nicolas Michel · Nationalrat · 2020-09-21
Walder Nicolas Michel · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-09-21
Wortprotokoll
Notre Commission de politique extérieure a soutenu, le 24 août dernier, par 12 voix contre 11 et 1 abstention, un projet de motion chargeant le Conseil fédéral de poursuivre sa contribution à la promotion des droits de l'homme, de la bonne gouvernance et de l'Etat de droit dans certains pays d'Amérique centrale et des Caraïbes, ceci dans le cadre de la mise en oeuvre de la stratégie de coopération internationale 2021-2024 et dans un souci de continuité des relations privilégiées existant entre la Suisse et ces pays. Une minorité de la commission propose de rejeter la motion.
Les membres de la commission, majorité comme minorité, appuient pleinement le Conseil fédéral dans sa volonté de concentrer ses efforts en matière de coopération au développement sur un nombre restreint d'Etats. Ce soutien a été confirmé par notre conseil qui a très largement validé l'entrée en matière sur la stratégie de coopération internationale 2021-2024 présentée lors de la session d'été 2020. Toutefois, la majorité de la commission considère qu'il est nécessaire de demeurer vigilant et impliqué en matière de droits humains et de bonne gouvernance dans les Etats d'Amérique centrale et des Caraïbes. Cette région reste en effet extrêmement fragile, économiquement et politiquement, avec des pays comme Haïti, le Honduras ou le Nicaragua qui n'ont aujourd'hui pas encore achevé leur transition vers une sortie durable de la pauvreté.
La majorité de la commission craint que la situation actuelle, socialement tendue, ne réduise à néant les succès importants obtenus par la Suisse dans des pays où elle a été jusqu'à présent l'un des principaux donateurs. Cette préoccupation est encore renforcée par l'anticipation des effets socioéconomiques de la crise du Covid-19, qui pourraient être dévastateurs dans cette région restée très fragile. Si la majorité de la commission estime qu'il convient de traiter de façon particulière cette région, c'est que la Suisse s'y est impliquée de manière prédominante par rapport à d'autres régions du monde. Des liens très étroits se sont tissés entre notre pays et ceux d'Amérique centrale et des Caraïbes. L'action de la Suisse y est très appréciée par les populations. Il nous a semblé dès lors important de ne pas perdre tout notre crédit en nous désengageant trop brusquement de ces pays au moment même où ils traversent une crise sanitaire majeure.
Le conseiller fédéral Ignazio Cassis nous a en partie rassurés en rappelant que la Suisse entendait continuer à jouer un rôle actif au sein de l'Organisation des Etats américains et du Conseil des droits de l'homme, ainsi qu'en tant que membre de la Banque interaméricaine de développement ou encore au sein de l'Alliance pacifique et de la Communauté des Caraïbes.
Toutefois, la majorité de la commission a jugé souhaitable d'offrir une légitimité supplémentaire à ces engagements, et de rappeler ainsi formellement la préoccupation de notre Parlement d'atténuer au maximum les éventuelles conséquences négatives, pour cette région, de la mise en oeuvre de la stratégie de coopération internationale 2021-2024.
La majorité de la commission considère en effet que le fait d'adopter cette motion permettra de réaffirmer publiquement le soutien fort de la Suisse à cette région du monde. Ce sera aussi la confirmation que, pour notre Parlement, si la priorisation régionale de la coopération au développement fait sens, elle ne doit en aucun cas signifier l'abandon des pays dans le besoin avec qui nous avons, depuis des décennies, su tisser des liens forts, et au sein desquels nous bénéficions d'une excellente réputation.
Par ailleurs, la majorité de la commission a estimé que cette motion ne nuirait aucunement à la stratégie de coopération internationale 2021-2024 et que, au contraire, elle ne pourrait qu'améliorer notre réputation dans cette région du monde et, dès lors, faciliter la transition vers d'autres formes de coopération.
Je vous invite donc à suivre l'avis de la majorité de la Commission de politique extérieure en soutenant cette motion.