Levrat Christian · Ständerat · 2020-09-23
Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-23
Wortprotokoll
La situation dans les camps de migrants grecs est intenable depuis des années. L'incendie sur l'île de Lesbos n'a fait que montrer les conditions déplorables dans lesquelles les gens sont tenus depuis plusieurs années. Ces camps répondent pour une part à l'impéritie de la Grèce, aux difficultés de la Grèce à organiser correctement l'accueil des requérants sur son territoire, mais aussi à une politique qui est la nôtre. En exagérant un peu, on peut dire que les camps grecs sont nos camps. Ce sont les camps dans lesquels les gens qui entendent demander l'asile en Europe sont [PAGE 996] retenus. La manière dont la situation évolue dans ces camps est aussi notre problème. Par conséquent, ce n'est pas en raison de la tradition humanitaire de la Suisse que nous devons collaborer avec la Grèce à l'édification et à la gestion de ces camps, mais c'est notre devoir politique, cela doit être notre engagement immédiat, parce qu'une partie de notre politique d'asile repose sur l'idée que les requérants sont accueillis correctement et que les procédures sont effectuées de manière satisfaisante dans les pays de premier accueil.
En ce sens, je pense que le Conseil fédéral a raison de renforcer les infrastructures et les capacités d'accueil de la Grèce, mais qu'il devrait aller au-delà et tenter de convaincre le gouvernement de déplacer une partie des gens concernés sur le continent grec et non pas de les retenir dans des îles où ils sont exposés au ras-le-bol de la population. Le Conseil fédéral a aussi raison de réfléchir à la protection des personnes vulnérables dans ces camps et d'accueillir quelques-unes de ces personnes. Le chiffre de vingt peut n'être qu'un début. S'il s'agit de protéger les personnes vulnérables dans ces camps, que ce soit à Lesbos ou ailleurs, il faut que l'on parvienne à une solution qui nous conduise à accueillir beaucoup plus de personnes concernées.
Pour ma part, je considère - et c'est la raison pour laquelle je prends la parole sur ce point - que la motion pose précisément la bonne question: celle de l'engagement du Conseil fédéral dans le contexte européen.
Il se trouve que j'étais, dans une vie précédente, chef du secteur juridique de l'Osar, qui fait partie des oeuvres d'entraide européennes. J'ai participé, comme spectateur, au sommet de l'Union européenne de Tampere, où les bases de Dublin ont été posées. Le plan de l'UE, à l'époque, lorsque l'on a adopté cette procédure de Dublin, ce n'était pas seulement de déterminer la compétence des Etats de premier accueil, mais aussi d'harmoniser la définition de la qualité de réfugié, les conditions sociales de l'accueil, le taux de reconnaissance, et les procédures appliquées par ces Etats-là. Toutes ces réformes sont restées en plan. On se retrouve aujourd'hui avec un accord de Dublin qui règle une partie des questions que nous devons régler au niveau européen, mais qui néglige complètement toutes les autres.
J'entends bien les critiques qui viennent de toutes parts sur cet accord de Dublin. Ma conviction est que nous avons besoin de davantage de Dublin, et non pas de moins. Nous avons besoin d'un accord qui fonctionne, qui implique les questions de répartition, qui implique les questions d'harmonisation des procédures, et qui implique les questions d'harmonisation de la définition de la qualité de réfugié.
Le but de cette motion, c'est précisément d'aller dans cette direction. Cela tombe bien, parce que la présidente de la Commission européenne, Mme von der Leyen, semble vouloir, elle aussi, développer ces processus de Dublin et renforcer la solidarité européenne dans le cadre de l'UE.
Je pense, pour ma part, que la Suisse doit faire plus, qu'elle peut faire beaucoup plus que l'accueil des vingt mineurs dont on parle, qu'il faut trouver des solutions pour les personnes vulnérables aussi longtemps que les conditions d'accueil ne seront pas acceptables en Grèce, qu'il faut aider la Grèce à répondre à cette urgence humanitaire, quitte parfois à être un peu plus directs avec nos partenaires grecs et avec les choix politiques qu'ils font. En outre, je pense qu'il faut travailler - et c'est l'angle principal de la motion - à développer une réponse européenne et à insérer notre effort dans cette réponse européenne à la problématique de l'asile. C'était la conception première de la Convention de Dublin, et c'est parce que les Etats européens n'ont pas eu le courage d'aller plus loin que l'on se trouve aujourd'hui face à une convention qui fonctionne, en fait, à moitié - voire relativement mal - en temps de crise. Donc il faut davantage de Dublin, davantage de coordination, davantage d'efforts communs, et davantage de solidarité, et non pas moins.
J'aimerais ajouter quelques mots encore sur les villes. Il y a deux manières d'aborder ces questions. On pourrait considérer que le rôle de la Confédération, c'est de freiner l'enthousiasme généreux de nos compatriotes. Je pense que ce n'est pas le cas. Je pense que, lorsqu'il y a dans la population une certaine ouverture et une générosité, notre rôle d'hommes et de femmes politiques, c'est de tirer le débat vers le haut, de faire en sorte que l'on puisse utiliser cette générosité, que l'on puisse y répondre, que l'on puisse susciter des sentiments positifs chez les gens. Cela ne veut pas dire qu'il faut le faire à l'aveugle, ni nier les problèmes qui se posent dans le domaine de l'asile, mais cela veut dire qu'il faut avoir une attitude fondamentalement positive et encourager les forces généreuses et créatrices dans notre société.
C'est la raison pour laquelle je vous prie d'adopter cette motion et de continuer, avec nous, à chercher des solutions pour améliorer notre système de l'asile, conjointement aux efforts des Européens dans ce secteur.