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Hurni Baptiste · Nationalrat · 2020-09-24

Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-24

Wortprotokoll

La fortune de Jeff Bezos culmine à 113 milliards de dollars. Celle de Bill Gates est de 98 milliards de dollars. Celle de Bernard Arnault est de 76 milliards de dollars. Ces sont les trois plus grosses fortunes au monde. Ces chiffres sont tellement invraisemblables qu'il faut trouver des trésors d'imagination pour les illustrer. Ainsi, chacune de ces trois personnes pourrait faire fonctionner le budget de la Confédération pendant une année, et cela assez largement. Elles pourraient aussi rembourser la dette de notre pays ou encore creuser douze fois les trois tunnels des nouvelles lignes ferroviaires alpines que nous venons d'inaugurer. Et les revenus de ces capitaux viennent encore grossir ces fortunes chaque année.

Ces fortunes extrêmes sont indécentes, non parce que ces chiffres donnent le tournis, non par jalousie ou par haine du riche, mais simplement parce qu'une telle concentration de richesse ne peut se faire qu'en répandant la pauvreté. Oui, pour qu'il y ait des super-riches, il faut beaucoup, beaucoup de super-pauvres. Il faut des milliers d'ouvriers et de travailleurs mal payés. Car on n'a rien sans rien. Il faut bien saigner quelqu'un pour devenir plus riche que la majorité des Etats de ce monde. C'est la foule immense et anonyme de celles et ceux qui sont payés au lance-pierre par les multinationales dirigées par les détenteurs de ces fortunes, de celles et ceux qu'on écrase sans ménagement, de celles et ceux qui sont condamnés à travailler dans des circonstances si extrêmes qu'ils en ressortent anéantis, qui crée ces fortunes.

Alors oui, ces trois personnes fortunées n'habitent pas la Suisse et cette initiative ne les concerne pas. Mais dans notre pays aussi, la concentration extrême des richesses dépasse l'entendement. Une fortune entre 27 et 28 milliards de francs en 2019 pour la famille Hofmann et Oeri, entre 24 et 25 milliards pour la famille Wertheimer ou encore entre 23 et 24 milliards pour la famille Safra.

Aucun argument raisonnable ne permet de justifier une telle concentration des richesses. Aucun travail ne mérite un tel salaire. Aucune qualité ne justifie d'accumuler tellement plus que le commun des mortels.

Et lorsque cette liste des grandes fortunes est mise à côté de la situation des autres, on ne peut que s'émouvoir. S'émouvoir des scènes qu'offrent les files de personnes à Genève attendant patiemment un sac d'une valeur de 20 francs pour manger. S'émouvoir des 30 pour cent de Suissesses et de Suisses que l'Etat doit aider pour payer les primes d'assurance-maladie. S'émouvoir de toutes celles et ceux qui travaillent dur, mais qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, ou alors le font au prix de sacrifices énormes chaque mois.

Cette initiative ne résoudra pas les injustices du capitalisme à elle seule. Mais cette initiative permettrait de soulager un peu celles et ceux qui travaillent dans notre pays, celles et ceux qui paient des impôts mais qui ne s'en sortent pas, celles et ceux qui créent cette richesse si injustement concentrée. Et si au passage quelques milliardaires ou multimillionnaires s'en offusquent, je dois bien avouer que cela ne m'empêchera pas de dormir.

Nous sommes les représentants du peuple, soutenons-le en recommandant l'acceptation l'initiative.