Lombardi Filippo · Ständerat · 2002-09-26
Lombardi Filippo · Ständerat · Tessin · Christlichdemokratische Fraktion · 2002-09-26
Wortprotokoll
Je saisis l'occasion de la discussion d'entrée en matière sur la révision de la loi sur les EPF [PAGE 786] pour exprimer la préoccupation qui naît dans plusieurs secteurs de notre pays par rapport à une certaine évolution des EPF qui a déjà attiré l'attention des médias et d'un certain nombre de personnalités scientifiques.
Quelle est cette évolution? Les EPF représentent depuis toujours un niveau d'excellence, aussi sur le plan international, dans le domaine des sciences techniques. C'est du reste pour cela qu'elles ont été créées et qu'elles restent une priorité exclusivement fédérale par rapport aux universités. Le maintien du niveau d'excellence dans le domaine des sciences techniques semble devenir de moins en moins prioritaire ces dernières années. Les moyens à disposition des sciences techniques, et notamment des sciences d'ingénierie, se réduisent progressivement au profit de toutes sortes de secteurs - des frais administratifs et généraux, bien entendu, comme dans toute administration -, mais aussi de la recherche dans plusieurs autres secteurs, notamment dans ceux qu'on appelle les sciences de la vie.
Cette tendance est pleinement confirmée par la modification qui nous est proposée à l'article 8 de la loi que nous discutons aujourd'hui. Le texte de la loi en vigueur dit: "Les EPF accomplissent leurs tâches d'enseignement, en particulier: a. en donnant aux étudiants une formation spécialisée, conçue sur la base des programmes des écoles du degré secondaire, appropriée aux exigences de la pratique de leurs futures professions et sanctionnée par un diplôme". Cette disposition serait remplacée dans la nouvelle loi par "a. en donnant aux étudiants une formation universitaire spécialisée, sanctionnée par un titre académique". Une formulation évidemment assez générale et assez vague par rapport à ce qui figurait dans la disposition que vous nous proposez de modifier, c'est-à-dire la nécessité que cet enseignement soit orienté sur la "Berufsausübung" future.
Ce changement n'est pas innocent. C'est bien cela qui pose problème. Je cite quelques exemples récents.
Récemment nous avons tous pu lire dans la presse, par exemple, l'appel du secteur de l'énergie nucléaire suisse qui fait état d'un manque cruel d'ingénieurs. Nous sommes en train de reprendre en main la construction de grandes infrastructures nationales de transport routières et notamment ferroviaires, avec la NLFA. La Suisse est forcée actuellement, pour ses grands travaux, de recruter à l'étranger non plus seulement des mineurs, comme cela fut la tradition aux XIXe et XXe siècles, mais aussi des bataillons d'ingénieurs civils car on n'en trouve pas en Suisse.
Dans le domaine des ingénieurs spécialistes des métaux, nous assistons aussi à un manque total de spécialistes en Suisse. Quelqu'un a avancé l'hypothèse, qu reste à démontrer évidemment, que cette absence de spécialistes serait aussi une des causes possibles des grands problèmes techniques qu'ont connus les installations de Cleuson-Dixence.
Un cri d'alarme a été lancé récemment à l'EPF de Lausanne par rapport au projet d'abolition de la chaire des sciences du bois - une des premières qui a été créée au monde et qui est toujours encore prestigieuse. Nous passons notre temps dans ce Conseil à défendre l'utilisation et la promotion du bois suisse non seulement comme matériau énergétique mais aussi comme matériau de construction. Or, on propose d'abolir cette chaire, qui avait un niveau d'excellence et de reléguer cet enseignement au niveau des écoles professionnelles.
"Last but not least", le projet d'intégration "physique" dès 2004 à l'EPF de Lausanne de l'Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC) - actuellement indépendant et fort bien situé à Epalinges - suscite aussi des remous à Lausanne. Il s'agit d'un projet qui va coûter, semble-t-il, quelque 50 millions de francs. Si une rallonge budgétaire n'est pas prévue à cet effet, ce sont une fois encore les autres départements, notamment ceux des sciences de l'ingénieur, qui seront forcés de faire des économies pour financer ce déplacement.
Le tableau d'ensemble est donc clair. La pression est constante pour déplacer les priorités des EPF des sciences appliquées vers la recherche fondamentale, avec l'intégration de secteurs nouveaux, médicaux entre autres, la présence de représentants des sciences médicales au sein des organes directeurs des EPF n'étant probablement pas étrangère à cette tendance. L'opération a pour conséquence de forcer le déplacement de l'enseignement des sciences techniques appliquées vers les écoles professionnelles.
Or, et j'en viens à ma conclusion, s'il est certainement bon d'ouvrir de nouveaux champs de recherche de pointe dans les EPF et s'il est aussi bon d'élever le niveau des écoles professionnelles, la question doit se poser, et je la pose à Mme la conseillère fédérale Dreifuss, de savoir si nous ne risquons pas par ce processus de rendre moins importante la fonction primordiale des EPF, d'abaisser excessivement leur niveau et, par la même, le niveau de formation des ingénieurs en Suisse, de diminuer leur nombre et enfin de pénaliser la société et l'économie de notre pays et, à moyen terme, d'avoir peut-être des conséquences négatives sur l'emploi. Dans la mesure où tous les jeunes Suisses ne peuvent certainement pas devenir chercheurs, il faudrait quand même que quelques-uns deviennent ingénieurs. On ne pourra pas toujours faire appel au recrutement à l'étranger.
Je remercie Mme la conseillère fédérale Dreifuss de répondre à ces préoccupations.