Fivaz Fabien · Nationalrat · 2020-12-02
Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-12-02
Wortprotokoll
Pour nous, membres du Parlement, envoyer 2500 militaires de milice au front de la pandémie, c'est une décision finalement assez simple, mais pour celles et ceux qui sont déjà ou seront mobilisés ces prochaines semaines, c'est plus compliqué: on les arrache à leurs études, à leur travail, à leur famille, à leur cercle d'amis. On les confine dans une caserne, on les infantilise et on leur assigne une tâche plus ou moins intéressante.
Le Conseil fédéral a renforcé les règles d'engagement pour éviter qu'on envoie des militaires au front pour rien, comme cela a été le cas pendant la première vague, mais cela reste difficile. Et comme lors de la première vague, des plaintes émanant de militaires commencent à remonter des casernes, surtout que certains ont déjà donné deux mois pour l'armée ce printemps. Les militaires sont confrontés à des situations qui sont très difficiles, ils ne sont pas toujours formés correctement. C'est difficile lorsqu'ils sont engagés pour des tâches qu'ils estiment inutiles, ou pour lesquelles ils estiment que la subsidiarité n'a pas été respectée, et que d'autres auraient été plus à même de les remplir. C'est aussi difficile d'être confronté aux situations de détresse, de mort, qu'ils rencontrent dans le cadre de leur engagement, par exemple dans les hôpitaux. N'oublions pas non plus que les personnes engagées prennent des risques pour leur santé, parce que la vie en caserne et leur engagement en milieu hospitalier rend le risque de contracter le virus plus important. Un article publié en septembre par Heidi.news montre l'étendue du problème: deux compagnies ont été particulièrement touchées au début du printemps. Sur près 300 recrues, 60 pour cent ont contracté le virus. Trois mois plus tard, 20 pour cent des recrues n'avaient pas recouvré entièrement leur capacité respiratoire. La situation est suffisamment préoccupante pour que le médecin en chef de l'armée ait décidé de suivre ces personnes.
Les militaires craignent aussi pour leur avenir. Ne seront-ils pas les premiers à perdre leur emploi, à leur retour, parce qu'ils ont manqué deux, trois, quatre mois en 2020? Pour d'autres, ce sont les études qui prennent du retard. Si pour certains d'entre vous au sein de notre Parlement, il suffit de distribuer un ruban, un couteau suisse ou une bouteille de vin comme remerciement pour services rendus, nous estimons quant à nous que le fait d'imputer l'ensemble des jours de service effectués pendant cette deuxième vague serait un geste plus approprié et ne remettrait pas en cause notre sécurité ni, durablement, les effectifs de l'armée.
Merci de soutenir notre minorité.