Parmelin Guy · Bundesrat · 2021-03-03
Parmelin Guy · Bundesrat · Waadt · 2021-03-03
Wortprotokoll
Plusieurs d'entre vous ont décrit la situation générale telle qu'elle se présente depuis la fusion des contingents tarifaires - ces 170 millions de litres. C'est juste ce que M. le conseiller aux Etats Schmid a dit: depuis son entrée en vigueur en 2001, jamais le contingent de 170 millions de litres n'a été entièrement utilisé. Il y a eu différentes péripéties et autres évolutions ces dernières années, je ne veux pas y revenir.
Je voudrais ajouter que, pour ce qui concerne la consommation de vin, le contexte a profondément changé ces dernières années. La consommation individuelle a fortement diminué, de manière continue, pour différentes raisons: une plus grande sensibilisation de la population aux questions de santé et d'autres aspects politiques. Toutefois, on remarque que, durant toutes ces années, la part de marché des vins suisses s'est constamment établie, si on prend depuis 2014, entre 35 et 37 pour cent. On a assisté ces deux dernières années à une remontée avec les bonnes campagnes de promotion de Swiss Wine Promotion.
Les vendanges abondantes des années 2018 et 2019 ont dépassé la demande de vin suisse et ont entraîné une certaine augmentation des stocks. Certains vins ont davantage de peine à trouver des acheteurs. Là, il y a eu plus de difficulté à trouver des débouchés, et cela a pesé naturellement sur les prix. Les mesures prises par le Conseil fédéral pour ralentir la propagation du Covid-19, en particulier la fermeture des restaurants, l'interdiction de toutes les manifestations, ont incontestablement freiné les ventes de vin.
Dans une perspective de limiter les dégâts, si vous me passez cette expression, nous avons mené cette action de déclassement de vins suisses d'appellation d'origine contrôlée en vin de table. Le but était d'alléger le marché. Je ne vais pas y revenir. Cette mesure a aussi suscité certaines discussions.
La situation à court terme, d'ici la fin de l'année, va être encore difficile sur le marché. Les manifestations sont toujours difficiles, voire impossibles, à organiser, et même si elles devaient reprendre cet été, malgré la petite récolte 2020, malgré l'action qui a été faite, il y aurait un certain nombre de difficultés. Même certains spécialistes disent depuis plusieurs années - mais c'est un tabou - qu'en Suisse, il y a un certain nombre d'hectares de vignes en trop. Mais c'est là un autre débat que nous n'allons pas aborder aujourd'hui.
La consommation des vins de 2020 n'est pas encore connue. On sait déjà que tous les canaux de vente n'ont pas subi une baisse. Si vous prenez la vente de vin suisse par les grands distributeurs, elle a augmenté, chez certains particuliers aussi, par exemple même de 10 pour cent pour l'année 2020. Par contre, le canal gastronomie-restauration s'est lui complètement effondré.
Si l'on en vient maintenant à la répartition du contingent, les parts de contingent tarifaire des vins à l'OMC sont attribuées dans l'ordre des dédouanements, système plus connu sous le nom du "premier arrivé, premier servi". C'est un système qui a été choisi parce qu'il est simple, léger administrativement, et qu'il permet une certaine concurrence entre les différents importateurs. En changeant de système, en introduisant la prestation en faveur de la production suisse pour attribuer les parts de contingent aux importateurs, nous pensons que cela n'aurait pas d'effet sur le volume de vin étranger.
Il est important de savoir et de rappeler que, selon les règles de l'OMC, la totalité du contingent doit être mise à disposition indépendamment du mode d'attribution. La méthode d'attribution ne doit finalement pas être un moyen pour réduire le volume du contingent. Selon cette nouvelle méthode, les 170 millions de litres du contingent seraient attribués alors que quelque 160 millions de litres ont été importés ces années précédentes. Ce changement de système obligerait - cela a été dit par M. Würth entre autres et aussi par le rapporteur - les très nombreuses entreprises qui importent du vin à exécuter des tâches administratives complexes qui engendreraient des coûts supplémentaires. Ce serait le cas aussi pour la Confédération: elle devrait naturellement contrôler tout ceci et sanctionner les irrégularités. Cela limiterait d'une certaine manière aussi la concurrence: les entreprises qui obtiendraient des parts de contingent les revendraient ensuite à des entreprises qui n'achètent pas de vin suisse. Il y aurait la création non désirée de ce que l'on appelle une rente d'importation qui serait répercutée sur les prix à la consommation.
Une augmentation plus restrictive - et là on se place dans une perspective à long terme et pas uniquement à court terme avec l'aspect Covid-19 - des importations de vin ne signifierait pas automatiquement le retour de la croissance en matière de vente de vin suisse. On doit quand même s'attendre à ce qu'une partie des consommateurs n'acceptent finalement pas la limitation de leur choix ainsi que le renchérissement consécutif de produits étrangers.
Le Conseil fédéral est conscient des difficultés que connaît le marché des vins suisses. Nous discutons avec les représentants de la branche pour essayer de trouver des solutions à long terme afin de mieux positionner les vins suisses sur le marché. C'est en effet en augmentant la préférence des consommateurs pour les vins suisses que des parts de marché peuvent être gagnées. L'Office fédéral de l'agriculture collabore avec l'Interprofession de la vigne et des vins suisses afin que la branche mette en place des mesures volontaires.
Nous avons augmenté aussi le budget de promotion. On peut nous critiquer, mais, enfin, nous avons augmenté ce budget pour la promotion de 1 million de francs pour 2021, comme cela été le cas en 2020. J'ai aussi initié deux tables rondes avec le commerce de détail et le secteur de la restauration. L'interprofession va maintenant les poursuivre. Il faut bien voir que ce n'est pas en opposant les uns aux autres que l'on améliorera le positionnement des vins suisses sur le marché.
Vous avez évoqué - je crois que c'était Mme Maret - le fait que 78 pour cent des vins consommés en Autriche sont autrichiens. Je me suis aussi posé la question de savoir pourquoi il y avait 78 pour cent de consommation locale en Autriche. Je me suis demandé quel était leur système et pourquoi en Suisse, dans la partie alémanique du pays, on était en dessous de 40 pour cent de consommation de vins suisses. Je me suis demandé si c'était une question de langue, puisque le premier marché d'exportation des vins de Suisse romande, c'est le marché suisse alémanique. Mais même en Suisse romande, on est à peine à 50 pour cent de consommation de vins locaux. Il y a donc aussi un problème dans la tête du consommateur, et c'est en faisant en sorte de mettre en avant nos excellents produits, les progrès considérables qui ont été faits et le positionnement du secteur en matière de production intégrée, de production qualitative, qu'il faut insister et convaincre nos compatriotes alémaniques de changer leurs habitudes de consommation. Ceci concerne en particulier le vin rouge, où il s'agit de les inciter à passer des vins italiens et espagnols à des vins suisses, parce que ceux-ci peuvent se targuer d'un rapport qualité/prix qui est également bon, si ce n'est excellent.
Monsieur Würth, j'ai entendu vos arguments. Il y a aussi une nécessité, de votre côté, de montrer que les vins suisses, en matière de rapport qualité/prix, sont excellents. Une partie de la vérité est qu'il s'agit d'une question de marges. Vous pouvez discuter avec des producteurs bios de toutes catégories, ils rencontrent les mêmes problèmes que les producteurs traditionnels: c'est une question de marges. Et je pense que nous avons un rôle important à jouer, un travail considérable à effectuer avec toute la branche, notamment les grands distributeurs et le secteur de la restauration, pour mieux positionner les vins du pays, qu'il s'agisse des vins alémaniques en Suisse romande ou des vins romands en Suisse alémanique. Il faut faire cette différence entre les aspects culturels à moyen et long terme et l'effet à court terme.
Les grands distributeurs ont participé aux tables rondes, ils ont manifesté leur volonté de travailler. Il y a des efforts qui sont faits, des efforts qu'il faut relever, qu'il faut saluer. Mais, je dois le dire en tant que chef du Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche et en tant qu'ancien vigneron, j'attends encore davantage d'eux de ce côté-là, parce que c'est tout le pays qui est concerné, et il est dans l'intérêt général de positionner la production suisse.
Du côté des vignerons, si j'ai un appel à lancer, c'est qu'en Suisse romande on fasse l'effort d'aller faire la promotion des [PAGE 65] vins en Suisse alémanique. Pourquoi, à l'est de Zurich et de Winterthour, sur 30 restaurants - selon ce qu'un grand distributeur m'a dit -, 29 restaurants ne proposent pas un seul vin suisse sur leur carte?
Et la grande majorité des vins suisses est produite en Suisse romande. Là, il y a vraiment un problème. Cela signifie que l'on a peut-être négligé ces aspects, qu'il s'agit d'un travail de longue haleine. Je crois que c'est cet aspect qui doit nous guider et non pas la volonté de modifier un système d'une manière qui ne va pas, à long terme, améliorer le positionnement des vins suisses sur le marché.
Voilà ce que je voulais dire, tout en relevant que la situation reste extrêmement tendue, extrêmement difficile, notamment en raison des conséquences de la crise du Covid sur le marché. C'est en tirant tous et toutes à la même corde - producteurs, interprofession, cantons, qui ont aussi un rôle à jouer, importateurs, grande distribution - que l'on arrivera à changer cette perception dans l'esprit du consommateur. Les consommatrices et consommateurs suisses ont tout intérêt, parce que c'est une manière de promouvoir la durabilité, à consommer du vin produit dans ce pays plutôt qu'à l'importer de pays lointains. Nous sommes tous d'accord qu'il faut travailler sur la durabilité. Ici on a un exercice pratique très concret à faire, et s'il y a un appel à lancer, c'est de procéder ainsi.
Au nom du Conseil fédéral, je vous demande de ne pas accepter cette motion.