Berset Alain · Bundesrat · 2021-03-08
Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2021-03-08
Wortprotokoll
Vous l'avez rappelé, Madame la conseillère aux Etats Carobbio, nous avons affaire ici à une question très sérieuse, parce que l'on ne savait pas, il y a une année encore, ce que seraient les possibles évolutions de la maladie générée par le coronavirus. Nous constatons aujourd'hui qu'il y a, pour une partie des personnes touchées - une personne sur quatre nous dit-on - des conséquences pouvant être importantes et allant au-delà de quelques jours, avec des symptômes présents encore longtemps après une infection. C'est dans ces cas-là qu'il est question de "Covid long". L'affaire est très sérieuse, et nous prenons cette question très au sérieux, mais nous sommes aujourd'hui encore en plein dans le combat contre la pandémie. Nous ne maîtrisons pas le calendrier, car nous avons affaire à une situation qui évolue. Nous ne pouvons pas décider quand cela commence et quand cela s'arrête. Et nous avons encore énormément d'incertitudes quant aux effets à long terme d'une infection.
Tout cela pour dire que nous sommes sur la même ligne que la commission. Nous avons la même opinion qu'elle quant à l'importance de cette question et au fait qu'il faut la traiter. La question est de savoir quand et comment le faire.
De nombreuses recherches et études sont en cours. Des projets de recherche sur les effets à long terme du Covid-19 sont par exemple menés dans le cadre du Programme national de recherche du même nom. Des universités et HES suisses mènent des travaux de recherche dans le cadre notamment du programme "Corona Immunitas". Plusieurs hôpitaux suisses sont également actifs. Les résultats de ces recherches sont publiés dès qu'ils sont connus; ils sont donc communiqués. Vous avez évoqué l'étude du professeur Puhan, qui a déjà été présentée, et cela continuera ainsi.
En rédigeant un rapport supplémentaire, nous craignons que l'on ne fasse qu'additionner des éléments déjà connus. Contribue-t-on vraiment à la résolution de ce problème avec la rédaction d'un rapport aujourd'hui? Nous ne le pensons pas. Il s'agirait d'un rapport dans lequel seraient compilées [PAGE 131] des informations déjà existantes. A ce stade, un tel rapport nous paraît prématuré. Ce qui compte aujourd'hui, c'est que les personnes concernées aient accès à des traitements de qualité, que les problèmes soient reconnus et que l'on puisse intégrer ces parcours dans notre système d'assurance-maladie et dans notre système de santé.
Aujourd'hui, c'est le cas. Les traitements sont pris en compte. Les patients peuvent être suivis longtemps. Il y a d'autres maladies qui peuvent avoir des conséquences durant des mois ou des années. Notre système de santé permet d'y faire face. Le plus urgent, c'est de garantir une bonne intégration des patientes et des patients touchés dans le système de santé.
De plus, nous devrions voir si cela a des conséquences sur l'organisation de notre système de santé. Je sais que cette situation a manifestement des conséquences sur l'organisation des hôpitaux et peut-être aussi sur la manière d'organiser le système de santé et de prendre en compte les besoins de ces patientes et de ces patients.
C'est la raison pour laquelle nous vous proposons de rejeter ce postulat parce qu'en fait cela reviendrait à concentrer des forces au sein de l'Office fédéral de la santé publique pour rédiger un rapport qui compilerait toutes les informations qui existent déjà. Cela reviendrait un peu à cela. C'est un peu la question de l'efficience des forces à attribuer ou de la priorité à accorder pour faire face à la situation. Il nous semble qu'aujourd'hui c'est un peu tôt. Si vous le souhaitez, nous ferons cette compilation, il n'y a pas de problème. Mais, enfin, ce ne serait pas la meilleure réponse à apporter aux personnes confrontées à ce problème.
Il y a encore un dernier point que je voudrais mentionner. Le Conseil fédéral estime que la Confédération n'est pas l'acteur le mieux placé pour formuler des recommandations sur les traitements appropriés, alors que c'est aussi quelque chose qui figure dans le postulat. C'est un peu difficile pour nous. On va devoir donner des mandats externes, se fonder sur des rapports d'experts et présenter ce que ces experts disent à ce sujet. On est naturellement prêt à le faire, mais on part néanmoins de l'idée que ce sera déjà réalisé dans le cadre du Programme national de recherche Covid-19, et que beaucoup d'informations vont arriver ces prochains temps.
Il ne s'agit pas de nier le problème, au contraire, je viens de vous expliquer à quel point on est attaché à y répondre, mais la rédaction d'un rapport aujourd'hui ne devrait pas beaucoup nous aider. Si vous deviez accepter le postulat, on tenterait certainement d'y répondre le mieux possible afin de faire le point de la situation et des connaissances sur ce sujet. S'il devait être rejeté, ce ne serait en aucun cas le signe qu'il ne faut pas s'occuper de cette problématique. Au contraire, on est déjà très avancé avec tous les éléments que je citais tout à l'heure.
C'est avec cette argumentation que le Conseil fédéral vous invite à rejeter le postulat.