Chevalley Isabelle · Nationalrat · 2021-03-10
Chevalley Isabelle · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2021-03-10
Wortprotokoll
On entend toujours dire que la législation suisse est la plus stricte et qu'il faut prouver qu'une alternative n'existe pas pour pouvoir faire une expérimentation animale. Cet argument est un peu facile lorsque l'on sait le peu de moyens investis dans la recherche 3R. Même avec ce nouveau programme national de recherche, intitulé "Advancing 3R - animaux, recherche et société", doté de 20 millions de francs sur cinq ans, il y a toujours 200 millions - 200 millions! - de francs par année pour l'expérimentation animale. Il s'agit d'argent public, et cela représente une somme 50 fois plus importante. De plus, ce programme ne va durer que cinq ans. Et après?
Il est clair que très peu d'alternatives à l'expérimentation animale existent aujourd'hui, mais faut-il encore vouloir chercher et s'en donner les moyens. On peut aussi s'étonner du lobbyisme acharné de la présidente du centre 3R contre les crédits supplémentaires adoptés par notre conseil lors du débat sur le programme FRI l'année dernière. Cette personne est-elle vraiment au bon endroit?
Considérer que l'expérimentation animale est la règle et que les 3R sont l'exception est un frein à l'innovation. 90 pour cent des médicaments testés sur les animaux échouent au niveau des essais cliniques. Des médicaments comme l'aspirine n'auraient jamais été commercialisés s'ils avaient dû passer par des tests sur les animaux. Il est certain qu'aujourd'hui de potentiels médicaments sont abandonnés car ils provoquent trop d'effets secondaires chez les animaux. Mais, qui sait, peut-être auraient-ils sauvé des millions de vies [PAGE 347] humaines, comme l'aspirine? On utilise un mauvais modèle et ceci engendre un gaspillage d'argent public gigantesque.
L'industrie pharmaceutique l'a bien compris puisque le nombre d'animaux qu'elle utilise diminue d'année en année. Mais nos universités et nos écoles polytechniques fédérales restent figées sur cet ancien modèle, et tout cela avec de l'argent public. L'expérimentation animale donne une fausse impression de sécurité. Les rats sont 300 fois moins sensibles que l'homme à l'amiante, et l'Isuprel, utilisé pour traiter l'asthme, a causé plus de 3500 décès rien qu'en Grande-Bretagne. Il existe de nombreux exemples dramatiques.
Malheureusement, l'initiative populaire ne rend pas service à la cause qu'elle veut défendre. En voulant interdire du jour au lendemain tout nouveau médicament ayant fait l'objet de tests sur les animaux, les auteurs de l'initiative ont oublié de tenir compte des règles internationales que l'on ne peut pas changer par une simple votation en Suisse. Si une entreprise veut mettre un médicament sur le marché, elle a l'obligation de prouver son innocuité par des tests sur les animaux.
Les Vert'libéraux ont toujours lutté contre le nucléaire, mais nous avons toujours parlé de sortie progressive et pas d'un arrêt du jour au lendemain. C'est la même chose pour l'expérimentation animale, il faut sortir de ces vieilles méthodes en s'en donnant les moyens.
La pandémie nous démontre que l'expérimentation animale prend beaucoup de temps et que c'est le moment de développer des outils plus efficaces pour le bien de l'humanité.
Pour pouvoir sortir de l'expérimentation animale, il faut promouvoir massivement la recherche 3R. C'est pourquoi le groupe Vert'libéral vous demande de soutenir la proposition Christ qui demande un renvoi à la commission, avec pour objectif d'ancrer durablement dans la loi des moyens supplémentaires importants pour la recherche 3R.
Pour les raisons que je viens d'évoquer, le groupe Vert'libéral recommandera le rejet de l'initiative et soutiendra un renvoi en commission pour l'élaboration d'un contre-projet indirect.