Porchet Léonore · Nationalrat · 2021-03-10
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-03-10
Wortprotokoll
Je suis ravie que nous ayons cette discussion aujourd'hui, et pour cela je suis profondément reconnaissante envers les initiantes et les initiants, parce cette initiative pose de bonnes questions. Elle permet un réel questionnement sur la façon de considérer la souffrance animale [PAGE 349] dans le milieu de la recherche et dans notre rapport avec les autres êtres vivants.
Il n'y a actuellement pas de réel soutien de la Confédération pour le développement de méthodes de remplacement, qui pourtant existent. Les moyens engagés pour les alternatives aux expériences sur les animaux sont actuellement trop faibles et n'approchent en rien les moyens pour les recherches avec de l'expérimentation animale. Comme exemple, il faut rappeler que 80 millions de francs d'argent public sont alloués chaque année rien que pour l'entretien et le fonctionnement des animaleries pour l'expérimentation animale. Cela ne se rapproche en rien des moyens pour les études sans expérimentation animale.
Pourtant, faire de son mieux pour quitter l'expérimentation animale est une chance à saisir pour la Suisse. Cela lui permettrait d'être à la pointe des avancées internationales sur le sujet - et il y a des pressions internationales pour quitter l'expérimentation animale; cela lui permettrait de devancer un consensus scientifique qui va arriver et de devenir leader en la matière; et cela lui permettrait d'être attractive pour la recherche dans le futur.
En obligeant la Confédération et les cantons à soutenir le remplacement de l'expérimentation animale, ce qui représenterait plusieurs centaines de millions de francs par année, l'initiative contribuerait à une réelle innovation dans le domaine de la santé publique, grâce au développement de nouvelles méthodes de recherche éthiques et efficaces.
Il faut rappeler aussi que la recherche sur les animaux peut participer à freiner l'innovation. Dans le domaine de la toxicologie par exemple, les modèles animaux ne sont pas capables de prédire, dans un cas sur deux, la toxicité d'une nouvelle molécule pour l'humain. Dans le domaine de la recherche appliquée, après avoir été développés sur les animaux, neuf médicaments sur dix devront être abandonnés une fois testés sur les êtres humains. Et, dans l'autre sens, on ne sait pas combien de recherches ont été abandonnées après un résultat insatisfaisant sur les animaux, alors que cela aurait pu être prometteur pour les humains. Donc, dans le domaine de la recherche fondamentale, le gâchis de vies et d'argent causé par l'expérimentation est simplement incalculable.
A cela s'ajoute un postulat fondamental de l'initiative qu'il sera difficile de contrer: l'expérimentation est un mauvais traitement infligé à des êtres vivants qui ressentent comme nous la douleur et les émotions. C'est de la cruauté. Et cette cruauté ne peut plus être considérée comme banale. Face aux preuves scientifiques et face aux évolutions de la science qui se dirige vers d'autres voies, il faut accepter l'heureuse évidence: la fin de l'expérimentation sur les animaux est inéluctable!
La question est maintenant de savoir comment en sortir. Eh bien, cela ne peut pas être par la voie de cette initiative. Elle prévoit malheureusement une sortie de l'expérimentation animale du jour au lendemain et elle présente des risques pour l'approvisionnement du pays et l'accès aux soins. Ce n'est tout simplement pas possible de sortir aussi rapidement de notre dépendance. Mais ce n'est pas non plus la voie choisie par le Conseil fédéral. Le Conseil fédéral nous propose un soutien alibi à la recherche sans expérimentation, en fermant les yeux et en disant, dans sa réponse à l'initiative, que tout va bien. Nous avons face à nous un Conseil fédéral réfractaire au changement, au lieu d'accompagner le changement. Car il s'agit bien d'accompagner un changement inéluctable, de réparer une situation cruelle et injuste, en sortant progressivement de notre dépendance à la maltraitance animale, et d'en profiter pour être à la pointe de la recherche scientifique. C'est ce que propose les minorités des Verts Python et Schneider Meret aujourd'hui, et je vous demande de les soutenir avec la volonté d'élaborer un contre-projet qui va dans le sens d'une recherche future sans cruauté.