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Walder Nicolas · Nationalrat · 2021-03-15

Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-03-15

Wortprotokoll

Nous avons été l'un des premiers pays à accueillir des réfugiés tibétains dans les années 1960, et la communauté tibétaine de Suisse est aujourd'hui l'une des plus importante hors d'Asie.

Pourtant, malgré les discours rassurants et l'accueil chaleureux qui a toujours été réservé aux Tibétaines et aux Tibétains dans notre pays, leur situation semble s'être détériorée depuis quelques années. Au point qu'un collectif d'associations a adressé une pétition à notre Parlement.

Ladite pétition a été traitée par notre Commission de politique extérieure lors de sa séance des 9 et 10 novembre 2020. En substance, ce collectif nous demande de prendre des mesures pour protéger les Tibétaines et Tibétains de Suisse en garantissant leur liberté d'expression et de mouvement, car, selon les pétitionnaires, la situation est préoccupante.

Les limitations du droit de manifester et les contrôles de police à leur égard en Suisse seraient en augmentation, tout comme les contraintes administratives qui, dans certains cas, impliqueraient les représentations chinoises.

Par ailleurs, les Tibétaines et les Tibétains de Suisse regrettent ce qu'ils et elles considèrent comme un déni identitaire, soit de se voir refuser, depuis 2014, la mention de leur origine tibétaine sur le document officiel établi par notre pays.

Enfin, et c'est le plus préoccupant, les Tibétaines et les Tibétains de Suisse s'inquiètent pour leur propre sécurité. En effet, la surveillance par les autorités chinoises irait croissant et s'accompagnerait de plus en plus d'intimidations et de menaces.

Si la situation des droits humains s'est largement détériorée en Chine ces dix dernières années, l'espionnage et les pressions sur les diasporas tibétaines et les autres communautés ayant fui la Chine semblent effectivement également connaître une croissance exponentielle. C'est que la République populaire de Chine est à la pointe de ce qui se fait en matière de traçage et d'espionnage de sa population, non pour des raisons sanitaires, mais bien pour asseoir son pouvoir, et ce dans un déni total des libertés et des droits humains.

Pour de nombreux observateurs, ce pays est en passe de réaliser le cauchemar orwellien, avec, comme symbole de cette surveillance généralisée, le système de "crédit social" mis en place depuis quelques années.

Depuis l'étranger, l'augmentation des persécutions à l'égard des minorités, les politiques belliqueuses et la répression, tant à Hong Kong qu'envers Taïwan ou à la frontière avec l'Inde, sont les stigmates les plus visibles de cette politique.

Mais cette main de fer qui règne en Chine ne s'arrête pas à ses frontières ou à ses voisins directs. Elle n'hésite désormais plus à déployer ses moyens très intrusifs dans le monde entier, afin de contrôler les minorités sur lesquelles elle tente d'asseoir sa domination.

C'est ce que confirme indirectement le rapport de situation du Service de renseignement de la Confédération (SRC) de 2020, qui s'alarme de la multiplication des activités d'espionnage du gouvernement chinois sur notre territoire. Tout au long du rapport, le SRC pointe cet espionnage économique et politique, qui affecte directement les intérêts de la Suisse et compromet potentiellement la sécurité de nos institutions démocratiques et des organisations internationales. En stipulant noir sur blanc dans le rapport, à la page 78, que "les services chinois s'intéressent également aux communautés ouïgoure et tibétaine, ainsi qu'à leurs organisations sur le territoire suisse", le SRC donne du crédit aux préoccupations sécuritaires des pétitionnaires.

Dès lors, et vu les témoignages convergents de nombreux membres des minorités tibétaines, ouïgoures ou religieuses, comme les adeptes du Falun Gong, la commission, par 12 voix contre 12 avec la voix prépondérante de notre présidente, a décidé de soutenir le dépôt de deux postulats. Le premier, approuvé par la majorité de notre chambre le 9 mars dernier, demande qu'un rapport sur le dialogue bilatéral sur les droits humains entre la Suisse et la Chine soit établi. Le deuxième, dont nous parlons aujourd'hui, demande un rapport sur la situation sécuritaire des Tibétaines et des Tibétains, ainsi que sur leurs organisations en Suisse, car si le DFAE se voulait rassurant en commission, le rapport du SRC et les témoignages des personnes concernées sont au contraire préoccupants. La majorité de la commission a ainsi considéré qu'il était de notre devoir de nous assurer que la situation était sous contrôle et que les Tibétaines et les Tibétains en Suisse bénéficiaient d'une sécurité et d'une liberté équivalentes à celles de tous les autres habitants de notre pays. Si tel est le cas, nous serons rassurés. Sinon, ce sera l'occasion de demander des mesures adéquates, car c'est une fonction régalienne de notre Etat que d'assurer la protection de toutes ses habitantes et de tous ses habitants.

Je vous invite donc à suivre la majorité de la Commission de politique extérieure et à soutenir ce postulat.