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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2021-05-05

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-05-05

Wortprotokoll

Le don d'organes est un sujet hautement émotionnel, on le voit aujourd'hui. Pour avoir vécu plusieurs fois cette situation en tant que médecin en soins intensifs, je trouve que le rôle que l'on laisse aux proches est réellement difficile à assumer.

Qu'est-ce qu'il peut y avoir de pire que d'être confronté brutalement à la perte d'un être cher et, à ce moment-là, d'entendre le corps médical vous demander si la personne avait émis un avis concernant son acceptation ou non d'être donneur d'organes, et si la famille accepte que l'on procède à un prélèvement d'organes dans les heures à venir?

Il est donc évident que le fait d'avoir clairement explicité son choix, qu'il soit positif ou négatif, et que ce choix soit consigné dans un registre accessible au personnel des hôpitaux chargé de gérer les transplantations est de loin la meilleure solution. C'est ce que vise le contre-projet, tout en laissant les proches se prononcer lorsqu'aucune information n'a été notifiée par la personne défunte, ce qui en fait un consentement présumé au sens large. C'est malheureusement la faiblesse du contre-projet car il n'y aura qu'une faible proportion de la population, du moins dans un premier temps, qui fera cette démarche d'inscription volontaire, et alors la décision difficile reviendra à nouveau, comme c'est le cas actuellement, aux proches qui, on le sait, refusent le don d'organes dans plus de 60 pour cent des cas.

La difficulté de convaincre les personnes de signifier clairement de leur vivant qu'elles souhaitent ou ne souhaitent pas être donneuses résulte d'une conjonction de problèmes: les campagnes d'information existent déjà mais ne convainquent que très peu de personnes de s'inscrire au registre des donneurs d'organe. Les médecins ou pharmaciens peuvent bien sensibiliser la population lors des consultations, mais cela ne touche pas tout le monde. Et surtout, très peu de monde a envie de réfléchir à ce sujet et de se projeter au moment de sa mort. Enfin, même si l'on a signé une carte de donneur, on ne l'a pas forcément toujours sur soi et elle n'est pas forcément accessible facilement aux proches, qui ont d'autres préoccupations dans ces moments douloureux.

La deuxième meilleure solution serait l'accord présumé au sens strict, selon lequel chaque personne en Suisse serait pleinement consciente d'être potentiellement donneuse d'organes et selon lequel il n'y aurait que les personnes opposées à cela qui le signifieraient clairement, sachant que près de 80 pour cent des personnes en Suisse se disent favorables au don d'organes. On aurait donc un registre des seules personnes opposées. Là aussi, la tâche des équipes de transplantation serait plus aisée. C'est ce que vise l'initiative.

Cette proposition permettrait de façon certaine d'augmenter le nombre de donneurs, donc d'organes à transplanter, donc de receveurs dont la qualité de vie serait améliorée, ce qui induirait indirectement une baisse des coûts de la santé.

Dans cette discussion hautement émotionnelle, on doit aussi se placer de l'autre côté du problème et se mettre à la place des quelque 1400 personnes en Suisse en attente d'une greffe d'organe. L'initiative augmenterait substantiellement leur chance d'en bénéficier et de voir ainsi leur qualité de vie transformée, voire leur vie sauvée.

En 2020, 519 transplantations ont pu être réalisées, mais, dans le même temps, 72 personnes sur liste d'attente sont décédées sans avoir pu recevoir l'organe qui les aurait sauvées.

L'initiative améliorerait très nettement cette statistique. La Suisse, avec 18,4 donneurs par million d'habitants en 2019, occupe en effet l'une des dernières places dans le classement européen et, depuis 2019, on assiste de plus à une baisse globale d'environ 20 pour cent des dons, ce qui fait craindre une surmortalité des patients sur liste d'attente. Heureusement, pourrait-on dire, il existe une augmentation du nombre d'organes importés de l'étranger, ce qui peut compenser un peu cette baisse des dons en Suisse.

Le contre-projet étant plus nuancé, il y a de forts risques que le nombre de dons d'organes n'augmente pas clairement, du moins dans un premier temps, et c'est ce que prédit Swisstransplant. Il faudra beaucoup plus que des campagnes de sensibilisation au don d'organes qui ont été faites jusqu'à présent pour que les 80 pour cent des Suisses qui souhaitent être des donneurs potentiels s'inscrivent dans ce registre, où ne figurent actuellement que 0,1 pour cent de la population.

Pour ma part, pour avoir vu la souffrance des personnes en attente d'une greffe et également la souffrance de leurs proches, je suis d'avis qu'il faut soutenir l'initiative et obliger ainsi indirectement chaque personne en Suisse à se positionner par rapport à son souhait ou son refus - tout à fait respectable d'ailleurs - d'être un potentiel donneur. Il va de soi que je soutiens également le contre-projet si l'initiative est retirée, et que j'espère vivement que le passage du consentement explicite au consentement présumé augmentera le nombre de donneurs et donc de bénéficiaires.