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Dandrès Christian · Nationalrat · 2021-06-02

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-06-02

Wortprotokoll

Cette initiative populaire tombe à point nommé. Elle est aujourd'hui en débat, alors que la confiance dans les institutions a été passablement ébranlée après une année de Covid. D'une certaine manière, les tergiversations de la droite autour de cette initiative et de cette proposition, qui date de 2006, ont permis qu'elle soit d'une actualité toute particulière et donc de renforcer le soutien de la population à cette proposition. Elle avait été faite, déjà en 2006, par notre collègue Roger Nordmann, qui avait déposé une initiative parlementaire à ce sujet.

Le traitement de la crise sanitaire et le débat sur les mesures de soutien à la population ont pu condenser, en quelque sorte, et mettre en lumière un certain nombre d'intérêts auxquels répondait la politique de la majorité parlementaire. Vous me permettrez deux exemples - ils sont nombreux, mais je me limiterai à deux exemples, puisque le temps nous est compté.

A tout seigneur, tout honneur, je commencerai par évoquer la majorité qui s'est constituée autour de la défense des intérêts des gros propriétaires et qui a refusé toute solution politique pour aider les locataires. Les plus gros propriétaires, dans ce pays, sont Swisslife - dont l'actionnaire majoritaire est Blackrock -, Crédit Suisse et UBS. Je pense aussi à la majorité qui a été favorable à la suppression des droits de douanes, pendant la crise du Covid, dont nous débattrons prochainement. Les principaux bénéficiaires de cette mesure sont l'industrie d'exportation évidemment, qui pourra ainsi acheter des matières premières moins chères, et les quatre gros importateurs de voitures, Amag et Emil Frey en tête.

Je ne prétends pas nécessairement que ces entreprises sont les bailleurs de fonds de l'UDC, du PLR et du Centre, mais si tel était le cas, je voudrais le savoir pour pouvoir jauger le crédit à apporter à certaines campagnes.

Les bailleurs de fonds, en particulier les entreprises, n'agissent en effet pas en purs philanthropes, mais attendent en retour une défense de leurs intérêts. C'est une évidence que même Oskar Freysinger avait perçue lors du débat de 2007 sur la proposition de M. Nordmann. Vous me permettrez de le citer lorsqu'il s'adresse à lui: "N'est-il pas vrai que, si vous aviez une politique un peu plus favorable à l'économie - la vache que vous voulez tout le temps traire -, vous auriez aussi plus de moyens pour faire vos campagnes?" (BO 2007 N 1446) Presque tout est dit.

Plus sérieusement, cette initiative ne va pas changer les orientations politiques des partis, et encore moins interdire les donations. Il s'agit par contre de permettre aux citoyens et citoyennes de comprendre les liens d'intérêts entre les groupes politiques et certaines entreprises ou certains actionnaires. Il s'agit en quelque sorte du pendant de la transparence qui nous est demandée comme élus fédéraux quant à nos liens d'intérêts, dont les électeurs peuvent prendre connaissance librement sur le site Internet du Parlement. C'est une transparence qui est vivement souhaitée par la population. Des sondages montraient que deux tiers de la population suisse y étaient favorables. Il est plus que temps de garantir aux électeurs de ce pays le droit à l'information et à la transparence que presque tous les autres pays européens offrent depuis plusieurs années déjà à leurs concitoyens. Cette transparence est un moyen de répondre au complotisme, qui envahit l'espace public depuis le début de la crise du Covid.

Vous me permettrez toutefois de conclure avec un bémol qui concerne la portée de cette initiative. Certes, elle constitue un pas important vers plus de démocratie, mais, à elle seule, elle n'est pas suffisante pour garantir la libre formation de l'opinion de la population. On ne résout pas, avec cette initiative, le problème de la capacité de certains groupes politiques, de certaines entreprises ou de certains groupes d'intérêts à occuper l'espace public et médiatique avec leurs positions durant des campagnes à coup de millions de francs, voire de dizaines de millions de francs. Pour cela, il faudrait limiter les frais de campagne, comme c'est déjà le cas en France et en Allemagne, et assurer des temps de parole équivalents aux groupes d'intérêt ou aux candidats. Nous avons donc encore beaucoup de pain sur la planche, mais vous pouvez compter sur le groupe socialiste et ses alliés, les Verts notamment, pour faire ce travail et continuer à proposer des solutions pour plus de démocratie dans notre pays.