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Porchet Léonore · Nationalrat · 2021-06-08

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-06-08

Wortprotokoll

Notre minorité est en effet moins modérée mais c'est parce qu'elle correspond finalement mieux à la réalité de la situation de l'armée. Le rapport 2021 sur la politique de sécurité de la Suisse est très clair: "Une menace militaire directe due à une attaque terrestre contre la Suisse paraît peu probable". Il y est aussi écrit: "une intervention terrestre directe apparaît comme invraisemblable, même dans un tel scénario", c'est-à-dire celui "d'un conflit armé entre l'OTAN et la Russie". Malgré cela, le message sur l'armée comprend un crédit d'engagement de 360 millions de francs pour le renouvellement des véhicules des sapeurs de chars.

Le bataillon de sapeurs de chars n'a pas servi - cela vous surprendra peut-être - à la Confédération durant la mobilisation de l'armée dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. Et pour cause, un sapeur de char n'est pas utile pour la logistique, du soutien opérationnel ou encore du transport; il est seulement utile pour du combat de terrain, il défriche, il pose des pièges et libère des axes de communication; rien qui pourrait être utile pour répondre aux prochains défis sanitaires, sociaux ou environnementaux de notre société. Ce type d'intervention terrestre ne correspond en rien aux dangers identifiés auxquels doit faire face la Suisse. Aujourd'hui, les cyberattaques, le terrorisme, mais aussi et surtout les dangers naturels, comme les mouvements de terrain, sont nos principaux défis. C'est le DDPS lui-même qui le dit.

Et pourtant, la facture de ces 60 nouveaux chars est salée: 360 millions de francs d'acquisition, auxquels il faut ajouter 3 millions de francs d'entretien annuel, ce qui correspond, sur toute la durée de vie de ces chars, à 87 millions de francs d'entretien. De plus, la Confédération écrit dans sa documentation que ces chars vont nécessiter de nouveaux aménagements logistiques et infrastructurels qui seront financés dans un programme immobilier ultérieur. On nous demande donc de nous prononcer sur une dépense de 447 millions de francs, en sachant pertinemment qu'en définitive, cela coûtera plus cher à la population.

Outre cette démarche douteuse, je souhaite encore soulever la question de la durée de vie de ces chars. La flotte acquise en 1963 sera hors service d'ici 2030, elle aura donc été en service pendant 67 ans. La nouvelle flotte appelée à être plus technologique, plus écologique - j'y reviendrai - et plus efficace sera utilisée de 2026 à 2055, ce qui correspond à seulement 29 ans de service, soit deux fois moins que la précédente génération. Cet argent sera bien mieux investi ailleurs.

Et laissez-moi rire à propos du caractère prétendument écologique de ces chars: le transport routier n'est vraiment écolo en rien. Ce qui est le plus écolo, c'est de ne pas les acheter.

Je vous encourage donc à ne pas suivre la commission et à ne pas acheter ces chars.