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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2021-09-15

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-09-15

Wortprotokoll

On parle de 540 millions de francs par année. Au bout de quelques années, cela fera des milliards de francs. Alors évidemment, toute dépense peut être bonne. La question: voulons-nous dépenser chaque année, pour toujours, plus de 540 millions de francs pour subventionner l'industrie exportatrice étrangère? Voulons-nous donner 540 millions de francs de subventions aux entreprises étrangères sans la moindre contrepartie obtenue pour l'industrie de notre pays? C'est évidemment une décision qui coûtera très cher au peuple, mais qui ne lui rapportera rien.

Qu'est-ce que cela aura comme impact sur notre industrie locale? Eh bien de la concurrence. Parce qu'évidemment, si vous supprimez les barrières à l'entrée, sans contrepartie, donc sans faciliter l'exportation des produits suisses, vous renforcez la concurrence en Suisse; vous attaquez la production locale et le commerce local, sans donner des facilités d'exportation. C'est vraiment incompréhensible du point de vue économique de ne pas compenser une baisse des tarifs douaniers par au moins des facilités d'exportation pour l'industrie suisse. Nous n'avons que les désavantages et nous offrons les avantages à l'étranger, moyennant 540 millions de francs de pertes fiscales supplémentaires.

En plus nous attaquons notre agriculture; évidemment, certains disent que ce n'est pas le cas, mais que va-t-il se passer pour le monde agricole si nous supprimons tous les droits de douane sur les produits industriels? Les gens vont commencer à dire: "Mais pourquoi juste pour l'agriculture? Ce n'est pas cohérent; ce n'est pas normal; ce n'est pas juste." C'est exactement le discours que l'on entendra tout à l'heure sur le sucre. Finalement, le système ne sera plus cohérent et la pression sera chaque jour plus forte sur le monde agricole. Les protections pour le monde agricole seront chaque jour plus faibles, et puis ensuite, elles aussi céderont, ce qui a toujours été l'objectif des personnes qui veulent d'un libéralisme sans barrières, sans frontières.

En plus, cette suppression des droits de douane concerne des produits dont on ne peut franchement pas dire qu'ils sont tous des produits que nous souhaitons subventionner. Voulons-nous vraiment, aujourd'hui, subventionner pour 50 millions de francs les véhicules, alors que finalement nous n'avons que 8 millions qui sont offerts, par exemple, pour l'industrie horlogère? Voulons-nous vraiment placer nos entreprises dans une concurrence encore plus féroce, alors que nous sortons d'une crise qui a déjà rendu leur vie beaucoup plus difficile? Et enfin - puisque la question a été posée tout à l'heure et qu'il n'y a pas du tout été répondu: voulons-nous vraiment offrir 540 millions pour que les consommateurs n'en voient pas un centime? On a vu ce genre de situations, dans lesquelles il y a des petites baisses, que ce soit de la TVA ou d'autres charges, alors que les prix pour les consommateurs et les consommatrices ne changent finalement pas. Qui va se retrouver à payer? Ce sont les contribuables, donc tout le monde, alors que les entreprises et particulièrement les grandes entreprises étrangères bénéficieront d'effets d'aubaine. Elles ne vont pas changer leur comportement, mais elles vont juste gagner plus d'argent, ce qui coûtera très cher à la collectivité.

Alors je vous pose une question, et franchement c'est une question que vous devez aussi vous poser: si un jour il y a un référendum sur ce projet, si le peuple devait se prononcer, que penserait-il d'un projet qui offre 540 millions de francs à l'industrie exportatrice étrangère, sans avantage pour la nôtre, qui met en danger les paysans, qui met en danger les producteurs locaux, qui s'attaque aux circuits courts, qui subventionne les véhicules, et cela à un moment où les difficultés pour l'Etat sont énormes, parce que nous devons éponger les coûts liés à la crise du coronavirus, en même temps que nous refusons d'aider les entreprises qui ont le plus besoin d'aide à cause de cette crise? Mais que va dire le peuple si un jour il doit se prononcer sur un tel sujet? A mon avis, la réponse est claire: il trouvera cela absolument injuste. C'est également le cas du groupe socialiste de ce Parlement.

Nous vous recommandons donc de ne pas entrer en matière sur ce projet, et au minimum de soutenir la minorité II (Wermuth).