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Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2021-12-13

Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2021-12-13

Wortprotokoll

La consommation excessive et ponctuelle d'alcool chez les jeunes doit nous préoccuper, dans la mesure où elle peut avoir des conséquences fatales: par exemple des accidents de la route ou le risque de se faire agresser.

Les mineurs peuvent se procurer très facilement de l'alcool et certains d'entre eux font des expériences parfois extrêmes, comme ce qu'on appelle le "binge drinking", ou en français, la "biture express", qui consiste à ingérer beaucoup d'alcool en une occasion, avec des risques de faire des comas éthyliques. Le fait même que cet accès à l'alcool soit si facile devrait nous inquiéter.

Des mesures de prévention et de réduction des dommages sont pourtant mises en oeuvre par les cantons, avec des programmes variés et un certain succès et il faut le saluer: par exemple la prévention par les pairs ou les anges de la route, toute une série de programmes qui sont extrêmement intéressants.

Néanmoins, comment être crédible, si d'un côté, l'on fait de la prévention dans la famille, dans les écoles, dans les associations de jeunesse, et de l'autre on encourage un début de consommation chez les jeunes, par des publicités insidieuses? C'est une attitude totalement incohérente.

Une étude pilote réalisée par Addiction Suisse en 2020 s'est intéressée aux incitations à la consommation d'alcool dans la vie quotidienne des jeunes de 16 à 19 ans lors des trajets effectués pour leurs activités et également lors de leurs sorties.

Ces observations ont été recensées dans les cinq plus grandes villes de Suisse et on a relevé que les participants étaient confrontés en moyenne à 73 stimuli en faveur de l'alcool, ce qui équivaut à un élément toutes les cinq minutes. Parallèlement par contre, on a relevé très peu de messages de prévention sur les trajets effectués par ces jeunes.

De plus, on a aussi observé que la pandémie a eu des répercussions négatives sur le psychisme des jeunes. Or, une mauvaise santé psychique augmente le risque de consommation problématique de substances psychotropes chez les jeunes.

Il faut aussi relever que le marketing de l'alcool s'est en partie déplacé sur Internet. On relève ainsi qu'en 2019, 85 pour cent des jeunes entre 12 et 19 ans ont passé au minimum une heure sur la toile, phénomène qui a dû être amplifié lors de la pandémie. Ainsi, les jeunes reçoivent beaucoup de messages, de photos, sur des médias sociaux tels qu'Instagram, Snapchat ou Tiktok, sans compter la publicité faite par les influenceurs et influenceuses, qui est extrêmement impressionnante.

D'autres études suisses et internationales ont montré un lien très clair entre l'exposition à la publicité et la consommation d'alcool. Cette corrélation est particulièrement marquée chez les jeunes entre 15 et 24 ans. Le problème réside dans le fait que l'on banalise ainsi la consommation d'un produit qui envoie quand même chaque année 400 jeunes à l'hôpital suite à une intoxication alcoolique.

Néanmoins, l'objet de ce postulat est très modeste. Il ne s'agit pas de durcir la législation sur la publicité mais de veiller à ce que la législation qui protège les jeunes soit bien appliquée. Le Conseil fédéral a confirmé qu'il est indispensable de respecter les dispositions légales, mais qu'avec l'impact grandissant des réseaux sociaux il devient plus compliqué de surveiller les messages touchant les jeunes. Il convient donc de faire un monitoring des messages publicitaires, afin de mieux protéger notre jeunesse.

J'ai donc de la peine à comprendre qu'un postulat qui ne vise qu'à vérifier l'application de notre législation avec la caution du Conseil fédéral puisse être combattu. Une majorité de notre Parlement n'attache-t-elle donc pas une importance à la prévention, qui coûte bien moins cher que la réparation? Beaucoup se gargarisent de la diminution des coûts de la santé, eh bien, il serait temps de faire un peu plus de prévention, de céder un peu moins à certains lobbies et de penser un peu plus à la protection de la jeunesse.

Je vous remercie donc d'accepter mon postulat.