Page Pierre-André · Nationalrat · 2021-12-14
Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-12-14
Wortprotokoll
"Non à l'élevage intensif en Suisse." Les auteurs de cette initiative sont à côté de leurs souliers. Ils tirent à côté de la cible. Ils enfoncent des portes ouvertes. Les expressions populaires ne manquent pas pour qualifier la démarche. Mais il y a plus, cette initiative est perverse et dangereuse. Perverse car, sous des airs bon enfant, sous des prétextes de morale verte, grâce à des arguments fallacieux, elle atteindrait le contraire de ce qu'elle entend réaliser, voire pire. Dangereuse également, car elle mettrait en péril notre agriculture, notre autoapprovisionnement. Elle menacerait tout simplement la survie de nombreuses exploitations agricoles et donc des familles paysannes qui en vivent. Vous l'aurez bien et rapidement compris, je suis, avec mon parti, l'UDC, fermement opposé à cette initiative. Cette initiative est inutile.
Je vous propose également, pour les mêmes raisons, de rejeter la proposition de renvoi de la minorité Baumann, et de ne pas entrer en matière sur le contre-projet direct.
Notre pays n'est peut-être pas parfait, mais dans le domaine de la protection des animaux, sa législation et ses contraintes sont les plus sévères au monde. Nos règles concernant les effectifs maximaux des animaux empêchent tout élevage à caractère industriel. Un exemple: en Allemagne, on trouve des exploitations comptant quelque 600[NB]000 poules. Chez nous, le maximum est fixé à 18[NB]000 poules pondeuses.
Cette initiative est aussi contradictoire. En limitant le nombre d'animaux par exploitation à 4000 poules pondeuses, par exemple, il en résulterait une démultiplication des installations nécessitant des milliers de poulaillers supplémentaires. Où les installeriez-vous, alors que notre politique d'aménagement du territoire a déjà atteint ses limites?
Mais il y a pire: cette démultiplication des installations engendrerait tout naturellement une augmentation des émissions de gaz à effet de serre provenant de la garde des animaux. Ne voulons-nous pas diminuer ces émissions?
Cette initiative est en outre discriminatoire: elle vise d'abord les producteurs suisses, mais elle épargne les importations. Les exigences imposées aux infrastructures suisses engendreraient une augmentation des prix des produits en Suisse et favoriseraient alors le tourisme d'achat à l'étranger. Certes, les auteurs de l'initiative demandent que les exigences pour les produits importés soient quasi équivalentes à celles pour les produits suisses. Mais là encore, les initiants font fausse route, car pareille attitude mettrait notre pays en porte-à-faux avec nos accords commerciaux internationaux et nos engagements dans le cadre de l'OMC.
Cette initiative est, de plus, anticonsommateurs: en prescrivant des directives bio, on priverait quasiment le consommateur de la liberté de choix; le prix des produits d'origine animale prendrait dans notre pays l'ascenseur, puisque les labels ne serviraient à rien et que l'on enlèverait une marge aux producteurs, au détriment bien sûr du portemonnaie du consommateur.
Mais j'aimerais conclure avec une préoccupation plus personnelle. A force d'enfermer le paysan dans un cadre étroit de contraintes toujours plus rigoureuses, à force de l'obliger à produire à des prix qui ne couvrent plus ses frais, à force de le noyer dans une idéologie verte illogique et antinature, nous courons tout simplement le risque de décourager nos jeunes agriculteurs comme leurs aînés, et de voir disparaître petit à petit cette catégorie professionnelle indispensable à notre pays, indispensable à un minimum d'autoapprovisionnement: cette catégorie indispensable à nous toutes et tous.
Au nom du groupe UDC, je soutiens donc la Commission de l'économie et des redevances de notre conseil, et je vous propose, avec elle, de recommander au peuple et aux cantons le rejet de l'initiative et de ne pas entrer en matière sur le contre-projet direct.