Gschwind Jean-Paul · Nationalrat · 2021-12-15
Gschwind Jean-Paul · Nationalrat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2021-12-15
Wortprotokoll
Les sujets que nous traitons sont vastes. Mais s'il en est un pour lequel je me sens particulièrement concerné, c'est bien celui qui nous occupe aujourd'hui. [PAGE 2608]
Comme vétérinaire de profession, avec quarante ans d'activités dans nos campagnes et auprès des élevages, je peux objectivement témoigner de l'évolution accomplie en matière de protection des animaux et de bien-être animal. Et justement, nous pouvons être fiers du niveau actuel de respect des animaux de rente dans notre pays. Je m'étonne d'ailleurs particulièrement de la position que nous a transmise la Société des vétérinaires suisses qui fait manifestement fi des efforts accomplis en prônant un contre-projet indirect. C'est à se demander si cette recommandation n'émane pas simplement de vétérinaires de salon! Car, croyez-moi, les vétérinaires de campagne, celles et ceux qui se rendent jour après jour dans les fermes, peuvent témoigner que l'agriculture en fait bien plus que de s'en tenir aux minimums légaux.
En 1977, lors de mes débuts comme vétérinaire de campagne, la situation était toute autre qu'aujourd'hui. Comme dit une chanson connue, "je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître", le temps où les animaux d'élevage voyaient à peine la lumière du jour de tout l'hiver; le temps où les animaux devaient presque alterner pour se coucher; le temps où les animaux devaient attendre le printemps pour se mouvoir librement. Fort heureusement, ce temps est révolu. La législation sur la protection des animaux, introduite en 1981, et régulièrement adaptée depuis, a permis à la Suisse de traiter les animaux dignement et avec respect.
Nos paysans ont bien compris que le bien-être animal va de pair avec de bonnes performances de production. Au-delà de la passion que les éleveurs portent à leurs animaux, les conditions de garde ne sont donc comparables ni avec ce qui avait cours à l'époque ni avec ce qui se pratique encore aujourd'hui à l'étranger. D'ailleurs, la Suisse est le seul pays au monde à disposer d'une législation aussi exigeante et à réglementer les effectifs maximaux pour la volaille, les porcs et les veaux.
Comme dans n'importe quel secteur, il est néanmoins vrai que certains cas isolés posent - parfois - problème. Ces derniers, abondamment médiatisés à dessein, nuisent à l'ensemble de la profession.
Mais fort heureusement le système de contrôle en vigueur permet d'agir, car il n'est dans l'intérêt ni des animaux ni des familles paysannes de tolérer des infractions graves aux dispositions légales.
La démocratisation des stabulations libres, mais aussi la conception des poulaillers depuis l'abolition des batteries, prouvent que même avec des effectifs plus importants, le bien-être animal a pu être sensiblement amélioré et n'est aucunement prétérité. Ainsi, il est incompréhensible de vouloir drastiquement limiter les effectifs en introduisant dans la Constitution les règles d'un label privé, celles de Bio Suisse 2018 en l'occurrence.
Certes, avec le soutien de subventions publiques, des investissements majeurs importants pour améliorer les bâtiments d'élevage ont été réalisés et m'ont souvent interpellé, constatant que les animaux ont parfois de bien meilleures conditions de vie que la famille paysanne elle-même, tout cela au prix d'engagements au quotidien, par la passion qui lie les éleveurs à leurs animaux. Ce n'est ainsi qu'avec des prix rémunérateurs que nous parviendrons à poursuivre les développements en matière de bien-être animal et aussi de qualité de vie de nos familles paysannes.
En plus de normes légales très exigeantes, notre agriculture s'est largement engagée dans des programmes et labels volontaires encourageant le bien-être animal, avec à la clé des prix rémunérateurs. Face à ces engagements supplémentaires, on ne peut qu'être pour le moment déçu que les consommateurs ne privilégient pas plus ces labels s'ils souhaitent que le bien-être animal soit favorisé. En ce sens, ni l'initiative ni un contre-projet, que ce soit direct ou indirect, ne se justifient.
Pour toutes les raisons évoquées, je vous invite donc à suivre la majorité de la commission.