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Nicolet Jacques · Nationalrat · 2021-12-15

Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-12-15

Wortprotokoll

A l'annonce des débats sur cette initiative, je m'attendais à ce qu'ils soient nourris, mais corrects. Si je peux saluer certains orateurs qui ont su s'exprimer sans agresser le monde paysan, je ne peux m'empêcher de relever d'autres interventions extrêmement méprisantes et sans fondement à l'endroit des agriculteurs de ce pays. Bien tristes sont les personnes qui peuvent traiter de la sorte une corporation qui se lève tôt chaque jour pour aller travailler durement et remplir vos assiettes trois fois par jour avec des denrées alimentaires de qualité et de proximité, confectionnées avec soin par de nombreux artisans du secteur agroalimentaire de proximité, tout autant méritants que nous. Si ma carapace de parlementaire me permet d'encaisser certains propos, mon coeur de paysan a été sincèrement blessé par certaines interventions faisant passer les éleveurs pour des bourreaux sans coeur, juste bons à maltraiter les animaux.

Je déclare mes intérêts: je collabore avec mon fils à la conduite de notre ferme familiale dans le Jura vaudois. Nous élevons des vaches laitières et de la volaille d'engraissement et pratiquons notre métier avec passion depuis bientôt quatre générations. Je peux vous assurer que nous aimons notre métier et nos animaux. Notre entreprise génère trois à quatre emplois fixes et nous formons un apprenti par année. Nous n'avons rien d'un élevage de masse ou d'un élevage industriel. Quand bien même, notre type d'élevage serait impacté par l'initiative.

Alors que notre pays possède l'un des niveaux de bien-être animal les plus élevés au monde, cette initiative impacterait de très nombreux éleveurs pratiquant leur activité dans le plus grand respect des animaux. En témoigne l'engouement pour de nombreux programmes volontaires et autres labels visant à renforcer le bien-être animal. Bien des exploitations agricoles devraient réduire ainsi la taille de leur élevage, pour lequel elles ont investi dans des infrastructures modernes et fonctionnelles afin d'améliorer le confort des animaux et répondre aux régulières demandes de diversification qui nous sont adressées.

L'initiative prétériterait également le secteur agroalimentaire de proximité et les nombreuses personnes travaillant à assurer une bonne traçabilité et de bonnes méthodes de production dans ce secteur. Des emplois seraient menacés.

Il est important de rappeler qu'en Suisse les élevages sont liés obligatoirement aux exploitations agricoles, ce qui implique de disposer, au travers d'un bilan de fumure, de surfaces agricoles en suffisance pour une utilisation adaptée des engrais de ferme.

En ce qui concerne les poulets notamment, la production suisse couvre 65 pour cent des besoins du pays avec un millier d'éleveurs qui détiennent 7000 à 8000 poulets, ce qui est nettement moins que dans des pays où l'élevage de poulets peut atteindre plusieurs centaines de milliers de poulets par exploitation.

Elevés dans des halles confortables et modernes qui sont nettoyées et désinfectées après chaque série, les poulets disposent de surfaces en suffisance tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, où un parcours les protège de tous contacts avec les oiseaux sauvages. Les poulets sont alimentés avec des céréales et du maïs ainsi que du tourteau de soja issu de l'extraction d'huile garanti sans organisme génétiquement modifié. Le poulet est par ailleurs un animal valorisant très bien la nourriture de base.

En Suisse, chaque habitant consomme environ 14 kilogrammes de viande de volaille et la part de marché est toujours grandissante dans ce secteur, démontrant l'attachement des consommateurs suisses à la viande suisse.

Je prends brièvement l'exemple de la production d'oeufs. Là également, depuis 30 ans, la Suisse fait office de pionnier, puisque nous avons interdit la détention de poules en batterie. Par ailleurs, je rappelle que dans le monde neuf pondeuses sur dix sont détenues dans des batteries. 3,4 millions de pondeuses sont détenues en Suisse pour une consommation de grosso modo 190 oeufs par année par consommateur.

Si je prends l'exemple de la production porcine, 5600 éleveurs détiennent des porcs dans notre pays. Ce qu'il faut savoir, c'est que non seulement la détention de porcs permet la consommation de sous-produits tels que le petit lait ou les issues de meunerie, mais énormément d'exploitations faisant de la production de porcs et de volailles sont impliquées dans la production de biogaz; cela permet la création et la valorisation d'électricité, de gaz et de chaleur.

La démonstration vous est faite: il n'y a pas d'élevage de masse en Suisse, mais bien des structures d'élevage intégrées, familiales et actives pour le bien-être de la population.

Je vous invite donc à recommander le rejet de l'initiative et à rejeter le contre-projet, de même que toutes les minorités présentées.