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Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2021-12-15

Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-12-15

Wortprotokoll

J'aimerais partager avec vous une scène particulièrement marquante du documentaire "Animal". Le réalisateur Cyril Dion y questionne notre approche utilitariste du vivant. Le film nous emmène dans un élevage de lapins. Des milliers de lapins, enfermés dans des cages, engraissés, traités comme des choses sans aucun respect pour leurs besoins, ni leur vie, ni leur dignité. Les deux jeunes protagonistes du film s'indignent. Personne ne peut vouloir infliger de telles souffrances pour assouvir ses besoins. Loin d'être manichéen, le film s'intéresse ensuite à l'éleveur et nous fait comprendre que lui-même n'est guère mieux traité que ses lapins par l'industrie agroalimentaire et les banques qui le tiennent par la gorge.

Cette scène se passe en France et je suis tout à fait consciente que la Suisse a été la première à interdire l'élevage en cage ou en batterie. Mais la Suisse n'a jamais interdit l'importation de ces produits dont la consommation reste une réalité, à l'abri bien souvent de toute déclaration, cachés dans les produits industriels et transformés.

Si produire à moindre coût pouvait s'expliquer les siècles passés, aujourd'hui, on mesure combien cette approche est néfaste, dangereuse, climaticide. Néfaste pour notre santé, car la population suisse mange beaucoup trop de viande, un kilo par personne et par semaine, alors que la consommation recommandée pour notre santé, c'est 200 à 300 grammes. Manger moins de viande et consommer des produits labellisés bios est bénéfique pour notre porte-monnaie selon une enquête de la FRC. Dangereuse pour la santé publique, car les conditions d'élevage intensif impliquant une plus forte concentration d'animaux et la recherche de performance engendrent une consommation encore trop importante d'antibiotiques, participant au développement de bactéries multirésistantes. Climaticide, car l'essentiel des émissions de gaz à effet de serre de notre agriculture sont imputables à la production animale. L'intensification nécessite des céréales et des légumineuses participant à la destruction de la forêt amazonienne et à la pollution des sols et des eaux. Ainsi, il faut absolument changer de paradigme.

Je soutiens cette initiative contre l'élevage intensif pour sa cohérence. Elle donne 25 ans à la Confédération pour mettre en place des conditions de détention qui respectent la dignité des animaux et veillent à ce que les produits importés soient soumis aux mêmes exigences.

Je soutiens cette initiative, car la population est sensible aux questions liées au bien-être animal. Cela explique qu'elle privilégie la provenance suisse pour les produits indigènes. Elle s'attend à ce qu'il en aille de même pour tous les animaux, y compris ceux qui se trouvent dans les halles d'engraissement.

Je soutiens cette initiative, parce qu'il faut changer notre rapport aux animaux d'élevage, parce qu'il est urgent de mettre fin à la surexploitation des ressources et des animaux, parce qu'il faut stopper la surconsommation de viande, qui est néfaste pour la planète et pour notre santé.

Je soutiens enfin cette initiative, car nous devons revoir nos modes de production et de consommation, en y incluant plus de respect, plus de modération, et aussi de la valorisation et du plaisir, tout cela pour envisager un futur viable.

Pour conclure, j'aimerais revenir aux lapins. Si les conditions de détention sont sensiblement meilleures en Suisse, il n'en demeure pas moins que seuls deux pour cent des lapins qui y sont élevés bénéficient des programmes SRPA. C'est-à-dire que seuls deux pour cent des lapines, des lapereaux et des lapins ont un accès à l'extérieur, ont la possibilité de gambader en plein air; deux pour cent seulement. On peut [PAGE 2615] certainement faire mieux, on doit certainement faire mieux: et c'est bien le but de cette initiative.