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Français Olivier · Ständerat · 2022-03-01

Français Olivier · Ständerat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-01

Wortprotokoll

Ce 24 février 2022 marquera la fin des illusions en matière de politique sécuritaire. Ce sera sans doute une date qui marquera l'histoire du continent européen. Elle sonne le glas de la paix en Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de l'équilibre sécuritaire, du droit à l'autodétermination d'un pays souverain et démocratique et finalement de la liberté. C'est une tragédie.

Les évènements en Ukraine, l'invasion d'un pays souverain par l'armée d'un autre pays souverain est une violation claire du droit international, qui garantit pourtant l'intégrité territoriale et l'indépendance politique de chaque pays. L'usage de la force par la Russie, comme dans la présente situation, est une violation flagrante du droit international et est contraire à la Charte des Nations Unies, que la Fédération de Russie comme la Suisse et près de 200 Etats ont volontairement signée et ratifiée. C'est d'autant plus préoccupant que lors de la création des Nations Unies il a été décidé que l'Union soviétique, à l'époque, avait un droit de veto au Conseil de sécurité, bref qu'elle avait une responsabilité politique et sociale à l'égard des autres Etats du monde.

Quand et où la folie de cette grande puissance s'arrêtera-t-elle? La Russie a montré depuis des années des signes d'agressivité et un mépris pour le droit international: d'abord la Géorgie en 2008, puis l'annexion de la Crimée en 2014. Depuis 2014, soit huit ans, l'Ukraine vit une agression permanente. Sous prétexte de vouloir reconstruire une zone d'influence d'une époque révolue et que personne ne souhaiterait revivre, les dominants doivent rendre des comptes afin de ne pas répéter l'histoire. Sommes-nous à nouveau à une époque où un petit groupe de personnes, voire une seule personne, peut redessiner à sa guise la carte d'un continent entier? Finalement, qui sera demain le prochain Charlemagne de l'Europe? L'escalade des violences tant militaires que verbales est très préoccupante. Une allusion de plus en plus directe à une force de frappe nucléaire est irresponsable et nous amène à imaginer le pire. Cette spirale infernale doit s'arrêter dès maintenant. Nous devons dès aujourd'hui sans aucun doute repenser notre politique de sécurité militaire et civile.

Car ceci est un fait. La menace doit être régulièrement appréciée, sans dénigrer le fait que cette menace existe et que ce terme est parfois peu apprécié dans notre société hygiéniste.

Il y a lieu de rappeler que la définition de la neutralité comprend le droit de se défendre avec des moyens militaires contre la violation de sa neutralité, d'offrir une protection humanitaire et d'entretenir des relations diplomatiques avec un autre Etat. En ce sens, les événements que vit le peuple ukrainien nous touchent et nous amènent à étendre notre tradition humanitaire et à travailler ensemble avec l'Europe pour l'accueil du peuple ukrainien. Les premières victimes sont bien sûr le peuple ukrainien, mais également le peuple russe qui, dans sa grande majorité, subit de plein fouet une guerre qu'il n'a pas voulue et dans laquelle ses dirigeants [PAGE 16] l'entraînent. Ces événements nous secouent et ébranlent notre certitude que l'Europe de l'après-guerre et post-guerre froide est inébranlable. Nous découvrons aujourd'hui que notre futur et la paix sur notre continent sont fragiles.

Néanmoins, au milieu de ces jours de grande incertitude et de notre questionnement quant au monde auquel nous serons confrontés à la fin du conflit, au milieu de cela, une nouvelle Europe s'est construite en quatre jours, après un demi-siècle de balbutiements. Enfin, l'Europe se réveille. Elle se réveille unie, quelles que soient ses majorités politiques.

La reprise des sanctions envers la Russie par la Suisse est conforme à notre souveraineté. La Suisse s'associe à l'Europe, à la collectivité européenne qui dit non à la rupture du droit international. Notre conseil doit aujourd'hui s'exprimer clairement et de façon courageuse pour la souveraineté de tous les Etats, pour un cessez-le-feu immédiat, pour le respect des droits de l'homme, notamment le droit à la liberté d'expression, et pour le droit international humanitaire. Dès lors, appeler la Russie à respecter ses obligations est une obligation plus que morale pour nos autorités et nous-mêmes. Les transgressions observées ne peuvent qu'avoir des conséquences négatives pour l'ensemble du globe, des conséquences humanitaires, économiques, financières, sociales, diplomatiques, sécuritaires, et la liste est encore longue.

Cette déclaration, telle qu'elle est proposée et telle qu'elle a été adoptée par le Conseil national, est courageuse. Votons pour la liberté, que chaque pays souverain mérite.