Porchet Léonore · Nationalrat · 2022-03-03
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-03-03
Wortprotokoll
J'ai passé tous mes étés et j'ai fait mes premiers camps de ski aux Diablerets sous la présence impressionnante, touchante, du glacier du Tsanfleuron, le glacier des Diablerets, massif montagneux vaudois, valaisan et bernois des Alpes. Ce glacier perd plus d'un mètre d'épaisseur par an, et maintenant même son sommet n'est régulièrement plus recouvert en été. Ce glacier disparaîtra en 2038. Le glacier des Diablerets est l'un des fleurons du tourisme du canton de Vaud, c'est aussi un souvenir d'enfance, comme pour beaucoup d'autres personnes. Il va mourir avant que j'aie 50 ans.
L'initiative dont nous parlons aujourd'hui porte bien son nom, et ses buts font écho à l'engagement solennel pris par le Conseil fédéral, lors de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21), d'atteindre le zéro émission nette en 2050 et de tout mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif. Ses buts font aussi écho à votre mauvaise humeur lors de la COP 21, Madame la conseillère fédérale, où vous affirmiez: [PAGE 135] "Nous sommes en souci, car nous partons insatisfaits. Plusieurs des compromis présentés aujourd'hui sont clairement éloignés du meilleur dénominateur commun possible." Cette initiative propose justement ce meilleur dénominateur commun que défend notre gouvernement à l'international. L'initiative pour les glaciers nous permet enfin de réaliser notre engagement pris en 2015 à Paris comme objectif minimal dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle permet au Conseil fédéral de relancer sa politique climatique après l'échec du dernier sommet international, tout en tenant compte de l'inquiétude des Suisses exprimée en votation populaire pour que la transition soit juste. En effet, le message du Conseil fédéral met clairement en avant que l'application de cette initiative devrait être socialement acceptable.
En Suisse, de plus en plus de personnes sont jugées après avoir manifesté leur désespoir face à l'inaction politique. J'ai des amis, des proches, qui sont menacés de peines de prison pour avoir alarmé sur la crise climatique ou sur le déclin de la biodiversité simplement en s'étant assis sur la chaussé, acte bien dérisoire face à l'urgence et à la gravité de la situation.
Outre la désobéissance civile, notre démocratie n'a jamais compté autant de textes d'initiatives en faveur de projets de sauvegarde de notre environnement. L'urgence est là. Il s'agit bien de sauvegarder nos conditions de vie sur terre, celles de nos enfants.
Le Conseil de fédéral, comme notre commission, pourtant dite de l'environnement, nous invitent à rejeter ce texte, le texte le plus consensuel possible, le plus modéré, reprenant simplement les termes d'un accord que nous avons ratifié. Cher Conseil fédéral, chères et chers collègues, je ne vous comprends pas. Il n'y a rien d'extrême, et les buts de cette initiative sont déjà approuvés par toutes et tous. D'autant plus que, justement, vous admettez notre responsabilité commune dans la situation d'extrême urgence dans laquelle nous sommes et que vous admettez qu'il y a des moyens financiers et techniques à mettre en oeuvre pour aller de l'avant avec des projets ambitieux.
Ce refus, je le comprends comme une peur. Une peur face à l'immensité de la tâche qui nous attend pour sauver demain, car nous avons déjà trop attendu. Cette peur a au contraire décidé 113[NB]000 personnes à signer le texte de cette initiative, à demander un message d'espoir et, enfin, demander de notre part une action concrète du gouvernement. La peur se comprend. Le rapport du GIEC sorti lundi rappelle que s'adapter au changement climatique pourrait être impossible pour l'humanité au-delà de 2 degrés de réchauffement. Im-pos-si-ble! Et cela sans compter les conséquences connexes: la guerre, les épidémies, les pénuries que nous subissons déjà ces dernières années.
Aujourd'hui déjà, nous déplaçons des villages entiers à cause du changement climatique en Suisse.
Vous savez bien que notre pays alpin ne pourra pas déplacer en plaine chaque année la population de régions entières en raison de la fonte des glaciers. Il nous faut agir maintenant, en soutenant ici et dans les urnes l'initiative pour les glaciers.