Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · 2022-03-03
Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-03-03
Wortprotokoll
Pris par l'agression russe contre l'Ukraine, nous avons à peine noté la parution, lundi, du rapport du GIEC sur l'évolution du climat. La responsable de la délégation ukrainienne, lors de la séance plénière consacrée à l'adoption du rapport, a d'ailleurs fait un parallèle entre le changement climatique provoqué par l'homme et la guerre en Ukraine, les deux ayant, je cite: "les mêmes racines: les combustibles fossiles et notre dépendance vis-à-vis d'eux."
Si la parution du rapport du GIEC a été évincée de l'agenda médiatique, le sujet n'en demeure pas moins central pour notre société. C'est donc une bonne chose que nous soyons aussi nombreux et nombreuses à prendre la parole aujourd'hui dans le cadre du débat sur l'initiative pour les glaciers, qui veut sortir des énergies fossiles d'ici à 2050. Cela montre au moins que l'indifférence n'est plus de mise.
Depuis trente ans, le GIEC semble prêcher dans le désert. De nombreux scientifiques avouent leur agacement et leur découragement face à la trop lente prise de conscience de la majorité des populations des pays industrialisés, face aux atermoiements des femmes et des hommes politiques, face aux réticences des dirigeants économiques.
Néanmoins, contrairement au rapport publié en 2014, plus personne, en 2022, ne peut être sceptique ou attendre des preuves, estimant que l'état des connaissances serait insuffisant. Maintenant, nous sommes dans la phase où nous devons nous mettre d'accord sur les mesures à prendre et sur l'urgence, l'urgence d'agir. Il y a visiblement des différences sur ce point, entre les membres de notre conseil, en fonction de notre parti et de notre connaissance du sujet.
Nos enfants devront gérer une multiplication d'événements extrêmes, nous les percevons déjà aujourd'hui en Suisse, pays alpin, montagneux, pays où les terres agricoles doivent être protégées face à l'urbanisation, pays où les conflits d'usage sont multiples - le territoire est petit -, et où la biodiversité est mise à mal.
Dans notre pays privilégié aussi, les défis se multiplient: sécheresse, glissements de terrain, migration, santé et bien-être, productivité alimentaire, biodiversité. Le rapprochement est désormais acté entre climatologie et écologie; l'interaction entre humain et écosystème est consacrée.
La bonne nouvelle est qu'il y a des solutions. Le rapport du GIEC souligne que l'être humain, l'économie, les manières dont nous construisons, dont nous consommons, dont nous nous déplaçons et dont nous produisons sont des domaines à influencer pour que les changements indispensables s'opèrent. Décider, planifier, agir. Bientôt, nous ne pourrons plus décider et planifier. Nous devrons agir dans l'urgence, comme nous avons dû le faire pendant la crise pandémique. Nous voyons ce que cela coûte en termes financiers, humains et de cohésion sociale. Pour le faire correctement et efficacement, c'est donc maintenant que nous devons le faire.
C'est dans ce contexte que je soutiendrai l'initiative pour les glaciers. C'est un signal que notre Parlement a pris la mesure du problème et que nous sommes prêts à y répondre, à répondre aux scientifiques, aux gens dans la rue, à un défi du XXIe siècle. Nous devons nous engager dans un cadre clair et plus seulement pour des déclarations. [PAGE 143]
Cette initiative pose des jalons pour atteindre des objectifs qui, s'ils sont ambitieux pour certains, sont surtout nécessaires. Si nous le voulons, la Suisse est en situation de faire cette transition. Nous avons les moyens financiers, des écoles de pointe. Nous avons des compétences entrepreneuriales et économiques très fortes. Nous sommes capables d'avancer. Il faut maintenant prendre la décision politique et faire un pacte pour le climat - je rejoins mon collègue Borloz - en Suisse comme un projet qui doit rassembler les parlementaires de tous les partis. Les tergiversations partisanes ne sont pas possibles face à un défi de cette ampleur.