Lexipedia

Sommaruga Carlo · Ständerat · 2022-03-14

Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-03-14

Wortprotokoll

Permettez-moi de dire que je regrette que l'on doive, par l'artifice de la session extraordinaire, une fois encore débattre de la candidature de la Suisse au Conseil de sécurité de l'ONU, alors que nous en avons déjà débattu à maintes reprises et que les arguments du Conseil fédéral et de la majorité du Parlement sont connus, archiconnus, et que rien ne permet de les remettre en cause, même la situation actuelle en Ukraine.

Mais puisque le débat a lieu, permettez-moi tout de même de faire part de quelques considérations. Les deux critiques majeures qui sont mises en avant pour combattre la participation de la Suisse au Conseil de sécurité, on l'a entendu, sont la prétendue violation de la neutralité et le fait que l'on ne pourrait plus aller de l'avant avec la politique des bons offices. La question des bons offices a été largement présentée par nos collègues Vara, Damian Müller et Z'graggen, qui ont montré qu'il n'y a pas d'incompatibilité à ce propos. Je ne vais donc pas m'étendre à nouveau là-dessus.

Toutefois, j'aimerais revenir sur la question de la neutralité. Tout d'abord, j'aimerais rappeler qu'il y a la neutralité militaire de la Suisse, qui s'inscrit dans des actes internationaux et dans notre Constitution. A côté de cela, cela a aussi été rappelé, il y a la neutralité politique. Contrairement à ce que pensent les nationalistes de notre pays, la neutralité telle que la neutralité politique n'est pas un concept figé. La neutralité politique est depuis toujours une notion qui évolue au gré de la situation politique interne et du contexte international. Surtout, elle ne peut empêcher la Suisse, par la voix du Conseil fédéral, et même du Parlement, de prendre position sur les événements du monde, comme l'a d'ailleurs souligné très justement le président de la Confédération la semaine passée devant le Conseil national. Cela ne serait d'ailleurs pas conforme à la Constitution fédérale, puisqu'au-delà de mentionner la neutralité notre Constitution stipule clairement, au chapitre de la politique extérieure, à l'article 54 alinéa 2, que la Confédération contribue "à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu'à promouvoir le respect des droits de l'homme, la démocratie, la coexistence pacifique des peuples et la préservation des ressources naturelles."

En d'autres termes, la politique extérieure suisse - et donc la politique de neutralité - repose sur deux piliers: la défense de nos intérêts, mais aussi de nos valeurs.

Trop longtemps, le Conseil fédéral a limité la mise en oeuvre de la neutralité à la défense des intérêts économiques et financiers de notre pays, faisant fi de la dimension des valeurs. Ce fut encore le cas en 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie, lorsque la Suisse n'a pas adopté de sanctions, mais uniquement des mesures empêchant le contournement des sanctions de l'Union européenne, avec pour conséquence le doublement dans nos banques des flux financiers provenant de la Russie.

Aujourd'hui, le temps est venu d'inscrire la neutralité politique dans le cadre de la défense de nos valeurs; celles de la paix, de la démocratie, des droits humains et de la lutte contre la pauvreté. C'est exactement dans cette dimension de la neutralité que s'inscrivent tant la reprise des sanctions de l'Union européenne contre les dirigeants russes que la candidature - et la prochaine élection - de notre pays au Conseil de sécurité de l'ONU. On ne peut que se réjouir de ce passage de la neutralité des intérêts à la neutralité de la défense de nos valeurs.

La défense de nos valeurs, qui sont celles de la Charte des Nations Unies, notre longue histoire de recherche de consensus politique visant à dépasser les divergences et nos compétences diplomatiques sont des atouts majeurs pour la paix, pour le respect des droits humains dans le processus onusien et, particulièrement, pour les travaux du Conseil de sécurité.

De manière générale, ces atouts favorisent la coexistence pacifique entre peuples et la mise en oeuvre des points prévus par la Charte des Nations Unies. Espérons simplement que le chef du DFAE, le Conseil fédéral et notre Parlement soient à la hauteur de la responsabilité et des défis évidents que pose à notre pays ce siège au Conseil de sécurité.

Je vous invite, pour ces différents motifs, à rejeter la motion, dès lors qu'aucun autre motif fondé ne justifie le retrait de notre candidature.