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Cottier Damien · Nationalrat · 2022-03-16

Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-16

Wortprotokoll

Tôt au matin du 24 février 2022, le monde a changé. L'Europe a changé. Et oui, la Suisse a changé.

Certes, la guerre avait déjà fait d'horribles incursions en Europe depuis 1945: à Chypre, dans les Balkans, au Haut-Karabakh, en Tchétchénie, en Géorgie, en Moldavie et bien sûr en Ukraine. Mais jamais on n'avait assisté à une guerre d'agression de cette ampleur, dans un pays de cette importance: le plus grand pays d'Europe agresse le second plus grand pays du continent.

Violation massive du droit international, voulue par le gouvernement russe qui est responsable de cette guerre. Violation massive condamnée par la Suisse, son gouvernement, son Parlement, avec force et avec raison. On voit des violations hélas quotidiennes des conventions de Genève, par des attaques indignes contre des civils, des hôpitaux, des maternités. Par le non-respect de corridors humanitaires, par l'impossibilité pour les civils de se chauffer, de se soigner, de se nourrir et même d'accéder à l'eau! Par des enlèvements d'élus locaux. Nous assistons chaque jour à des crimes de guerre sur sol européen. Et c'est pour cela qu'hier soir, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a décidé, à l'unanimité de députés provenant de 46 pays, d'exclure la Russie de l'organisation. Un vote qui aurait été impossible il y a quelques jours encore.

Face à cela, la Suisse doit se montrer engagée, solidaire et responsable. Une Suisse engagée, c'est une Suisse qui reprend les sanctions afin de défendre un système international qui place le droit avant la force. C'est un pays qui respecte sa neutralité en interdisant les survols militaires et les livraisons d'armes. C'est une Suisse qui entre au Conseil de sécurité des Nations Unies pour y faire entendre sa voix, une voix forte, celle de la paix, comme elle l'avait fait en 2014 à l'OSCE. Et j'avais entendu personnellement l'actuel président allemand adresser, en fin d'année, des remerciements [PAGE 454] appuyés et émouvants à la Suisse. Il avait alors dit que la Suisse était la seule à pouvoir faire ce qu'elle avait fait. Je n'ai jamais oublié ces mots.

C'est la Suisse de la paix, de la conciliation, de la diplomatie. Une Suisse qui continue inlassablement d'offrir ses bons offices, d'appeler au respect du droit, notamment humanitaire, qui rappelle qu'il faut plus de diplomatie et moins de conflits et que, pour cela, il faut du courage et il faut du dialogue.

Une Suisse solidaire, aussi. La Suisse de la Croix-Rouge, dépositaire des conventions de Genève, qui offre son aide humanitaire - des dizaines de tonnes de matériel ont déjà été acheminées -, avec le Conseil fédéral qui augmente l'aide de 80 millions de francs et la population suisse qui double la somme! Une Suisse qui ouvre ses frontières, comme lorsque les chars entraient en Hongrie ou à Prague, sans bureaucratie - merci au Conseil fédéral d'avoir activé le statut S.

Enfin, une Suisse responsable, une Suisse qui prend des mesures pour sa propre population et pour sa protection. Tous les pays européens, qu'ils soient gouvernés par la droite ou par la gauche, annoncent les uns après les autres un renforcement de leur politique de défense et de leurs investissements dans ce domaine. Oui, nous avons trop baissé la garde face à un monde qui reste dangereux. Il faut corriger cela, ne pas céder à la panique mais rejoindre avec sagesse ce mouvement qui redécouvre l'adage "Qui veut la paix doit être prêt pour la guerre".

La gauche suisse ferait bien elle aussi de voir cette réalité en face plutôt que d'être la seule en Europe à la nier. Car sans sécurité, adieu les rêves de justice sociale et d'environnement préservé! Investissons donc 1 pour cent de notre PIB dans la défense, c'est le minimum alors que nos voisins se dirigent vers un investissement de 2 pour cent de leur PIB. Achetons enfin ce nécessaire avion de défense avant que l'Allemagne ne nous grille la priorité. Achetons ce système de défense aérienne basée au sol - notre Parlement en parlera dans le message sur l'armée 2022.

Une Suisse responsable reste aussi pleinement intégrée au système de Schengen-Dublin et renforce l'agence Frontex qui montre actuellement son rôle essentiel aux confins de l'Europe. Une Suisse responsable diversifie ses sources d'énergie, permet aux énergies renouvelables de se développer en leur donnant une priorité. Une Suisse responsable anticipe aussi les répercussions et entreprend des réformes, notamment économiques et fiscales, pour stimuler son économie.

Dans ces heures tristes et dangereuses, rappelons-nous que c'est avant l'aube que la nuit est la plus sombre. Répondons avec détermination et sagesse. Le PLR continuera de travailler pour une Suisse engagée, solidaire et responsable.