Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-03-23
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-03-23
Wortprotokoll
A la Haye vient de se tenir le Forum international sur l'eau. Nous savons tous que l'eau risque de devenir un enjeu majeur, voire l'enjeu majeur, du siècle qui débute. Je vais vous donner rapidement quelques chiffres pour que vous saisissiez bien l'enjeu. 72 pour cent de la surface de la Terre est recouverte d'eau, mais 97,5 pour cent de cette eau est salée, ce qui laisse 2,5 pour cent d'eau douce. Mais même cette quantité n'est pas disponible, puisque l'essentiel de ce pourcentage se présente sous forme de glace dans les calottes polaires et les glaciers. Au bout du compte, seul 0,26 pour cent de l'eau sur terre est accessible pour les besoins humains en eau douce, et en plus vous savez que la répartition des ressources en eau douce est fort inégale, tant en quantité qu'en régularité.
Il est aussi intéressant de savoir que 40 pour cent de la population mondiale partage ses ressources en eau potable avec un pays voisin. De nombreux observateurs pensent que si les guerres de la fin du XXe siècle ont été motivées parfois par le pétrole, les conflits du XXIe siècle auront l'eau pour détonateur. Il est clair que les rivalités nationales ne facilitent pas une gestion intégrée de l'eau, même si l'on peut imaginer que l'eau pourrait aussi devenir un facteur de création de liens et de solidarité. Il faut encore ajouter qu'actuellement, la quantité d'eau disponible par habitant diminue, le flux des eaux continentales n'augmente pas, au contraire, on parle même d'une diminution.
En revanche, la population mondiale s'accroît de 89 millions de personnes par année. Avec le développement économique actuel, chaque habitant de la planète consomme plus d'eau. Dit autrement, la quantité d'eau disponible, donc d'eau douce par habitant, diminue. Selon les chiffres donnés par le directeur du Service de l'eau de Genève, cette quantité n'est plus que le quart de ce qu'elle était en 1950. Pourtant, malgré cette évolution inquiétante concernant la quantité d'eau disponible, les pollutions se multiplient et restent aujourd'hui un des aspects les plus dramatiques concernant notre avenir commun.
[PAGE 422] La question fondamentale réside donc dans la manière dont l'humanité considère et traite ses ressources. Là, bien sûr, on débarque dans la sphère politicoéconomique, celle des décideurs, que certains ont qualifié de nouveaux maîtres du monde. Pour la majorité d'entre eux, l'eau ne peut être qu'une source de profit. Il n'y a pas si longtemps encore, il était considéré que certains biens n'étaient pas des marchandises. Aujourd'hui, il devient difficile de défendre dans des débats politiques que des éléments de notre environnement et de nous-mêmes ne sont pas vendables.
Vous vous souvenez peut-être, j'en ai parlé à d'autres occasions, de la Marche mondiale contre le travail des enfants. Il s'agissait d'enfants-travailleurs venus du monde entier et qui ont fini leur parcours au BIT à Genève pour présenter leurs revendications devant les délégués de l'OIT. Je me souviens très bien de l'arrivée de ces enfants. Devant notre désir de les aider, ils nous ont répondu avec fermeté que le meilleur moyen d'être solidaires, c'est de travailler à changer le monde chez nous, et qu'ils se chargeaient de lutter chez eux, si nous parvenions à empêcher nos gouvernements et nos entreprises de nuire aux intérêts des enfants dans les pays pauvres.
S'il y a une chose nécessaire à la vie de tous les êtres humains, et dont le manque se fait surtout sentir dans les pays pauvres, c'est bien l'eau. C'est notamment pour cette raison qu'est née l'idée d'un contrat mondial sur l'eau. Ce combat pour que l'eau soit considérée comme un patrimoine commun à toute l'humanité constitue une lutte pour la démocratie, contre la mainmise des pouvoirs économiques sur des biens communs, une lutte qui implique en première ligne les communautés locales et qui ouvre des perspectives de penser autrement.
Mon intervention d'aujourd'hui ne vise qu'à introduire cette idée d'une Suisse qui pourrait peut-être être un moteur dans l'élaboration de ce contrat mondial sur l'eau.
Dans l'immédiat, je pense qu'il est urgent que notre pays signe et ratifie la Convention sur la protection de l'environnement par le droit pénal, qui permet de sanctionner les pollutions provoquées par les personnes morales. Je dirai d'ailleurs que ça tombe à pic puisque, d'une part, il y a un postulat de la commission et que, d'autre part, la Suisse a réussi, d'après "Le Temps" de ce matin, à faire approuver sa proposition principale par la Conférence ministérielle réunie en marge du Forum international sur l'eau: il s'agit de la mise en oeuvre du principe du pollueur payeur, dans le domaine de l'eau.