Maitre Vincent · Nationalrat · 2022-05-31
Maitre Vincent · Nationalrat · Genf · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2022-05-31
Wortprotokoll
Lorsqu'on veut abattre son chien, on dit qu'il a la rage. Alors, c'est avec une certaine tendresse que j'observe depuis ce matin que, tous en choeur, vous nous dites qu'il est urgent de ne surtout rien faire. Et pourtant, les constats sont accablants: notre système de santé et de soins est de toute évidence malade, puisque l'augmentation des primes d'assurance-maladie est, dans la plupart des cas, décorrélée de l'augmentation des coûts de la santé. Dans le canton d'où je viens, il n'est pas inhabituel que les primes augmentent chaque année de quatre, cinq, voire six pour cent, quand, parallèlement, les coûts de la santé augmentent officiellement, quant à eux, de 2,5 pour cent seulement.
Aujourd'hui, dans notre pays, une famille de quatre personnes aura à s'acquitter de près de 15[NB]000 francs de primes d'assurance-maladie obligatoire par année. Ces primes sont la deuxième source d'endettement dans notre pays. Cela représente 2,2 millions de personnes qui vivent en Suisse et qui ne peuvent plus s'acquitter de leurs primes d'assurance-maladie. C'est un quart de la population.
En 2017 pourtant, une commission d'experts a identifié 38 mesures concrètes pour maîtriser les coûts. Il est aujourd'hui de notoriété publique que près de 6 milliards de francs d'économies peuvent être réalisées chaque année, sans aucune perte de qualité, dans notre système de soins.
Alors notre initiative, celle dont nous débattons depuis plusieurs heures, est finalement, nous le pensons sincèrement, une initiative pleine de bon sens, puisqu'elle actionne un mécanisme parfaitement connu de ce Parlement en matière de finances publiques. C'est un réel mécanisme de frein à l'endettement, si on peut parler ainsi des coûts de la santé. C'est un mécanisme qui impose surtout, et enfin, à tous les acteurs du monde de la santé, les pharmas, les assureurs, les médecins et finalement aussi les institutions politiques, notre Parlement, l'OFSP, le Conseil fédéral, de trouver des solutions, de se mettre autour d'une table lorsque les coûts augmentent significativement plus que les salaires.
C'est une initiative pleine de bon sens, je le disais, puisque, jusqu'à présent, force est de constater que tout le monde dans le milieu de la santé est unanime pour dire qu'il faut faire quelque chose mais surtout jamais en commençant par soi-même. Les efforts doivent toujours être faits par les autres prestataires, par les autres acteurs de la santé.
C'est ici et par cette initiative que nous entendons faire en sorte que chacun puisse enfin prendre ses responsabilités, assumer sa part dans les défaillances de notre système de santé, et que nous puissions enfin trouver des solutions concrètes pour endiguer les coûts.
Alors oui, cela a été relevé par certains d'entre vous, cette initiative n'a précisément pas pour but de proposer des [PAGE 838] solutions toutes faites parce que l'expérience nous a définitivement montré que, chaque fois qu'une proposition concrète était présentée, elle n'était jamais la bonne aux yeux du Parlement et qu'il fallait toujours procéder différemment. Alors aujourd'hui la balle est dans le camp du Parlement et dans le camp des acteurs de la santé pour qu'ils nous disent eux-mêmes enfin quelles sont les bonnes solutions, celles qui sont réellement applicables, et qu'ils s'efforcent d'accentuer la transparence dans le milieu de la santé qui, comme chacun le sait, n'est pas la première de ses vertus.
Enfin, pour ce qui est de la référence au salaire, nous pensons que la référence à l'augmentation des salaires est un critère particulièrement opportun pour pouvoir prendre des mesures contre l'augmentation des coûts de la santé, puisque les salaires ne sont ni plus ni moins que le référentiel absolu pour tous nos concitoyens qui, eux, savent exactement ce qui leur reste à la fin du mois, ou plutôt ce qu'il ne leur reste plus, pour s'acquitter des factures courantes, écrasés qu'ils sont par le paiement de leurs primes-maladie. Alors oui, c'est cela qui compte au final aux yeux de nos concitoyens. C'est pour cela que nous pensons que la référence au salaire a précisément tout son sens.