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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-12-10

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-12-10

Wortprotokoll

Nous avons abordé une nouvelle étape dans la réforme agricole qui est basée sur le fameux article 104 de la Constitution fédérale qui a été mentionné par plusieurs d'entre vous.

Il faut rappeler quand même dans quelles circonstances a été conçu et a été adopté l'article 104 de la constitution. C'était dans le milieu des années nonante, après plusieurs échecs de la politique fédérale: l'arrêté sur l'économie sucrière et d'autres arrêtés qui avaient été, à la surprise générale, repoussés par le peuple après des décennies pendant lesquelles pratiquement tous les projets qui étaient proposés par le Conseil fédéral pour développer la politique agricole issue de la Deuxième Guerre mondiale, avaient été adoptés presque sans discussion.

Tout d'un coup, quelque chose s'est cassé dans l'opinion publique qui a dit qu'il fallait arrêter la politique de l'époque, qui était une politique de conduite planifiée de l'agriculture, sans considération pour le marché. On a entrepris à ce moment-là une réforme qui a eu pour but d'introduire plus de marché et plus d'écologie. M. Bürgi l'a dit, cela ne signifie pas que d'autres objectifs ne sont pas pris en compte. Lorsque l'on parle de la multifonctionnalité de l'agriculture, c'est précisément un rappel que l'agriculture poursuit plusieurs objectifs et a plusieurs fonctions: le marché, l'écologie, une aide à l'occupation décentralisée du sol, etc.

Toutes ces réformes ont été acceptées difficilement, et je dois vous le rappeler parce qu'on a le sentiment aujourd'hui que cette nouvelle étape de la réforme agricole sera moins bien acceptée que ne l'a été la réforme précédente. J'étais rapporteur de langue française dans l'autre Chambre au moment où la "PA 2002" a été adoptée. C'est à une voix de majorité que la "PA 2002" a été adoptée au Conseil [PAGE 1195] national. C'est dire que chaque étape de l'évolution se heurte aux mêmes critiques. Je me souviens à l'époque des critiques qui avaient été faites: le manque de prévisibilité, comme si, lorsqu'on fait une réforme, on pouvait définir dans le détail l'avenir de chacun des partenaires touchés par la réforme. Une réforme, par définition, et le président de la commission l'a rappelé, est quelque chose qui ouvre la porte à la nouveauté, et la nouveauté, par définition, a un certain élément d'imprévisibilité. Mais il faut dire en même temps que le statu quo ouvre aussi la porte à l'imprévisibilité et à la nouveauté, mais non contrôlée. Et on l'a vu cette année lorsque l'accident de Swiss Dairy Food est survenu. Simplement les acteurs ont continué durant tout le début de l'année à agir sans considération pour l'environnement, et l'environnement s'est imposé à eux et a forcé une transformation beaucoup plus rapide que celle qui était souhaitable.

Les faits sont tout simples. Regardez ce qui s'est passé cette année! Ce n'est pas l'augmentation de 3 pour cent des contingents qui a été voulue l'année passée par les paysans et acceptée par le Conseil fédéral et celle de cette année qui a été de 1,5 pour cent, qui a été voulue par le Conseil fédéral mais pas demandée par les paysans, qui ont entraîné les modifications responsables de la chute de Swiss Dairy Food. C'est l'environnement extérieur qui a changé. Les prix sur le marché européen sont tombés et les acteurs suisses, au lieu d'en prendre acte et de réagir rapidement, se sont donné rendez-vous, comme par le passé, au mois d'août ou à l'automne pour négocier. Entre-temps, la situation a évolué et une des entreprises s'est écroulée: c'est l'accident Swiss Dairy Food.

Regardons le bilan de la "PA 2002"! Je reviendrai tout à l'heure sur les chiffres que M. Bürgi a interprétés. Malgré tout ce qui est dit, le bilan est positif. Il est si positif que certains d'entre vous disent: "Restons-en à la 'politique agricole 2002'". Après tout, elle ne nous a pas mal servi. Ne faisons pas le nouveau pas vers 2007." Si vous souhaitez le statu quo, c'est que vous êtes au minimum satisfaits de la politique actuelle. On ne peut pas dire: "On veut le statu quo, mais le statu quo est inadmissible." C'est donc que la "PA 2002" a été positive. Les paysans ont montré une forte capacité d'adaptation. Le taux d'approvisionnement alimentaire de la Suisse est resté stable. Madame Slongo, la paysannerie suisse a maintenu ses parts de marché avec le nouveau système.

L'agriculture a, comme l'a souhaité l'opinion publique, le peuple suisse lorsqu'il a accepté l'article 104 de la constitution, étendu ses prestations au niveau de l'écologie. Les structures évoluent. Elles évoluent depuis longtemps, pas seulement depuis quatre ans, mais depuis les années soixante et septante. Elles évoluent pratiquement au même rythme actuellement que dans les années soixante et septante.

Le revenu global du secteur a évolué selon les prévisions, peut-être pas de manière optimale, mais selon les prévisions, ce qui signifie que ceux qui ont préparé ces réformes ne sont pas si loin de la réalité. Certes, la perception de la situation par les milieux paysans est influencée par le niveau moyen des revenus individuels qui reste bas en comparaison des autres secteurs. Nous le reconnaissons, mais les prévisions étaient exactes.

La "PA 2007" ne constitue pas un changement de cap, c'est la poursuite de la politique qui avait été décidée il y a une dizaine d'années. Nous prenons simplement acte de l'évolution de l'environnement économique. Nous prenons acte par exemple d'un élément important que vous avez approuvé, qui a été approuvé par le peuple suisse, c'est l'ouverture programmée du marché du fromage, aussi bien en Suisse que pour les fromages suisses sur les marchés étrangers. Et faire comme si cet élément n'existait pas, ce serait se cacher la tête dans le sable et risquer de compromettre l'avenir de l'agriculture suisse.

On le voit bien lorsque l'on parle du secteur laitier. Je le dis toujours et je le dirai chaque fois à mes interlocuteurs parce que j'ai l'impression que ces ordres de grandeur sont constamment oubliés: à peu près la moitié du lait est transformée en fromage, la moitié du fromage produit est exportée, et la moitié de la quantité de fromage exportée est destinée à l'industrie. Donc exporter pour une utilisation à des fins industrielles, cela signifie que la moitié de la quantité de fromage exportée n'est vendable que si les prix correspondent à ceux en vigueur sur les marchés internationaux. Si les acteurs du secteur laitier veulent renoncer à cette part destinée aux marchés internationaux, donc à l'industrie, cela signifie qu'il faut abandonner un quart de la quantité de lait transformée en fromage, ce qui fait un huitième de la quantité totale de lait produite. Si le secteur laitier renonce à ces marchés, il faut d'emblée réduire d'un huitième les contingents laitiers. Je crois que c'est quelque chose d'impossible, d'impensable. Cela équivaudrait à la disparition de centaines d'exploitations qui seraient visées.

Quelles sont les principales lignes d'action de la "PA 2007"?

1. Nous souhaitons donner aux agriculteurs une plus grande marge de manoeuvre par la sortie du régime des quotas laitiers gérés de façon étatique; nous proposons l'abandon des dégressions et des limites de revenu dans les paiements directs.

Certains d'entre vous, on en reparlera, souhaitent que l'on ne fixe pas de date pour la sortie du système de l'attribution étatique des contingents laitiers. La conséquence toute simple, c'est qu'à court terme, vous faites plaisir à certains agriculteurs, vous leur donnez le sentiment qu'ils peuvent conserver dans leur bilan la valeur du contingent, comme l'a dit M. Germann, mais vous rendez la chose impossible à faire dans l'avenir. En effet, chaque année des contingents sont vendus, achetés ou loués. Plus vous tardez à fixer la date ou pire encore si vous ne fixez pas la date de sortie du régime du contingentement, les gens risqueront de faire des erreurs parce qu'ils ne verront pas quelle est la valeur réelle des contingents. C'est catastrophique! C'est la pire des choses qu'on puisse faire! J'y reviendrai.

Nous sommes d'accord avec une prolongation de deux ans du système des contingents gérés étatiquement. Mais supprimer la date de sortie du système, c'est la pire des choses que vous pouvez faire parce que vous donnez des illusions aux acteurs économiques, et on le sait bien, pour tous ceux qui sont proches de l'économie, il vaut parfois mieux avoir quelque chose de pas tout à fait satisfaisant mais de sûr qu'avoir l'insécurité et imaginer quelque chose qui ne se réalisera pas. C'est la raison pour laquelle je pense qu'il faudra fixer une date de sortie du système du contingentement. Donc, premier but: donner une marge de manoeuvre supplémentaire aux agriculteurs.

2. Nous voulons davantage de transparence et de concurrence dans le domaine de la viande aussi bien au profit des producteurs que des consommateurs.

On va avoir là une superbe bataille. Mais ce qui n'apparaîtra pas, ce sont les intérêts qu'il y a là-derrière. Ce sont 100 millions, 150 millions de francs de rentes de monopole qui se cachent là-derrière. Alors, on va nous parler des paysans de montagne. Nous avons fait un pas supplémentaire pour les paysans de montagne, ce qui est vraiment très positif pour eux. On va parler de la structure du marché du bétail en Suisse, oubliant que le système de la mise aux enchères est précisément un système qui permet à de nouveaux acteurs de se manifester. Aujourd'hui, deux ou trois acteurs se partagent déjà 52 pour cent des attributions des contingents, donc il ne faut pas prétendre que le système est ouvert. Le système de la vente aux enchères, lui, va permettre d'ouvrir le marché. Mais "réjouissons-nous mes frères" de la belle bataille qu'il y aura autour des contingents et de l'importation de viande.

3. Nous souhaitons renforcer les possibilités d'action des interprofessions et des groupements de producteurs.

4. Nous voulons aider à la préservation d'emplois dans le milieu rural et en zone de montagne. Le but n'est pas de résoudre tous les problèmes de politique régionale par la politique agricole, c'est impossible. Vous n'arriverez pas, seulement par la politique agricole, à maintenir une population décentralisée en montagne. Il faut une politique agricole, mais il faut aussi une coordination avec les autres instruments de politique régionale et c'est la nouvelle conception [PAGE 1196] de la politique régionale qui trouve ici une application. Il ne s'agit pas d'utiliser un seul instrument, mais d'utiliser l'ensemble des instruments à disposition pour atteindre l'objectif qui a été fixé dans la constitution, à savoir le maintien d'une occupation décentralisée du territoire.

5. Nous voulons le renforcement des mesures d'accompagnement, notamment avec les nouvelles aides à la reconversion professionnelle.

J'ai le sentiment, à certains moments, qu'on nous dit: "Parce que vous n'avez pas encore modifié le régime d'imposition des bénéfices de liquidation, nous rejetons la politique agricole ou nous trouvons là un argument pour rejeter la politique agricole". La modification du régime d'imposition n'est pas de ma compétence, mais le Département fédéral des finances y travaille de manière extrêmement concrète. Mais ce sont deux choses différentes. Nous voulons aussi une modification du système de l'imposition des bénéfices de liquidation, je crois que c'est quelque chose d'important, pas seulement pour les agriculteurs mais aussi pour d'autres milieux.

Concernant les règles d'aménagement du territoire, on doit rappeler aux démocrates sincères que sont MM. Bürgi et Germann, que le peuple suisse a approuvé un assouplissement des règles d'aménagement du territoire, mais nous avons bien senti qu'une certaine limite avait été atteinte et que si nous avions été plus loin dans l'assouplissement des règles de l'aménagement du territoire, nous aurions probablement essuyé un refus.

Déjà maintenant, j'entends périodiquement des plaintes des milieux des arts et métiers qui protestent contre la concurrence "déloyale" à leurs yeux que constitue l'activité en zone agricole, activité qui leur fait non pas du tort mais de la concurrence. Aller beaucoup plus loin, c'est probablement remettre en cause les positions légitimement acquises d'autres milieux dont vous êtes proches, Monsieur Bürgi. Je ne crois pas qu'on peut plaider une fois pour l'assouplissement des règles lorsque ce n'est pas proposé, et ensuite rappeler que les arts et métiers ont droit quand même à des conditions correctes de concurrence, lorsqu'on aurait précisément commencé à modifier ces règles. On ne peut pas réclamer les deux choses à deux époques différentes. Il faut essayer de consolider une opinion et accepter que, chaque fois qu'on fait un pas vers l'assouplissement des règles d'aménagement du territoire, on risque de porter atteinte aux règles honnêtes de la concurrence à l'égard de ceux qui n'ont pas ces facilités et qui doivent acheter le terrain au prix en vigueur pour l'industrie ou exercer une activité sans avoir l'appui de l'Etat pour une partie de leur vie professionnelle, ce qui est le cas pour un agriculteur qui exerce à temps partiel une autre activité. Il faut donc trouver un équilibre, et je crois qu'il a été trouvé.

6. Nous voulons renforcer la confiance des consommateurs dans les denrées alimentaires par une promotion de la qualité et de la sécurité. Et c'est vrai que nous y réussissons. La preuve, c'est que pour la première fois depuis des années, le tourisme alimentaire des Suisses à l'étranger a diminué. Pendant des années, la part du tourisme alimentaire a constamment augmenté. De plus en plus de Suisses allaient acheter des produits alimentaires de l'autre côté de la frontière, tout d'abord pour des raisons de prix. L'on sait d'après les études de marché que lorsque des différences de prix sont de 20 pour cent ou plus entre les produits suisses et les produits étrangers, les Suisses vont acheter à l'étranger. Mais il y a aussi le problème de la qualité. Et parce qu'on a réussi à diminuer l'écart entre les prix, et parce qu'on a maintenu l'effort sur la qualité, eh bien, pour la première fois les études de marché disent que le tourisme alimentaire est en baisse, ce qui est une aide pour le commerce de détail en Suisse et aussi pour l'agriculture suisse.

Aujourd'hui vous êtes appelés à concrétiser les orientations de la "PA 2007" en modifiant six lois fédérales et en votant un projet d'arrêté fédéral sur les moyens financiers destinés à l'agriculture pour les années 2004 à 2007.

Je suppose que ceux d'entre vous qui proposent le renvoi au Conseil fédéral de la modification de la loi fédérale sur l'agriculture et de l'article 37 de la loi sur les épizooties proposent le renvoi de tout le paquet. Il n'est naturellement pas pensable de renvoyer seulement la modification qui prévoit une évolution sur le plan législatif et de dire: "L'argent, je le garde." L'argent, je le garde sur quelle base? Est-ce qu'il faudrait alors dans l'urgence, d'année en année, accorder des tranches de crédit comme si on avait voté le crédit-cadre? Je crois que ce n'est pas possible, logiquement, de renvoyer une partie du menu et d'accepter 0en acceptant le reste. Je ne pense pas que le peuple suisse serait d'accord, et je ne pense pas que ce serait une aide pour l'agriculture.

Je dis simplement, ici et d'ores et déjà: imaginez la situation si vous renvoyez le paquet au Conseil fédéral. 2003 sera une année électorale; si vous pensez que, cette année-là, on sera en mesure de trouver un compromis qu'on n'a pas trouvé après plusieurs d'années d'efforts, c'est impossible. 2004 sera l'année du début de la législature où un nouveau Parlement avec un taux de renouvellement, disons de 25 pour cent, commencera ses travaux. Naturellement, la nouvelle commission voudra reprendre ab ovo, depuis le départ, la discussion relative à la nouvelle politique agricole, c'est légitime, et surtout si les choses ont suivi le cours que certains souhaitent, c'est-à-dire le renvoi en demandant de réussir l'exploit de concilier les intérêts opposés. Alors, 2004 sera consacré aux études. Puis, en 2005, peut-être qu'on aura trouvé une nouvelle solution. Mais, est-ce qu'il y a la moindre chance, en étant réaliste, d'arriver à trouver une nouvelle solution bien différente de celle d'aujourd'hui? Il n'y en a aucune.

Je voudrais rendre ici hommage à la Commission consultative pour l'agriculture, qui a préparé ces réformes. Elle a été présidée par M. Urs Schwaller, conseiller d'Etat démocrate-chrétien du canton de Fribourg, un homme de grande qualité et qui a mené avec intelligence, compétence et courage aussi cette réforme.

Il y avait une quinzaine de membres dans la commission proprement dite et une quarantaine de membres dans la commission élargie. Pendant des mois, les travaux de la commission élargie ont porté d'abord sur l'essentiel, puis sur le détail; ensuite, la commission proprement dite s'est remise à l'ouvrage. Celle-ci a fait des propositions qui ont été modifiées, généralement plutôt dans le sens conservateur, par moi-même et par l'OFAG, et ensuite par le Conseil fédéral; c'est-à-dire qu'on a plutôt renoncé à des réformes supplémentaires que le contraire; donc on est probablement plutôt en deçà des propositions de la commission présidée par M. Schwaller.

Et elle a très bien travaillé, cette commission! La preuve, c'est que sur une quarantaine de modifications que nous proposons, il n'y en a finalement que deux qui suscitent réellement des contestations de fond: la suppression du contingentement laitier étatique et la mise aux enchères des contingents de viande. 38 propositions sur quarante ne sont pratiquement pas contestées. Pour les deux modifications restantes, c'est un peu digital: c'est oui ou c'est non, et il n'y a pas besoin de renvoyer le projet 1 et l'article 37 du projet 6 au Conseil fédéral pour savoir ce qu'il faut faire. Si vous ne voulez pas l'abandon du contingentement laitier étatique, vous dites non. Vous dites non au projet sur ce point et c'est réglé. Mais ça pose un certain nombre de problèmes liés en particulier à l'application de la loi fédérale urgente qui transfère déjà en partie la compétence aux interprofessions, et elle a été adoptée à l'unanimité dans les deux Chambres. Par conséquent, si l'on en arrivait à l'idée de rejeter la suppression du contingentement laitier ou de changer le système et d'aboutir à un droit de livraison, au "Lieferrechtssystem", on aurait la première année la solution préconisée par la loi fédérale urgente, c'est-à-dire un contingent national, puis une année ou deux la solution voulue par la loi fédérale urgente, un contingent par interprofession, et puis ensuite retour au "Lieferrechtssystem", au droit de livraison, ou au maintien du système actuel du contingentement.

Alors là, je vous garantis que ce sera la panique dans l'agriculture parce qu'il faudra s'adapter chaque fois à un [PAGE 1197] nouveau style, à une nouvelle appréciation, et que c'est le meilleur moyen de créer une véritable catastrophe par manque de visibilité de la politique. Aucun acteur ne sera en mesure de dire quel sera son avenir puisqu'en cinq ou six ans, on changera deux ou trois fois de système et qu'on reviendra peut-être à un système antérieur à 1998 - ce qui est la réalité du système de droit de livraison, du "Lieferrechtssystem", qu'on a connu avant 1998. Cela, c'est vraiment produire la catastrophe dans les milieux paysans. On discutera de la suppression du contingentement laitier.

J'attends avec intérêt le débat sur la mise aux enchères des contingents de viande, je l'ai dit et je le redis avec plaisir, parce que c'est un débat compliqué qui remet en cause des intérêts qui ne sont pas portés sur la place publique et des principes qui sont défendus par le Conseil fédéral et qu'on essaye de détourner en parlant d'autres principes dont nous sommes prêts à discuter. Bref, ce sera une excellente discussion, mais là aussi c'est digital: ou bien on est pour, ou bien on est contre. Dans ce domaine, il n'y a pas de solution intermédiaire qui permette de trouver la paix pour très longtemps.

Monsieur Germann, l'évolution des structures est actuellement de 2,5 pour cent. Nous pensons que, dans les années à venir, elle sera de 2,5 à 3 pour cent. Et là, une des causes principales, c'est le vieillissement des capitaines de l'agriculture. M. Schiesser a rappelé que la proportion des agriculteurs âgés de plus de 65 ans est relativement élevée. Par définition, il y a là une probabilité d'évolution des structures qui est certaine. Le rythme est comparable à celui des années soixante et septante mais reste plus faible que dans plusieurs pays européens qui nous entourent. C'est l'évolution générale de la société qui fait que la population agricole diminue, et l'évolution en Suisse est plus faible que dans la plupart des pays qui nous entourent. Je vous ai exposé les raisons pour lesquelles je suis convaincu qu'il faut fixer une date de sortie du contingentement. Vous êtes un journaliste économique et vous savez comme moi que la pire des choses pour les acteurs économiques, c'est l'incertitude. Il faut leur donner une vision claire et leur dire qu'à telle date, il y aura la sortie du contingentement.

Monsieur Büttiker, vous avez dit que le bilan de la "Politique agricole 2002" est positif. La "PA 2007" est simplement la poursuite de la "PA 2002" en fonction de l'évolution de l'environnement. Les conditions-cadres continuent à évoluer; j'ai évoqué le marché avec l'Union européenne. Je vous rappellerai en temps opportun, mais vous connaissez nos arguments, que les enchères en matière d'attribution de contingents donnent plus de chances aux petites et moyennes entreprises; nous le savons de manière certaine. C'est l'expérience concrète qui a été faite avec les spécialités, sauf erreur le jambon et je ne sais plus quelles autres. On a mis aux enchères et ça marche très bien. Le nombre d'acteurs a plutôt augmenté que le contraire.

En ce qui concerne l'OMC, nos propositions sont compatibles avec les défis au sein de l'OMC. Que veulent les acteurs de l'OMC? Ils veulent une réduction des subventions à l'exportation et une réduction du soutien interne. Nous ne voulons pas que fassent partie de ces réductions les paiements directs - la fameuse "boîte verte" de l'OMC. Nous pensons que nous arriverons à défendre les paiements directs, par contre les mesures de soutien du marché ne peuvent pas ne pas être réduites. En sens inverse, les acteurs de l'OMC veulent non seulement une réduction des subventions à l'exportation, mais aussi une ouverture plus grande du marché intérieur. C'est là le plus grand défi pour l'agriculture suisse: elle n'échappera pas à une ouverture supplémentaire du marché suisse. C'est la raison pour laquelle il faut que nos exploitations agricoles soient concurrentielles et en mesure de livrer des produits de haute qualité pour maintenir leurs parts de marché sur un marché libre qui sera probablement plus ouvert qu'il ne l'est actuellement.

Monsieur Bieri, les effets négatifs que vous avez mentionnés en relation avec l'évolution des structures ne sont pas dus en général à la politique agricole mais, pour l'essentiel, aux progrès techniques. Vous savez qu'aujourd'hui, on peut en particulier travailler plus d'hectares, plus facilement et de manière plus efficace que par le passé. Une grande partie de l'évolution est due aux progrès techniques. Les parts de marché sont maintenues; le tourisme alimentaire régresse; et, finalement, le paquet comporte 40 mesures en tout, dont 38 sont acceptées. Il ne faut vraiment pas croire qu'en renvoyant le projet ou en demandant des études complémentaires, on réussira à avoir un bilan meilleur que 38 mesures acceptées sur 40. Les deux mesures contestées, c'est relativement simple, vous dites: "Oui, on change" ou "Non, on ne change pas", il n'y a pas tellement de solutions intermédiaires à trouver. Et puis le soutien financier est renouvelé.

Monsieur Bürgi, vous dites que le bilan est trop positif et que nous nous basons sur des chiffres que nous interprétons mal. Nous avons les mêmes chiffres! Je me réfère aux données relatives à l'évolution des revenus agricoles, qui ont été publiées dans le rapport agricole 2002 de l'Office fédéral de l'agriculture. Le revenu du travail par unité de famille n'a pas baissé nominalement avec la réforme agraire. C'est un fait! On peut dire qu'il aurait fallu que ce soit différent, mais le fait est que le revenu n'a pas baissé par unité de main-d'oeuvre familiale. Il est vrai, par contre, que le pouvoir d'achat a diminué en fonction du renchérissement. Le renchérissement s'élève à 15 pour cent durant ces neuf dernières années, le revenu du travail, lui, n'a augmenté que de 9,1 pour cent dans l'agriculture.

Mais il y a aussi des éléments positifs: le taux de fonds propres a augmenté. C'est quand même un assez bon signe quand le taux de fonds propres d'une branche augmente. Il n'a pas augmenté de beaucoup, mais il a augmenté quand même; il a passé de 57 pour cent au début de la décennie, en 1990, à 59 pour cent. Le montant des fonds propres s'est accru de 21 pour cent durant la même période; il a passé de 350 000 francs à 420 000 francs. Dans le même temps, la couverture des investissements s'est améliorée de 50 à 63 pour cent; c'est aussi un bon élément pour l'appréciation d'une entreprise. Le cash-flow a légèrement diminué, mais il permet d'investir en moyenne, sur trente ans, 1,3 million de francs par exploitation. Ce n'est quand même pas mal! En trente ans, on constate qu'une exploitation agricole peut en moyenne investir 1,3 million de francs. C'est dire que les exploitations agricoles ont quand même des moyens d'améliorer les choses.

Les exploitations laitières ne sont pas perdantes; leur situation a évolué en règle générale et en moyenne plus favorablement que pour les autres exploitations agricoles. Il est vrai par contre que l'écart des revenus est plus grand, mais c'est aussi que ce type d'exploitation est important en plaine, dans les collines ou dans les régions de montagne. La répartition géographique fait qu'il y a une plus grande différence que dans d'autres secteurs.

En conséquence, nous devons nous demander comment nous rendons le mieux service à l'agriculture: en entrant en matière, en étudiant concrètement les propositions, donc en risquant de casser l'espoir de ceux qui croient qu'en disant non, on va trouver la solution miracle. Nous l'avons bien vu, la solution miracle n'existe pas aujourd'hui et n'a pas existé dans le passé: une voix de différence pour l'approbation de la "PA 2002". La politique agricole a toujours été contestée. Ou bien est-ce que vous avez le courage d'entrer en matière, d'aborder les problèmes et de dire oui ou non en fonction des arguments et non pas en fonction de choses qui appartiennent aux non-dits de cette Chambre, de discuter les propositions et, finalement, de dire aux paysans: "Nous ne vous préparons pas le paradis terrestre, mais avec l'argent que nous avons à disposition, nous essayons de mener une politique qui vous permet, en tous les cas à une grande partie d'entre vous, de survivre et de développer vos activités dans le futur. On vous donne un avenir qui n'est pas merveilleux, mais un avenir prévisible"?

En face de ça, il y a l'imprévisibilité qui est le poison de l'activité économique et qui désespère en particulier les jeunes qui croient à la possibilité de gagner des parts de marché, [PAGE 1198] de développer de nouveaux produits. C'est à eux que je pense maintenant, parce que chaque année, je vais donner le prix d'innovation agricole. Et chaque année, je suis réellement émerveillé, quasiment ému par la rencontre avec des dizaines de jeunes paysans qui ont inventé quelque chose, qui apportent quelque chose et qui ne regardent pas vers le passé, mais qui regardent vers l'avenir. Ils ne sont peut-être pas encore une majorité, mais ils sont en train de le devenir. Ne pensez pas seulement à ceux qui ont vécu une longue période de leur vie dans un système qui avait son charme, mais qui était un système sans issue, le peuple suisse a voulu le changement. Pensez à ceux qui commencent leur vie d'agriculteur, ou qui l'ont entreprise, qui croient à l'avenir de l'agriculture en Suisse et qui sont reconnaissants à l'ensemble de la population suisse d'attribuer 14 milliards de francs pour les aider à compenser le désavantage objectif qu'est la topographie de la Suisse. C'est à eux qu'il faut penser lorsque nous votons.