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Python Valentine · Nationalrat · 2022-09-20

Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-09-20

Wortprotokoll

Nous assistons en direct à la sixième extinction de masse du vivant. Que ce soit en observant notre environnement direct ou à travers les nombreuses études biologiques réalisées de par le monde, partout le constat est le même: à l'échelle planétaire, près d'un millier d'espèces vivantes disparaissent de façon irréversible chaque année. Un million d'espèces sont directement menacées d'extinction.

En Suisse, un tiers des espèces de plantes, d'animaux et de champignons est gravement menacé. Au cours des trente dernières années, 255 espèces ont disparu. Le rythme de disparition des espèces est de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de fois supérieur au taux naturel d'extinction, alors que les espèces sauvages ne représentent plus que 4 pour cent des espèces sur terre,[NB]l'humanité[NB]et[NB]les[NB]espèces[NB]domestiques en constituant le 96 pour cent.

L'identification des cinq principales causes de cette hécatombe est un consensus scientifique: la destruction et la fragmentation des habitats, la pollution des milieux, la surexploitation des ressources biologiques, les changements climatiques et les espèces exotiques envahissantes. En Suisse, la disparition des milieux et des sols naturels est provoquée par l'urbanisation galopante, l'agriculture et l'élevage intensif, le développement des voies de transport et le tourisme non durable. La diffusion de substances chimiques persistantes, toxiques et qui perturbent le système hormonal des animaux, comme les pesticides de synthèse ou certains rejets industriels et domestiques, provoquent un empoisonnement durable de l'eau, de l'air, des sols et des organismes vivants. A cette pollution chimique s'ajoutent les effets de la pollution lumineuse, sonore et électromagnétique, dont les impacts sur la biodiversité et la santé humaine ne sont toujours pas pris en compte. Dès à présent, le réchauffement climatique déstabilise les écosystèmes. La rapidité des changements ne laisse pas le temps aux espèces de s'adapter. Les aires de répartition sont bouleversées. Le décalage rapide du début de la période de végétation se répercute sur les chaînes alimentaires.

Le réchauffement, tout en fragilisant certaines espèces, en favorise d'autres, y compris de nouveaux vecteurs de maladie. Il permet également le développement d'espèces invasives, qui constituent une menace en elles-mêmes pour la biodiversité. Ces espèces sont transportées par l'être humain, importées et répandues, intentionnellement ou non, par le commerce et le tourisme international. Elles ne rencontrent pas de prédateurs ou de concurrents directs dans leurs nouveaux milieux de vie et prolifèrent aux dépens des espèces indigènes. Beaucoup de plantes et d'insectes invasifs terrestres ont été introduits par la filière horticole. Les milieux aquatiques sont encore plus vulnérables, comme le montre le développement incontrôlable de la moule quagga dans nos lacs.

Il convient de tenir compte aussi des atteintes portées à la biodiversité hors de nos frontières, imputées à nos modes de consommation et à l'approvisionnement en matières premières de nos industries. La déforestation au Brésil est aussi liée aux importations de fourrage pour notre élevage intensif de poulets, et en Indonésie à celles de l'huile de palme pour nos biscuits et nos chocolats. Et combien de tonnes de poisson issues de la surpêche finissent encore dans nos assiettes?

La perte de diversité génétique s'accompagne de la perte de diversité fonctionnelle. En 2019, 75 pour cent des écosystèmes terrestres, 50 pour cent des écosystèmes d'eau douce et 40 pour cent des écosystèmes marins étaient déjà significativement endommagés. Or, ils sont non seulement nécessaires au bon fonctionnement des processus naturels, mais également garants d'un équilibre sans lequel les sociétés humaines ne sauraient évoluer ni survivre, comme la purification de l'air, de l'eau et des sols, la stabilisation du terrain et la régulation du système climatique, tant à l'échelle locale qu'à l'échelle globale.

Face à ce processus, le constat est clair: il y a urgence à agir. Il y a urgence climatique bien sûr, mais celle-ci ne doit pas cacher l'ampleur de la crise écologique plus large dans laquelle elle s'inscrit et que le concept des limites planétaires nous permet d'appréhender dans toute sa complexité. Passer à côté de cette réalité, c'est proposer des demi-solutions. Nous avons autant besoin d'enrayer l'érosion de la biodiversité que de sortir des énergies fossiles. Or, nous voyons qu'une approche exclusivement technocratique de l'enjeu climatique et agricole pourrait porter le coup de grâce à la biodiversité et notre perte par la même occasion. Est-il besoin de rappeler que nous avons besoin d'air pur, d'eau potable, de pollinisateurs et de sols capables de produire nos aliments pour subsister? Sans biodiversité, nous perdons tout cela.