Amoos Emmanuel · Nationalrat · 2022-09-20
Amoos Emmanuel · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-20
Wortprotokoll
Un constat est très largement admis par les scientifiques: la biodiversité de notre pays est dans une situation dramatique. C'est pour répondre à cette menace que plusieurs associations ont déposé l'initiative biodiversité dont nous parlons aujourd'hui.
La Suisse présente pourtant une très riche biodiversité par rapport à sa petite superficie, mais pour encore combien d'années? C'est bien là l'enjeu de la discussion qui nous occupe. Selon les experts, près de la moitié des milieux naturels sont menacés de disparition et plus d'un tiers des espèces animales et végétales indigènes sont menacées d'extinction. Il y a donc clairement une nécessité à agir, et à agir rapidement.
L'une des principales causes de cet effondrement de la biodiversité, et sur laquelle il faut donc agir en priorité, est la perte des milieux naturels. Leur surface et leur qualité diminuent fortement et systématiquement. Pour prendre un exemple, les marais ont perdu 82 pour cent de leur superficie depuis [PAGE 1552] 1900. Ces marais couvrent actuellement seulement 0,5 pour cent de la surface du pays et abritent pourtant 25 pour cent des espèces végétales menacées.
En comparaison avec les autres pays industrialisés, le constat est éloquent et il doit nous pousser à agir. La Suisse présente le plus grand nombre d'espèces menacées et la plus faible proportion de surfaces protégées.
Avec seulement 13 pour cent de son territoire qui est protégé, la Suisse se positionne parmi les lanternes rouges en comparaison internationale. Nous sommes également bien loin des objectifs que le Conseil fédéral s'est fixés dans sa Stratégie biodiversité Suisse, à savoir 17 pour cent du territoire protégé en 2020. Le Conseil fédéral le reconnaît lui-même dans son message.
Et agir pour préserver la biodiversité n'est pas uniquement nécessaire pour sauvegarder la vie ou pour faire plaisir aux biologistes et aux défenseurs de la nature. L'économie, l'agriculture et la société bénéficient d'un grand nombre de services fournis par la biodiversité. Il s'agit notamment de la pollinisation par les insectes, de la disponibilité de sols fertiles pour l'agriculture et la sylviculture, d'eau propre, de nourriture pour les humains et les animaux, de matières premières, de principes actifs pour les médicaments naturels.
Elle profite aussi à la protection contre les catastrophes naturelles. Je pense ici à la protection contre les avalanches, les éboulements et les laves torrentielles. Il ne faut pas non plus oublier la lutte naturelle contre les organismes nuisibles ni l'importance de la qualité de la nature et du paysage pour le tourisme, la détente et, donc, pour la santé humaine.
Si la préservation de la biodiversité n'intéresse pas forcément tous les parlementaires dans cette salle, j'espère que la liste que je viens d'énumérer résonne un peu dans leur tête. La biodiversité constitue un prérequis pour l'existence humaine et pour la performance économique d'un pays. Les[NB]objectifs[NB]visés[NB]par[NB]l'initiative doivent donc être atteints rapidement.
Plusieurs parlementaires nous annoncent déjà des catastrophes pour le monde paysan en termes de perte de surfaces et pour la sécurité alimentaire en cas de mise en oeuvre de l'initiative ou du contre-projet. Mais opposer la préservation de la biodiversité à la défense de l'agriculture n'a strictement aucun sens, tant leurs existences sont liées. La protection de la biodiversité a un effet positif à long terme sur l'agriculture et sur notre sécurité alimentaire. Si l'on veut vraiment parler de préservation des surfaces agricoles, ne faudrait-il pas en premier lieu s'interroger sur le bétonnage des terres agricoles? Beaucoup de parlementaires se sont émus du risque de diminution des surfaces agricoles. Ces mêmes parlementaires ne disent en revanche rien lorsque la vente de terrains agricoles rapporte des millions de francs. Pour acheter un terrain, je vous le rappelle, il faut nécessairement un vendeur.
Une nouvelle fois, il aura fallu le dépôt d'une initiative populaire pour que notre Parlement se réveille enfin. La majorité de la commission nous propose ainsi d'accepter le contre-projet du Conseil fédéral. S'il faut saluer les avancées concrètes que propose le contre-projet, je m'interroge sur l'objectif de 17 pour cent de surfaces protégées. Je constate aujourd'hui que le contre-projet veut fixer dans la loi un objectif que le Conseil fédéral souhaitait atteindre en 2020, et qui n'a pourtant pas été atteint. Alors que tous les scientifiques recommandent un objectif de 30 pour cent de surfaces protégées d'ici 2030, comment considérer ces 17 pour cent comme un progrès?
Je vous invite à soutenir l'initiative biodiversité et, à défaut, à soutenir au minimum le contre-projet indirect du Conseil fédéral auquel il faudra apporter quelques améliorations.
Chères et chers collègues du groupe du centre et du groupe UDC, vous qui défendez obstinément le frein à l'endettement, avec comme argument que nous ne devons pas nous endetter sur le dos de nos enfants, je vous invite à appliquer la même logique en faveur de la biodiversité. En décidant aujourd'hui de soutenir les efforts pour sauvegarder la biodiversité, nous contribuerons à réduire les coûts auxquels l'économie, le monde agricole et la société devront faire face à l'avenir si nous n'agissons pas maintenant. Et ces coûts futurs impacteront, et c'est absolument central dans ma réflexion, nettement plus la classe moyenne et les bas salaires, dont font notamment partie les agricultrices et agriculteurs de notre pays.