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Nordmann Roger · Nationalrat · 2022-09-28

Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-28

Wortprotokoll

Pourquoi discutons-nous aujourd'hui de problèmes de sécurité de l'approvisionnement en énergie, de coûts de l'énergie et de leurs conséquences sur les ménages et les entreprises? Comme dans toute crise, il y a un déclencheur. Sur ce point, nous sommes tous d'accord, c'est l'agression russe en Ukraine voulue par Vladimir Poutine. Mais la crise se déclenche parce que le terreau est propice en raison de problèmes structurels.

Premier problème: notre système énergétique est encore dépendant à plus de 60 pour cent des énergies fossiles, dont un quart de gaz. Il est admis que cela pose un problème sur le plan climatique, mais la vérité c'est que c'est aussi un problème du point de vue de la sécurité de l'approvisionnement et pour l'économie. Je rappelle que ces sources d'énergie sont entièrement importées. Lorsqu'il manque 10 à 15 pour cent de gaz, son prix explose, avec des conséquences dramatiques pour l'industrie et pour les ménages qui se chauffent au gaz. C'est donc une crise de notre stratégie historique d'approvisionnement.

Deuxième problème: l'organisation actuelle du marché de l'électricité est dysfonctionnelle. Alors même que le gaz n'assure qu'une petite partie de la production d'électricité en Europe, il contamine l'entier du prix de l'électricité à la Bourse. Vladimir Poutine le savait et il utilise cela comme un levier dans sa guerre.

Troisième problème: la défaillance du parc nucléaire français accentue massivement l'impact de la pénurie de gaz sur l'approvisionnement en électricité. C'est un problème qui s'aggravera avec le temps, car les centrales nucléaires françaises ne rajeunissent pas. Les règles de la physique étant les mêmes en France et en Suisse, nous finirons par avoir le même type de problèmes. Ou, pour être précis, nous les avons déjà eus avec les interruptions à répétition de Beznau et de Leibstadt.

Face à une crise, deux attitudes sont possibles. La première, lâche et toxique, consiste à essayer de semer autant que possible la confusion pour tenter d'en tirer un profit électoral maximal en suscitant l'indignation et en laissant les problèmes empirer - ceux qui la pratiquent se reconnaîtront.

La seconde attitude, courageuse et rationnelle, consiste à traiter les causes du problème et, le cas échéant, avant que le traitement des causes ne produise ses effets, à diminuer les symptômes à un niveau supportable. C'est ce que nous proposons.

La seule stratégie rationnelle consiste en effet à nous libérer de cette dépendance aux énergies fossiles et nucléaires produites par des installations vieillissantes selon les trois axes suivants: premièrement, diminuer notre consommation d'énergies fossiles en les remplaçant par des énergies renouvelables principalement indigènes; deuxièmement, augmenter notre production d'électricité issue d'énergies renouvelables pour remplacer la production de nos centrales nucléaires vieillissantes qui, comme leurs homologues françaises, vieillissent inexorablement; troisièmement, augmenter notre efficacité dans l'utilisation de l'électricité et de la chaleur, autrement dit investir pour nous libérer de l'importation de combustible fossile et nucléaire.

Si la ligne est claire pour le long terme, il faut aussi des mesures à court terme. Pour préserver le pouvoir d'achat des ménages, érodé par la hausse du prix de l'énergie et l'augmentation des primes d'assurance-maladie, il convient d'indexer les rentes AVS et de renforcer l'aide aux ménages pour le paiement des primes d'assurance-maladie.

Dans une motion, nous exigeons aussi de limiter le droit du bailleur à faire payer au locataire l'explosion des coûts du gaz, surtout quand le bailleur n'a pas investi dans l'efficacité énergétique.

Mesdames et Messieurs, la Confédération a sauvé Axpo, elle doit aussi protéger les ménages. Il faut des mesures d'aide pour les entreprises dont la facture d'électricité sur le marché libre a explosé, soit un fonds pour soutenir celles qui sont le plus exposées - les entreprises grandes consommatrices d'électricité -, soit au moins l'ouverture du chômage partiel sans délai de carence, avec une pleine indemnisation, jusqu'à 4300 francs de salaire, comme nous l'avions fait pour le Covid-19. Cette manière de faire avait permis de préserver le tissu économique, alors confronté, comme aujourd'hui, à un choc externe. Ne cédons pas aux sirènes du darwinisme économique.

Sur le plan pratique, le Conseil fédéral doit sans délai fixer un objectif d'économies de 3 à 5 pour cent de l'électricité pour cet hiver, avec des conventions de branche pour faire baisser la demande, pour éviter les black-out et préserver les réserves d'eau dans les barrages.

Monsieur le conseiller fédéral Parmelin, quand allez-vous enfin présenter des objectifs clairs? Il y a urgence.

Enfin, il faudra réformer en profondeur le commerce de l'électricité en généralisant les contrats à long terme. C'est la seule solution pour permettre aux producteurs d'investir et aux acheteurs d'être protégés contre l'irrationalité de la Bourse et de son soi-disant "merit order". Car ce qui se passe sur le marché de l'électricité est totalement absurde: on demande à des producteurs d'investir dans des installations dont l'amortissement dure trente ans, avec des prix fixés au plus trois ans à l'avance. C'est comme si une banque octroyait des crédits hypothécaires à trente ans en se refinançant avec des emprunts limités à trois ans. Au moindre retournement de la situation, c'est le crash; et nous y sommes.