Page Pierre-André · Nationalrat · 2022-09-28
Page Pierre-André · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2022-09-28
Wortprotokoll
Je vais vous révéler un point commun entre Mme Doris Leuthard, ancienne conseillère fédérale et M. Guy Parmelin, conseiller fédéral. Leur point commun? Leurs yeux, leur regard. Lorsque, me regardant au fond des yeux, la semaine dernière, le conseiller fédéral Guy Parmelin me disait que nous n'avons pas de problème d'autoapprovisionnement en denrées alimentaires, eh bien, j'ai cru revoir le regard de Mme Doris Leuthard lorsqu'elle nous présentait sa Stratégie énergétique 2050. Deux membres de notre gouvernement, deux regards, convaincus, profonds, fixes, solides à faire trembler notre Cervin national. Deux regards qui, cependant, nous cachent une tout autre réalité. Notre pays connaît et connaîtra encore des difficultés à garantir à la population un autoapprovisionnement en denrées alimentaires et en énergie. Et la Stratégie énergétique 2050 qui nous a été proposée il y a quelques années est un échec, une erreur stratégique qui, aujourd'hui, nous conduit à la catastrophe que nous allons vivre ces prochaines semaines, ces prochains mois.
Mais voilà, notre groupe, au nom duquel je m'exprime maintenant, a beau interpeller notre gouvernement, et poser les bonnes questions, les réponses du Conseil fédéral sont lénifiantes.
Ce n'est vraiment pas ce que nous attendons de notre pouvoir exécutif.
Un petit exemple de la longue liste de ces banalités. En 2022, la Confédération percevra des revenus supplémentaires de TVA en raison de la hausse du prix des carburants et de l'électricité. Notre question: le Conseil fédéral est-il disposé à rembourser ces recettes à la population? La réponse: il n'est pas opportun de rembourser des recettes supplémentaires à la population. Ben voyons!
Un autre exemple: que fait le Conseil fédéral pour augmenter la production nationale d'électricité à court terme? La réponse: le Conseil fédéral prend diverses mesures, la Confédération examine, le gouvernement a déjà lancé des mesures globales pour améliorer les conditions-cadres de l'expansion accélérée des énergies renouvelables.
Ou encore plus loin dans le texte, notre question: comment le Conseil fédéral définit-il le rôle des cantons? Et que fait-il pour que la majorité des entreprises de production d'électricité détenues majoritairement par les cantons ne vendent plus leur électricité à l'étranger plusieurs années à l'avance au lieu de l'affecter à la consommation domestique? La réponse: l'approvisionnement énergétique en Suisse relève de l'industrie de l'énergie - on croit rêver! -, la Confédération et les cantons ont un rôle subsidiaire. Ils se contentent, selon lui, de fixer les conditions-cadres. Mais alors, Mesdames et Messieurs, que fait le Conseil fédéral pour augmenter [PAGE 1780] la production nationale d'électricité à court terme? Il nous donne lui-même sa réponse: il prend diverses mesures afin d'éviter une pénurie imminente d'électricité, et il examine si les groupes électrogènes de secours peuvent être utilisés comme centrales de réserve. Nous voilà donc sauvés! Non.
Notre groupe est déçu par les réponses apportées à notre interpellation. Déçu parce qu'il ne sent pas une direction, une volonté de résoudre la crise au profit des consommateurs et consommatrices, au profit des entreprises. Celles-ci ont d'ailleurs déjà formulé des propositions constructives qu'il conviendrait, peut-être, d'écouter. Ce sont des propositions qui pourraient compenser fortement la mauvaise analyse politique de notre gouvernement et surtout corriger les fausses promesses de la Stratégie énergétique 2050 tenues, à l'époque, par Madame Doris Leuthard, ce d'autant plus que le Conseil fédéral persiste et signe.
A notre question, partage-t-il l'avis selon lequel la Stratégie énergétique 2050 est une erreur? Le Conseil fédéral donne la même explication que le président d'Economiesuisse. La réponse du Conseil fédéral est affligeante. En un mot de trois lettres, en nous regardant dans les yeux, il nous dit: "Non!" Et de nous expliquer que, depuis l'entrée en vigueur de la révision de la loi sur l'énergie, réorientée début 2018, l'environnement énergétique a changé. En 2019, le Conseil fédéral a adopté l'objectif climatique "Zéro gaz à effet de serre net d'ici 2050". Pour lui, l'excuse de 2021, la fin des négociations en vue d'un accord-cadre institutionnel avec l'Union européenne, a signifié qu'un accord sur l'approvisionnement en électricité avec l'Union européenne n'était pas prévisible avant nouvel ordre.
En attendant, la pénurie d'électricité menace notre pays, les prix de cette énergie échappent à la loi du marché et prennent l'ascenseur. Mais soyons rassurés, le Conseil fédéral dispose d'une gestion étendue des risques qui s'applique également au risque de pénurie d'électricité. En d'autres mots, voilà ce qu'on nous dit : "Eteignez la lumière, il n'y a rien à voir." Vraiment, ça disjoncte du côté du Conseil fédéral.