Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · 2022-12-06
Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2022-12-06
Wortprotokoll
Nous devons nous prononcer sur le message concernant la participation de la Suisse à l'Exposition universelle d'Osaka, qui doit se tenir en 2025. Le thème de l'Expo 2025 sera le suivant: "Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain". Il y aura des sous-thèmes tels que "Sauver des vies", "Inspirer des vies", et "Connecter des vies".
Le DFAE considère que la participation de la Suisse à cette exposition est importante, parce que les expositions universelles "permettent à la Suisse de se positionner concrètement comme un pôle performant à la pointe de l'innovation et d'entretenir" - c'est sans doute la deuxième partie de la phrase qui est la plus importante - "son réseau de relations internationales".
Le Conseil fédéral a donc décidé, le 12 mai 2021, que le thème de la "Suisse innovante" constituerait le fil rouge de la participation du pays. Les thématiques sont extraordinairement larges et recouvrent six volets: "Sciences de la vie santé, alimentation", "Développement durable, climat, énergie", "Innovation, recherche et éducation, économie", "Robotique, intelligence artificielle", "Numérisation", "Architecture, infrastructure, culture du bâti".
Donc, on devrait, dans cette enceinte, se poser la question de la légitimité, de l'utilité de participer au XXIe siècle à ce qui ressemble à un legs des temps anciens, comme ces expositions du passé, celle de Paris en 1889, celle de Genève en 1896, qui semblaient alors, pour les contemporains, faire rayonner les "bienfaits" d'une économie-monde, marquée au sceau du progrès, et qui allait arriver juste un peu avant la grande boucherie de la Première Guerre mondiale.
Le DFAE insiste sur le fait que la Suisse a un intérêt vital à façonner la manière dont elle est perçue à l'étranger, à se positionner de façon optimale sur le plan international. Pour cela, il a besoin d'un budget total de 19,4 millions de francs, dont 4,4 millions assurés par des tiers. La question des sponsors, on le sait, est cruciale dans cette grand-messe économique. La collaboration avec les acteurs du secteur privé est d'ailleurs considérée comme d'une importance fondamentale par les autorités fédérales dont la volonté est de "promouvoir l'image de la Suisse et de renforcer la sauvegarde des intérêts helvétiques à l'étranger".
Lors de ces expositions universelles, il est bien entendu avant tout question d'échanges économiques. La Suisse n'est-elle pas censée, selon les directives de 2021 établies par le DFAE sur la collaboration avec des sponsors, profiter "du rayonnement des fleurons de son économie"? Et, en même temps, une image positive de la Suisse ne constitue-t-elle pas "un important facteur de succès et une plus-value pour le secteur de l'exportation", car elle influence, peut-on lire dans les mêmes directives, "des aspects tels que la marge de manoeuvre du pays en politique extérieure, l'attrait de la place suisse, les échanges économiques et scientifiques, ainsi que le tourisme"?
La collaboration avec le secteur privé serait, en bref, une opportunité pour la sauvegarde des intérêts de la Suisse. Tout dépend, bien entendu, de ce que l'on entend par "intérêts de la Suisse".
On se souvient des choix pour le moins douteux de sponsors lors des participations antérieures de la Suisse à ce que Gustave Flaubert appelait ces "sujets de délire". Ainsi pour l'exposition universelle de Dubaï, c'est à Philip Morris, le vendeur de mort, qu'avait été offerte l'opportunité, pour reprendre les termes du DFAE, de "parrainer" le pavillon suisse, un sponsoring annulé. Sans parler de la participation des colosses de l'agroalimentaire au pavillon suisse de l'exposition universelle de Milan, dont le thème central était "nourrir la planète" - eh oui, dont Nestlé, le plus grand promoteur mondial de la privatisation de l'eau potable, qui devait avoir sa propre tour en bouteilles - heureusement annulée. Ou alors parlons aussi du géant agrochimique Syngenta.
Mais qu'à cela ne tienne, on nous annonce que les choses ont beaucoup changé et que, depuis, une sélectivité accrue s'impose dans le choix des sponsors, qui sont tenus de respecter certaines règles. Lesquelles? Celles-ci restent quand même relativement floues.
Quels seront ceux qui seront choisis pour l'Exposition universelle d'Osaka où l'un des sous-thèmes, après la pandémie de Covid-19, est précisément "Sauver des vies". Qui sait, les "big" pharmas? La question reste ouverte.
Commentant le Crystal Palace de Londres, où s'est tenue la première exposition universelle de 1851, Karl Marx écrivait: "La bourgeoisie du monde érige son Panthéon dans la Rome moderne où elle expose, avec une fière autosatisfaction, les dieux qu'elle s'est elle-même créés." Et il poursuivait, ce cher Karl Marx: "La transfiguration de la marchandise en objet féerique est le signe que, dans la marchandise, la valeur d'échange commence désormais à éclipser la valeur d'usage."
Le groupe des Verts, que je représente ici, ne succombe pas à ce coup d'oeil féérique aux tristes allures de bateau ivre, et s'abstiendra sur ce vote.