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Sommaruga Carlo · Ständerat · 2022-12-08

Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-08

Wortprotokoll

Il y a exactement cent ans, à Genève, le conseiller fédéral tessinois Giuseppe Motta prononçait des mots forts à la tribune de la Société des Nations: "Ne pas résoudre enfin la question de l'Arménie serait, sans exagération, une souillure, une honte pour la civilisation humaine." En se tournant vers le président de l'assemblée, il déclarait: "Vous avez sans doute vu, sur l'une des places de Genève, la statue d'un héros national, Philibert Berthelier, qui, conduit au supplice pour avoir défendu la liberté de Genève, s'écriait: 'Non moriar sed vivam'. Je ne mourrai pas, je vivrai. Vous voudrez dire aussi au peuple arménien: 'Tu ne mourras pas, tu vivras.'"

Au moment de l'agression de l'Arménie par l'Azerbaïdjan, au moment où une partie du territoire de l'Arménie est occupée par les forces armées azéries, au moment où les troupes azéries commettent des crimes de guerre par la torture et l'assassinat à l'encontre de citoyens arméniens et par les viols et les sévices à l'encontre de soldates infirmières arméniennes, au moment où les biens culturels chrétiens arméniens sont détruits et que les villages arméniens sont bombardés, au moment où ces faits sont attestés par des sources concordantes des plus hautes autorités étatiques des Etats-Unis d'Amérique et de la France, au moment où des images insoutenables sont publiées sur Internet par les bourreaux mêmes et également attestées par les observations recueillies sur place par nos deux collègues du Conseil national qui se sont rendus sur place, Stefan Müller-Altermatt et Michel Matter, au moment où le partenaire de Migros, la société d'Etat azérie Socar, diffuse un discours de haine sur Internet et finance la guerre par des flux financiers en provenance de Suisse, en ma qualité de coprésident de l'intergroupe parlementaire Suisse-Arménie, j'aurais aimé entendre résonner des paroles de la même force que celles de Giuseppe Motta au sein de notre Parlement. Des paroles de courage et de solidarité face à une menace existentielle permanente du peuple arménien. La réponse du Conseil fédéral à mon interpellation montre que le chemin est encore long.

Il est temps pour le Conseil fédéral et pour vous, chers collègues, de prendre la mesure de la situation. L'Azerbaïdjan et son alliée, la Turquie, qui fournit armes, drones et combattants djihadistes en provenance de Syrie, ont un projet commun clair d'appropriation de territoires arméniens. Ce projet est en oeuvre soit parfois de manière ouverte comme en septembre de cette année, soit de manière rampante comme c'est le cas ces derniers jours. Ils menacent l'existence du peuple arménien.

Il est certainement important d'offrir la Genève internationale comme lieu de rencontre pour des discussions. Mais il est tout aussi important que la Suisse n'ait pas une exigence de respect du droit international à géométrie variable et une approche si formaliste de la responsabilité des entreprises au point que la collaboration avec une entreprise, telle Socar, se poursuive sans problème. La pénurie de gaz et d'essence dans notre pays et en Europe ne peut justifier l'abandon de nos valeurs fondamentales. J'ose espérer que la position du Conseil fédéral, également dans ce dossier, pourra évoluer rapidement.