Python Valentine · Nationalrat · 2022-12-12
Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-12-12
Wortprotokoll
Des conditions physiques, chimiques et biologiques spécifiques déterminent la viabilité de notre planète pour le vivant et pour les sociétés humaines. Sur cette base, les scientifiques ont défini neuf limites planétaires qui concernent la stabilité du climat, les cycles de l'eau, de l'azote et du phosphore ainsi que la préservation des écosystèmes et de leur biodiversité, des sols naturels et de la couche d'ozone.
Des seuils pour chaque limite ont été déterminés. Au-delà de ces seuils, des changements irréversibles à grande échelle feraient sortir la Terre des conditions stables qui ont permis l'apparition des civilisations humaines. Or, en 2022, six de ces limites sont déjà dépassées: la concentration de gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique; le nombre et le rythme de disparition des espèces; la destruction des espaces naturels face à la déforestation et à l'urbanisation; la perturbation des cycles du phosphore et de l'azote; l'ampleur de la pollution chimique; l'utilisation de l'eau douce. De plus, nous sommes dans l'incertitude concernant une septième limite, celle des aérosols dans l'atmosphère. Les répercussions de ces dépassements, dont les effets se cumulent, se font de plus en plus ressentir sur notre santé et notre économie. En outre, ils diminuent notre capacité d'adaptation et d'atténuation face à la crise climatique.
En tant que climatologue, je perçois on ne peut mieux les risques que fait peser sur nous le réchauffement planétaire et les défis que pose la décarbonisation de l'économie. Mais je sais aussi que nous avons besoin de respecter les autres limites. En effet, la préservation des écosystèmes, des sols naturels et des forêts est la meilleure garantie pour stocker le carbone et pour résister aux effets de la sécheresse et des inondations.
Le bon fonctionnement des écosystèmes n'est plus garanti quand des espèces vivantes disparaissent dans une ampleur inédite depuis 65 millions d'années.
Les services écosystémiques comme la pollinisation des insectes, la modération du climat, la stabilisation du terrain, la purification de l'air et de l'eau sont essentiels à la vie, à l'approvisionnement alimentaire et à la santé. Respecter les limites planétaires dans leur ensemble est donc désormais une question de survie à moyen et long terme pour l'humanité.
La Suisse possède une responsabilité importante dans le dépassement de plusieurs limites planétaires, à la fois directement et indirectement, par notre mode de vie et de consommation, nos voyages, notre commerce et notre finance. La préservation de la stabilité du système planétaire, dont nous dépendons toutes et tous, est la base fondamentale de la protection de notre société. Sans stabilité planétaire, la Suisse ne peut pas prospérer. Adopter mon initiative parlementaire ferait de la Suisse un pays précurseur qui pourrait montrer une voie claire à tous les autres. Nous savons grâce à des rapports scientifiques internationaux de premier plan, comme ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBSES), qu'il est possible de rendre nos économies climatiquement neutres, tout en préservant la biodiversité, les ressources naturelles et en garantissant le bien-être de chacune et chacun. Cela est non seulement possible mais aussi nécessaire à la défense de notre intérêt national et international.
La majorité de la commission considère qu'il n'est pas nécessaire d'introduire ce principe dans notre Constitution car celui du développement durable y figure déjà. Je propose justement que les deux principes se renforcent mutuellement. Lorsque le concept du développement durable a été proposé en 1992, il avait suscité beaucoup d'espoir et a été adopté dans de nombreuses législations. Malheureusement, cela n'a pas empêché le dépassement de six limites planétaires, principalement, pour deux raisons. La première est la compréhension trop faible de la durabilité. Dans bien des cas, nous sommes confrontés au "greenwashing". La seconde est une approche trop réductionniste des enjeux.
A l'inverse de l'approche réductionniste, le concept des limites planétaires offre une vision globale et transversale des défis environnementaux. Il permet de comprendre que la planète est un système complexe, dynamique et délimité. Il permet de reconnaître les interactions au sein de ce système et les liens de causalité multiples entre le dépassement des limites et les activités humaines. Il permet donc de faire les bons choix lorsqu'il s'agit de réaliser la transition énergétique et agricole.
D'une manière générale, le concept des limites planétaires nous rappelle que notre monde n'est pas illimité, que l'usage des ressources naturelles doit être modéré afin de préserver les rouages délicats de notre planète.
Je vous encourage donc vivement à soutenir mon initiative parlementaire.