Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2022-12-14
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
Vous avez toutes et tous vu cette annonce très inquiétante d'une hausse sans précédent des hospitalisations pour troubles mentaux chez les jeunes jusqu'à l'âge de 24-25 ans, en particulier les femmes. Ces derniers jours, ce chiffre très alarmant est sorti. [PAGE 2346]
Vous me demanderez quel est le lien avec notre débat du jour. Le lien peut peut-être ne pas paraître évident, il l'est à mes yeux, dans la mesure où toute une génération, au-delà bien sûr de la crise du Covid-19 qui a eu des effets terribles sur la santé psychique, a de la peine à croire en un avenir prometteur. La question de la viabilité sur notre planète est une de ces inquiétudes; c'en est une importante bien sûr, mais il y a aussi celle qui concerne l'avenir professionnel et l'avenir à la retraite. Ce que l'on vend aux jeunes générations, c'est un monde où on doit travailler plus, plus longtemps, pour ensuite, à la retraite, gagner moins ou en tout cas proportionnellement moins par rapport à ce qui a pu être le cas par le passé. Vendre donc cet avenir aux jeunes générations, c'est inquiétant, c'est générateur d'angoisse, et précisément d'une aggravation particulièrement inquiétante des troubles de santé psychique et d'une hausse des hospitalisations.
L'AVS est un système dont nous pouvons être fiers, dont nous devons être fiers. C'est une fierté de la Suisse, il y en a peu dans le domaine social, nous pouvons le dire de façon aussi abrupte, mais c'en est une. C'est un système qui est solidaire, qui permet de tenir compte de toutes et tous, quels que soient le revenu et la position sociale. C'est un système qui permet de tenir compte du travail non rémunéré, du travail d'assistance, à l'inverse du deuxième et, bien évidemment à plus forte raison encore, du troisième pilier. C'est un système enfin - "last but not least" - qui protège les femmes et le temps partiel. Voici aussi une aspiration, le temps partiel, des jeunes générations. Pouvoir dans une vie ne pas sacrifier sa santé, en consacrant tout son temps à son travail, et penser davantage à d'autres équilibres, notamment avec sa vie privée. Le système de l'AVS permet de tenir compte de ces aspirations, et c'est à ce niveau et pour ces raisons qu'il faut le renforcer.
Alors, chères et chers collègues, vous nous dites toujours que ce n'est pas possible à financer. Vous nous dites qu'on ne peut pas faire cet effort parce que ce n'est financièrement pas soutenable. Mais en réalité, tout le monde l'a compris, c'est une question de choix politique, de priorité. Nous avons trouvé, cela a déjà été dit dans ce débat, des milliards de francs pour augmenter le budget de l'armée. Nous trouverons des milliards de francs ces prochaines années pour des baisses d'impôt, sans même parler de la taxe au tonnage dont nous avons longuement débattu hier. Nous trouverons - enfin, vous trouverez - des milliards de francs lorsque cela vous conviendra, parce que cela correspond à votre agenda. Lorsqu'il s'agit de soulager les plus précaires, subitement, il n'y a plus d'argent à disposition. Je suis navré de le dire, c'est uniquement une question de choix politique, un choix que vous faites en défaveur des retraités et de toutes celles et ceux qui aspirent à avoir une retraite décente.
Parce que ce que l'on entend lorsqu'on discute deux secondes avec des aînés qui approchent de l'âge de la retraite et qui craignent de ne pouvoir nouer les deux bouts lors de cette période, c'est de l'inquiétude. De l'inquiétude parce que le deuxième pilier est de moins en moins de nature à compenser les manques qui résultent du premier pilier. Parce que le troisième pilier est un instrument qui est inaccessible à la plupart des personnes qui entrent en retraite, car pendant leur vie professionnelle elles n'avaient tout simplement pas les moyens de s'intéresser à ce type d'instrument. Nous sommes donc dans une situation où l'inquiétude à l'arrivée à l'âge de la retraite est indigne de notre pays, indigne d'un pays qui a les moyens de financer des retraites décentes; indigne aussi du soin, selon la Constitution, que nous devons apporter aux plus faibles de nos membres.
L'histoire jugera durement, j'en suis persuadé, l'échec de ces dernières années, pour ne pas dire de ces dernières décennies, à réformer les retraites de façon à en faire un instrument de protection des plus faibles dans le sens, je le répète, de notre Constitution.