Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2022-12-14
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
L'AVS est le premier pilier de notre prévoyance vieillesse: c'est une conquête sociale majeure du XXe siècle, entrée en vigueur le 1er janvier 1948. L'AVS représente plus qu'une assurance sociale, c'est aussi le symbole de la cohésion sociale, puisqu'elle a permis à des générations de personnes âgées de vivre avec un revenu assuré au moment de leur retraite.
Toutefois, au cours des décennies précédentes, on ne s'est pas donné les moyens d'adapter les rentes à l'augmentation du coût de la vie, et en particulier à celui des loyers et des primes d'assurance-maladie.
La Constitution fédérale prévoit que toute personne qui prend sa retraite doit pouvoir maintenir son niveau de vie antérieur de manière appropriée. Mais pour un nombre croissant de personnes, cet objectif n'est pas atteint avec les rentes actuelles de l'AVS. De plus, nombreux sont ceux qui ne disposent que d'un maigre deuxième pilier ou de pas de deuxième pilier du tout. Je rappelle qu'un tiers des femmes n'ont toujours pas de deuxième pilier. Et ce n'est pas la réforme de la LPP, discutée actuellement, qui va améliorer la situation, puisqu'elle prévoit plutôt un abaissement des rentes. De plus, les mêmes personnes n'ont pas les moyens de se constituer un troisième pilier, car leur salaire ne leur a pas permis d'accumuler des économies. 19 pour cent des rentiers et 38 pour cent des rentières ne disposent que de l'AVS pour vivre, ce qui est évidemment insuffisant.
Rappelons aussi que les couples mariés n'ont pas, chacun, une rente entière, mais seulement 75 pour cent de la rente. On entend actuellement parler de personnes âgées qui doivent divorcer pour avoir une rente entière. C'est vraiment un effet pervers de notre système. Celles et ceux qui sont dans le besoin peuvent bénéficier des prestations complémentaires qui sont plus ou moins généreuses selon les cantons, mais cette situation n'est pas satisfaisante. D'une part, des personnes qui ont travaillé toute leur vie ne devraient pas être obligées d'avoir recours à cette forme d'assistance, et d'autre part, cela constitue un report de charges sur les cantons, alors qu'un système équitable doit être à même d'assurer un financement suffisant des rentes dans toute la Suisse.
Est-il normal qu'une personne ayant trimé toute sa vie ne puisse pas recevoir une rente AVS entière et le maximum de celle-ci? Cette situation n'est pas digne d'un pays aussi riche que la Suisse.
L'AVS repose sur des bases solides: malgré les prédictions alarmistes des partis de droite et des milieux de l'économie et de la finance, l'AVS est saine. Il s'agit de passer le cap de la génération du baby-boom et sa situation financière sera stabilisée.
Lors du débat sur le projet AVS 21, ces mêmes milieux ont martelé qu'il fallait des apports financiers substantiels afin de sauver l'AVS: et où a-t-on trouvé ces moyens? En faisant travailler les femmes un an de plus avec l'argument fallacieux de l'égalité entre femmes et hommes. Quand il s'agit d'appliquer l'égalité salariale, qui est pourtant aussi prévue par la Constitution, les politiciens et politiciennes bourgeoises ne votent aucune mesure efficace. La réforme antisociale découlant du projet AVS 21 a malheureusement été acceptée à une très petite majorité. Mais cela ne règle en rien le fait que de nombreuses personnes, y compris des hommes,[NB]ne[NB]peuvent pas vivre correctement avec leur seule rente AVS.
Le Conseil fédéral prétend que l'on n'a pas les moyens de s'offrir une treizième rente AVS et que son coût représenterait 0,8 pour cent de cotisation salariale en plus - 0,4 pour cent pour l'employeur et 0,4 pour cent pour l'employé. Justement, cela fait bien longtemps que l'on n'a pas augmenté les charges sociales, et c'est l'une des mesures qui permettrait de financer notre premier pilier en mettant aussi à contribution les employeurs.
Il est donc impératif d'augmenter les rentes AVS afin de couvrir les besoins vitaux des retraitées et des retraités. C'est bien le but de cette initiative dont je recommande l'acceptation.